Environnement

Comment le bois volé au Cameroun est distribué sur les marchés internationaux

Rapport de Greenpeace

Témoignages.re / 27 mai 2016

Une enquête de Greenpeace Afrique sur les opérations d’exploitation forestière illégale au Cameroun a permis de découvrir une piste de bois volé menant jusqu’au principal exportateur de grumes au Cameroun, la Compagnie de Commerce et de Transport (CCT). Ces révélations auraient amené le gouvernement camerounais à ordonner un audit sur les activités de la CCT et de ses fournisseurs. Cette vérification devrait inclure le fournisseur La Socamba, sujet d’une enquête de Greenpeace publiée hier.

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Les données présentées dans le rapport, « La Socamba : ou comment le bois volé du Cameroun est distribué les marchés internationaux », montrent comment la CCT, qui distribue du bois à des sociétés dans le monde entier, y compris en Chine et en Europe, s’approvisionne auprès de La Socamba, une entreprise engagée dans des pratiques illégales et destructrices, y compris la coupe de bois à plusieurs kilomètres en-dehors de sa concession d’exploitation forestière. Ce nouveau cas vient compléter les preuves déjà présentées par Greenpeace dans ses rapports sur les fournisseurs de la CCT [1].

Le 25 mai, en réponse à la demande de Greenpeace en guise de droit de réponse, CCT a admis que le ministère camerounais des Forêts et de la Faune (MINFOF) avait ordonné un audit des activités de la CCT et de ses fournisseurs. Cette procédure devrait permettre d’établir les responsabilités et leur implication dans des activités illégales et de pouvoir retracer l’origine de ce bois [2].

« Greenpeace Afrique prend note de la vérification des pratiques de la CCT - mais souligne que ce processus devrait être indépendant et transparent, et que les fournisseurs de CCT devront être convenablement sanctionnés lorsque les activités illégales seront confirmées », a déclaré Eric Ini, chargé de la campagne forêt à Greenpeace Afrique.

En Septembre 2015, Greenpeace a publié trois cas d’exploitation forestière illégale dans des concessions fournissant la CCT : des titres d’exploitation forestière utilisés par South Forestry Company (SFC), FEEMAM and SOFOCAM. Le Ministre des Forêts, Ngole Philip Ngwese, a proclamé l’innocence des sociétés exposées par Greenpeace de toute implication dans l’exploitation forestière illégale [3].

Pourtant, l’une des entreprises qui a fait l’objet des investigations de Greenpeace, SFC, a été condamnée à deux reprises par les autorités camerounaises à payer une amende pour exactement le genre de pratiques dénoncées par Greenpeace. De plus, la CCT et ses fournisseurs semblent être maintenant sujets à une enquête par le MINFOF [4]. En outre, les autorités néerlandaises ont sanctionné l’importateur néerlandais du bois de la CCT sur la base des éléments de preuve présentés par Greenpeace [5].

« Si le Cameroun est sérieux au sujet de l’élimination du commerce illégal du bois, il doit travailler en étroite collaboration avec l’UE pour une mise en œuvre crédible de l’Accord de Partenariat Volontaire, et se fixer comme priorité première de rétablir un système crédible de suivi indépendant des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux au Cameroun », a conclu Eric Ini.

Outre la Belgique et les Pays-Bas, le gouvernement britannique considère également le bois du Cameroun à « haut risque » et a récemment enquêté sur les opérateurs anglais commercialisant du bois provenant du Cameroun. Ces actions du gouvernement du Royaume-Uni et la sanction des autorités néerlandaises sont des premiers pas positifs. Cependant, tous les pays de l’UE doivent traiter le bois du Cameroun comme étant à haut risque, et exiger des normes de vérification préalable strictes de la part des entreprises importatrices, jusqu’à ce que le gouvernement du Cameroun puisse prouver sa volonté et sa capacité à faire appliquer et respecter les lois et réglementations forestières du pays.

Pendant ses recherches sur La Socamba, Greenpeace Afrique a entrepris des enquêtes sur le terrain en octobre 2014 et janvier 2016 pour documenter les zones où des titres d’exploitation forestière destructive, connus sous le nom « ventes de coupe » (VC), ont été émis à des fournisseurs de la CCT. Greenpeace a également obtenu des témoignages de la part des communautés et des autorités locales, ainsi que des ex-employés [6]. Greenpeace Afrique a ainsi découvert du bois portant le numéro du permis VC 09 01 203 - délivré à La Socamba - à 8 km à l’extérieur de la concession.

