Environnement

L’amarante désespère Monsanto

Une « mauvaise herbe » indestructible à cause des OGM

Céline Tabou / 7 mars 2015

L’amarante est une « mauvaise herbe » qui est parvenue à résister aux herbicides mis au point par Monsanto. Cette ironie fait sourire les détracteurs du géant agrochimique, plus connu pour l’affaire de l’agent orange au Vietnam.

En 2004, un agriculteur géorgien s’est rendu compte qu’en dépit de l’application massive de l’herbicide Roundup sur ses cultures de soja, l’amarante, une « mauvaise herve », résistait et s’était adapté à l’herbicide. Depuis le phénomène s’est étendu à d’autres états du Pays, où près de 50.000 hectares de cultures ont été atteints, d’autant que l’amarante colonise les plantations.

Face à la résistance de cette mauvaise herbe, les agriculteurs sont contraints de l’arracher à la main, car elle est profondément enracinée. Mais il est très difficile d’en venir à bout. Raison pour laquelle, près de 5.000 hectares ont dû être abandonnés. La Géorgie n’est pas la seule région concernée. En dehors des Etats-Unis, le Brésil, la Chine et l’Australie ont vu leurs cultures être affecté par cette plante. Pour les autorités australiennes cette évolution deviendra un problème majeur d’ici trois ou quatre ans.

Un transfert de gène

Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and Hydrology, organisation britannique située à Winfrith, dans le Dorset, cité par le site spécialisé Energie-Santé, « il y aurait eu un transfert de gènes entre la plante OGM et certaines herbes indésirables comme l’amarante ». Cela met en exergue une hybridation (croisement entre deux espèces) entre une plante génétiquement modifiée et une plante non-modifiée.

Pour le généticien britannique Brian Johnson, spécialisé dans les problèmes liés à l’agriculture, « il suffit d’un seul croisement réussi sur plusieurs millions de possibilités » et « dès qu’elle est créée, la nouvelle plante possède un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement ». D’ailleurs « l’herbicide puissant (Roundup, ndlr) utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation », a expliqué le scientifique.

D’après les études menées, la mutation des plantes, et notamment de l’amarante, est un moyen de défense face à une agression, pour de nombreux détracteurs des OGM et notamment de Monsanto, « la nature a été fortement sous-estimée ». De son côté, la firme Monsanto admet le problème, appelant même les vendeurs de produits agricoles à inciter les agriculteurs à alterner l’herbicide Roundup et un autre herbicide comme le 2-4-D.

Les champs victimes de l’amarante ont été ensemencés avec des graines « Roundup Ready », produites par la société Monsanto. Ces graines sont composées d’une semence ayant reçu un gène de résistance au “Roundup”, l’herbicide également produit par Monsanto. Selon le site spécialisé Arcturius, « l’argument publicitaire de la firme repose sur le moindre coût représenté par le traitement d’une culture ainsi protégée contre un herbicide total auquel elle est devenue insensible, plutôt que de l’application d’un herbicide sélectif, plus cher à l’achat ».

La fin des OGM ?

Cela signifie que les agriculteurs ayant utilisé des graines (de type OGM) de la marque Roundup Ready, se sont vus poussés à acheter l’herbicide spécialement créer pour traiter leurs cultures. Mais les mauvaises herbes (amarante) sont parvenues à résister à ce produit et se sont développées dans les champs de manière exponentielle.
L’amarante produit en moyenne 12.000 graines par an, pour une durée de vie de 20 à 30 ans. Considérée par les peuples d’Amérique latine comme une plante sacrée, elle fait partie des aliments les plus anciens du monde. Profondément enracinées, elles sont très difficiles à arracher, obligeant les agriculteurs à désherber manuellement. Face à la propension de ce phénomène, certains cultivateurs envisagent de renoncer aux organismes génétiquement modifiés (OGM) pour revenir à une agriculture traditionnelle.

Alan Rowland, producteur et marchand de semences de soja à Dudley (Missouri), a assuré à Arcturius, que « plus personne ne me demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ce secteur représentait 80 % de mon commerce il y a peu ». Aujourd’hui, la demande en graines traditionnelles a augmenté, tandis que les grains OGM ont disparu du catalogue de ce marchand. Une situation qui pourrait faire pencher le géant de l’agrochimie, qui produit et vend le plus grand nombre d’OGM au monde.

D’ailleurs Stanley Culpepper, spécialiste des mauvaises herbes à l’université de Géorgie, a affirmé que de nombreux agriculteurs américains sont désireux de retourner à une semence traditionnelle, car « l’utilisation des OGM devient de plus en plus chère et tout se joue sur une question de rentabilité », a indiqué de son côté Alan Rowland.



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  • Les mauvaises herbes sont susceptibles de devenir résistantes à tout herbicide, surtout si celui-ci est utilisé trop longtemps sur la m^me parcelle.C’est une loi de la nature.Et les résistances au glyphosate apparaissent naturellement que la semence soit OGM ou non OGM. D’où l’importance de varier les molécules herbicides et de faire des rotations de cultures ; principe de base des bonnes pratiques agricoles

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