Environnement

Depuis le 22 août, l’humanité vit à crédit

Ressources naturelles

Cinthia Fontaine / 24 août 2012

Depuis deux jours, l’humanité vit à crédit. En effet, depuis le 22 août, le stock de ressources naturelles que la planète peut produire en un an a été dépassé.

La nouvelle a été annoncée par l’ONG Global Footprint Network (GFN), qui calcule chaque année l’empreinte écologique de l’humanité. Le 22 août a donc été le "Global Overshoot Day", le "jour du dépassement". Comme de plus en plus de pays vivent sur l’endettement, l’humanité passe une partie de l’année à vivre "à crédit" sur toutes les matières premières de la planète. « En à peine 8 mois, nous avons utilisé les ressources naturelles renouvelables et la capacité de séquestration de CO2 que la planète peut durablement supporter cette année », explique le GFN.
Cette année 2012, il aura fallu 234 jours pour arriver à ce résultat, soit 36 jours de moins qu’en 2011. En 2005, la limite avait été atteinte le 20 octobre ; en 2000, un 1er novembre. Pour l’ONG GFN, « l’heure du bilan a sonné ». Une augmentation du déficit est constatée chaque année. Depuis 2003, les experts de l’ONG évaluent la quantité de ressources à travers le monde et la manière dont elles sont utilisées. Elle a pris comme base de calcul l’hectare global qui compare la "biocapacité" à la consommation réelle de l’humanité.
La "biocapacité" d’une zone biologiquement productive donnée correspond à la capacité de cette zone à générer une offre continue en ressources renouvelables et à absorber les déchets découlant de leur consommation, compte tenu des technologies et de la gestion des ressources en vigueur.
La biocapacité de la Terre est la somme des capacités des zones biologiquement productives — champs, prairies, forêts et zones de pêches — disponibles pour répondre aux besoins de l’humanité. Elle est comparée avec la demande humaine, son empreinte écologique. Ce qui permet alors de calculer s’il y a excédents ou bénéfices. L’étude ne prend pas en compte les risques de pollution (chimique, radioactive, etc.), trop difficiles à quantifier, mais qui augmentent encore les dommages de la planète. Le président du GFN met en garde : « La dégradation des milieux naturels se traduit inévitablement par une baisse des surfaces productives, et notre dette, qui s’alourdit, condamne aux dépens les générations futures ».

Un déficit écologique aggravé

Cette année, le système de calcul de l’ONG a été affiné. Cela a permis de publier de nouveaux chiffres, plus précis, pour les cinquante dernières années. Avec une constatation : « un déficit écologique qui se creuse de manière exponentielle depuis cinquante ans », constate Mathis Wackernagel, fondateur de GFN.
Aujourd’hui, il faudrait en moyenne les capacités d’une planète et demie pour subvenir au besoin de l’humanité et en absorber les déchets chaque année. Catastrophique quand on sait que les ressources disponibles n’ont pas cessé de diminuer depuis les années 60, près de la moitié déjà.
Cela signifie aussi que la Terre a besoin de ce même laps de temps, soit 1 an et 6 mois, pour régénérer ce que nous utilisons en une année. Des scénarios des Nations unies suggèrent que si la consommation et les tendances actuelles d’évolution de la population continuent ainsi, en 2050, pour subvenir aux besoins de l’humanité, il faudra deux planètes. Une impasse pour la planète qui ne pourra se dédoubler.
Pour le reste de l’année, l’humanité va donc maintenir son déficit écologique en puisant dans les stocks de ressources locales et en provoquant l’accumulation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
Chaque pays n’exploite pas leurs richesses naturelles de la même manière. Les pays riches imposent une pression intense. Parmi les 149 pays pris en compte, 60 seraient responsables de la surexploitation. Premier au classement des plus consommateurs de ressources, le Quatar avec une consommation de 11,68 hag/hab, le CO2 produit par le pays nécessiterait 5 planètes. Le Koweït et les Émirats arabes unis se placent derrière avec 11,7 hag/hab. La France se positionnerait en 23ème position des États aux empreintes écologiques les plus élevées, avec des besoins dépassant de 70% ses ressources naturelles. Le déficit français s’est creusé en quelques années : il s’élevait à 44% en 1995, à 54% en 2005.
Les conséquences de l’utilisation du capital naturel plus vite qu’il ne peut se reconstituer sont de plus en plus constatables. Le changement climatique s’accélère et impacte considérablement les populations les plus fragilisées. L’effet de serre, la diminution des forêts, la disparition d’espèces, l’effondrement de la pêche, l’augmentation du prix des matières premières et des troubles civils sont les conséquences de cette utilisation non réfléchie et non durable des ressources naturelles. Les crises environnementales et financières que nous traversons sont les symptômes d’une humanité utilisant sans scrupule plus que ce que la planète peut fournir.

CF


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