Les forêts du Cameroun fournissent des moyens de subsistance à plusieurs milliers de personnes et comptent parmi les forêts de la région les plus riches en biodiversité, fournissant un habitat précieux aux gorilles des plaines de l’Ouest en voie de disparition, aux chimpanzés et aux éléphants de forêt, entre autres espèces. L’exploitation forestière non durable et illégale conduit à la déforestation, la destruction de l’écosystème et diminue la résilience au changement climatique.

Le rapport : La Socamba : ou comment le bois volé au Cameroun est distribué sur les marchés internationaux : http://www.apo.af/jN1oop

Carte interactive retraçant la trajectoire du bois illégalement coupé par La Socamba : http://www.apo.af/sEzlmZ

[1Le rapport de Greenpeace Le commerce du bois CCT du Cameroun vers l’Europe a listé les principaux fournisseurs de la CCT en 2014, fournissant des preuves que plusieurs d’entre eux ont été impliqués dans des activités illégales d’exploitation forestière. Une infraction fréquemment observée était celle de l’exploitation forestière en-dehors des limites de la « vente de coupe » autorisée. Ultérieurement, ce bois illégal était déclaré comme originaire du titre de l’exploitation forestière légale, ce qui est considéré comme du « blanchiment du bois ».

[2Correspondance entre CCT et Greenpeace, le 25 mai 2016 :

Monsieur,
A la demande de Greenpeace, le MINFOF a commandité un audit en cours sur les activités de CCT a ses fournisseurs. Le rapport attendu établira la responsabilités des uns et des autres dans des éventuelles activités illégales en meme temps qu’il tracera éventuellement les bois qui en sont issus.
Veuillez agréer l’expression de mes sentiments distingués.
Antoine EL-CHAYEB
CCT

[3MINFOF (2016). N°0031/CP/MINFOF/SG/CC. Communiqué de presse. Le Cameroun défendra l’idéal de la gestion durable des forêts tropicales en dépit de l’acharnement injustifié de Greenpeace, March 11, 2016.

[4Le 23 Juin 2015, la SFC été condamnée à payer une amende de 38.595.237 francs CFA (environ 58.800 EUR) pour avoir coupé du bois au-delà de la période autorisée au titre de la VC 09 01 305. Le 18 Janvier 2016, la société a été de nouveau condamnée à payer 6.499.810 francs CFA (environ 9.900 EUR) pour l’exploitation forestière en dehors des limites d’une VC non spécifiée. Source : MINFOF. Communiqué N ° 0064 / C / MINFOF / CAB / BNC du 28 Avril 2016

[5Les autorités compétentes néerlandaises ont déclaré que : « En raison de la situation politique dans le Bassin du Congo, le bois du Cameroun ne peut être mis sur le marché si l’importateur n’a pas pris des mesures de diligence suffisantes pour s’assurer que le risque que le bois ait été coupé illégalement soit négligeable »
https://www.nvwa.nl/actueel/nieuws/nieuwsbericht/2072721/nvwa-treedt-op-tegen-houtimporteur-wegens-overtreden-regels-illegaal-hout

[6Les VC couvrent une superficie maximale de 2500 hectares et ont une validité de trois ans au maximum (art. 55, loi n°94/01). Ce type d’exploitation forestière est d’une nature hautement destructive : généralement, les concessions sont exploitées à la va-vite et aucun plan de gestion n’est exigé par la loi. La fraude et la corruption sont fréquentes dans l’attribution des permis, qui sont également souvent associés à l’exploitation forestière illégale (CONAC, 2012) (Hoare, 2015).
Illegal logging and related trade. The response in Cameroon. A Chatham House Assessment. London : Chatham House - The Royal Institute of International Affairs. Retrieved from
https://www.chathamhouse.org/sites/files/chathamhouse/field/field_document/20150121IllegalLoggingCameroonHoare.pdf
République du Cameroun. Présidence de la République. Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC). (2012). Rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2011.


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