Environnement

L’Appel de Paris pour la Haute Mer

Protéger un bien commun de l’humanité : les océans

Témoignages.re / 15 avril 2013

L’Appel de Paris pour la Haute Mer est une initiative née dans le cadre de la Conférence internationale : “Haute mer, avenir de l’humanité, quelle gouvernance pour une gestion durable de l’océan” ? organisée au Conseil Economique Social et Environnemental le 11 avril 2013.
Il est porté par Catherine Chabaud, membre du Conseil Economique Social et Environnemental et Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.
La Réunion est une île entourée par l’océan. Elle n’est pas à l’écart de tous les problèmes décrits dans cet appel, et des solutions proposées pour que la haute mer ne soit plus un lieu de pillage de matières premières, avec tous les risques que cela comporte pour l’environnement.

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La mer est source de nourriture, d’oxygène. Elle “équilibre notre climat, séquestre la majeure partie de nos émissions de gaz à effet de serre, permet la quasi-totalité des échanges de marchandises…”.(photo d’archives Toniox)

Appel pour la haute mer

Au-delà de l’horizon, là où ne règne plus aucun État, s’étend la haute mer. Cette large moitié de la planète nous est plus inconnue que la surface de la Lune. Pourtant, nous ne vivrions pas sans elle. Elle nous nourrit, nous fournit la moitié de notre oxygène, équilibre notre climat, séquestre la majeure partie de nos émissions de gaz à effet de serre, permet la quasi-totalité des échanges de marchandises. Elle inspire nos poètes et fait rêver nos enfants. S’il appartenait à une seule nation, un tel trésor serait chéri.

Mais la haute mer n’appartient à personne, elle doit être gérée dans l’intérêt général, comme un "bien commun de l’humanité". Un statut partiellement acquis en 1982 à Montego Bay, en Jamaïque, qui définit un cadre, des règles et une autorité pour l’exploitation des sol et sous-sol marins, mais pas pour la colonne d’eau. Avec la Convention du droit de la mer, les Nations unies ont franchi une étape essentielle, nécessaire, vers une gouvernance apaisée de la mer. Mais, on le constate 30 ans plus tard, une étape insuffisante tant la protection est inachevée pour préserver un joyau, dont on découvre chaque jour un peu plus les richesses.

Aujourd’hui, la haute mer est en partie devenue un lieu de non-droit, livré au pillage des ressources jusque dans ses intimes profondeurs, aux pollutions généralisées jusque dans ses mers les plus lointaines, et aux trafics. L’immensité se meurt, la vie s’y étiole, l’urgence est à nos portes, avant que ne vienne le prix de l’indifférence.

Il y a pourtant un espoir : partout la société civile se mobilise et avec elle des nations. Des solutions existent. Rendez-vous a été pris pour que dès 2013, au plus tard à l’automne 2014, l’Assemblée générale des Nations unies lance dans le cadre de la convention sur le droit de la mer les négociations permettant l’avènement d’un instrument international de protection de la biodiversité en haute mer. Mais des réticences existent, les freins mobilisent.

Conscients que seule une gouvernance internationale partagée, transparente, démocratique permettra de sauvegarder et de gérer durablement les richesses de ce bien commun unique, nous, signataires de l’Appel de Paris pour la haute mer :

– Nous engageons à mobiliser toutes les forces vives de la société civile, pour pousser nos gouvernements, partenaires économiques et réseaux à obtenir un accord ambitieux à l’Assemblée générale des Nations unies de 2014 ;

– Demandons qu’un mandat clair soit donné par l’Assemblée générale des Nations unies, pour que les négociations portent à la fois : sur la préservation des écosystèmes en haute mer, l’accès et le partage des bénéfices liés à l’exploitation des ressources génétiques marines, les aires marines protégées, les évaluations d’impact sur l’environnement, l’appui à la recherche et le transfert de technologies marines ;

– Proposons que l’Autorité internationale des fonds marins soit partie prenante à la gestion des ressources de la haute mer, en particulier les ressources génétiques marines (en lui donnant les moyens d’exercer opérationnellement ses missions) ;

– Rappelons le respect des objectifs de couvrir, avant 2020, 10% des océans par les aires marines protégées, établis à Nagoya en 2010 dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique ;

– Souhaitons que la société civile soit pleinement associée aux processus internationaux concernant l’utilisation et la gouvernance de la haute mer.

Par ces résolutions, nous affirmons que la haute mer n’est pas seulement l’affaire des spécialistes et professionnels, mais qu’elle est au cœur de la survie de l’humanité et concerne chacun d’entre nous. Avec gravité, confiance et détermination, nous pensons qu’elle est le lieu évident d’une coconstruction pacifique et exemplaire des États, qui doivent proposer aux générations futures une "économie bleue" innovante, basée sur le respect des écosystèmes et des droits humains.

Refonder le rapport des hommes à la haute mer est essentiel pour contribuer au développement humain, ainsi qu’à la résilience de la planète et de son climat. C’est une urgente et ardente ambition.

Liste initiale des signataires

Prince Albert II de Monaco, Patrick Poivre d’Arvor, Yann Arthus Bertrand, Hubert Reeves, Luc Jacquet, Agnès b., Jean Jouzel, Nicolas Hulot, Jean-Paul Delevoye, président du CESE, Catherine Chabaud, Patricia Ricard, Isabelle Autissier, Erik Orsenna, Jasmine et Philippe Starck, Natacha Régnier, Romain Troublé, Etienne Bourgois, Tara Expéditions, Maud Fontenoy, Maud Fontenoy Fondation, Jacques Rougerie, Serge Orru, Anne Hidalgo, Eric Karsenti, Françoise Gaill, Jean-Louis Etienne, Lady Pippa Blake, Sylvia A.Earle, Jérôme Bignon, Jacques Beall, Secrétaire général de SurfRider Foundation, Francis Vallat, président du Cluster Maritime Français, Raymond Vidil, président Armateurs de France, Philippe Vallette, directeur de Nausicaa, Yves Lagane, Président de la Société Nationale des Sauveteurs en mer.

Pour signer ce texte : www.lahautemer.org/appel/
Message du secrétaire général des Nations Unies pour la Conférence “La haute mer, avenir de l’humanité”

“Parfois appelée la Planète bleue, la Terre n’en voit pas moins ses océans et ses mers en danger.

La biodiversité des océans est menacée par une pollution et une exploitation non-viable de ses ressources, sans compter les changements climatiques et l’acidification. Nos océans se réchauffent. Leur acidification met en péril la faune et la flore marines et la montée du niveau des mers pourrait redessiner la carte du monde aux dépens de centaines de millions de personnes, la plupart vulnérables.

Les océans sont vitaux pour la santé de notre planète, pour la vie et pour l’économie mondiale. Ils forment la voie de passage de 90% du commerce mondial, mettant ainsi en relation les populations, les marchés et les moyens de subsistance. Il est temps de prendre des mesures plus fortes, plus concrètes et de déployer des efforts mieux concertés pour protéger nos océans.

À l’issue de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), j’ai lancé le Pacte pour les océans, une initiative qui vise à définir une vision stratégique pour permette au système des Nations Unies de s’acquitter de manière plus cohérente et efficace de ses mandats relatifs aux océans, en se conformant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, également connue comme étant la « constitution des océans » , aux résolutions pertinentes de l’Assemblée générale, ainsi qu’au document final de la Conférence Rio+20, « L’avenir que nous voulons ».

Nous devons lancer une action réelle en temps opportun, aux niveaux national, régional et global, afin d’améliorer la santé des océans et de recouvrer et maintenir les ressources marines.

Le Pacte pour les océans s’appuie sur l’idée que toutes les parties prenantes doivent œuvrer ensemble à l’objectif commun d’« océans en bonne santé pour un monde prospère ».

L’an dernier, j’ai rencontré l’équipage de Tara et Agnès b. lors d’une escale à New York dans le cadre de leur expédition autour du monde destinée à sensibiliser l’opinion publique aux défis qui se posent aux océans. Je me souviens de manière saisissante de ma visite à bord du navire de recherche. Tara et d’autres organisations de la société civile ont un rôle déterminant pour alerter le monde quant á l’importance des problèmes auxquels les océans sont confrontés.

Si nous travaillons ensemble – système des Nations Unies, gouvernements, secteur privé, acteurs de la société civile, et individus –, nous pouvons trouver des moyens durables de protéger notre planète et nos précieux océans.

Je vous souhaite une conférence très fructueuse sur “La Haute mer, avenir de l’humanité.”

Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies
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La haute mer est la propriété de personne, c’est “bien commun de l’humanité”.

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Ban Ki-Moon : «  Si nous travaillons ensemble – système des Nations Unies, gouvernements, secteur privé, acteurs de la société civile, et individus –, nous pouvons trouver des moyens durables de protéger notre planète et nos précieux océans ».


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