Environnement

La Barrière de corail d’Australie à moitié détruite

Conséquence des activités humaines

Céline Tabou / 5 octobre 2012

Dans un rapport publié le 2 octobre, l’Australian Institute of Marine Science (AIMS, l’institut océanographique d’Australie) a annoncé la disparition de la Grande Barrière de corail d’Australie par une étoile de mer vorace du nom d’acanthaster pourpre.

L’institut révèle qu’au cours des 27 dernières années, la disparition de la Barrière de corail serait également due à plusieurs facteurs météorologiques (tempêtes et cyclones), climatiques (réchauffement) et industriels (nitrates agricoles). Inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981, le site est « le joyau de l’Australie », la barrière abrite 400 espèces de coraux, 1.500 espèces de poissons, 4.000 espèces de mollusques, en voie de disparition.

La couverture corallienne passe de 28% à 13,8%

Depuis une trentaine d’années, les rapports se succèdent afin d’alerter l’opinion publique des risques du plus vaste ensemble corallien au monde, qui s’étire sur 2.000 km au large du Queensland, sur la côte Est de l’Australie. Le dernier rapport des scientifiques de l’AIMS et de l’Université de Wollongong est plus alarmiste. Ces derniers ont révélé l’ampleur des dégâts dans un document de 2.258 études réalisées sur 214 récifs entre 1985 et 2012.

« La perte de la moitié de la couverture corallienne originelle est une source de grande préoccupation, car elle est synonyme de perte d’habitat pour des dizaines de milliers d’espèces », a indiqué le rapport, qui montre que la couverture corallienne est passée de 28% à 13,8%. Les scientifiques ont pointé du doigt le rythme de détérioration qui s’est accéléré depuis 2006 dans certaines parties de la région. « La couverture corallienne pourrait encore diminuer de moitié pour atteindre 7% au cours de la prochaine décennie », a expliqué Jamie Oliver, Directeur de recherche à l’AIMS.

Les changements climatiques auront eu leurs effets sur la Barrière de corail, en effet, la multiplication des cyclones tropicaux est responsable de 48% des pertes de coraux et le blanchiment des coraux sous l’impact du réchauffement climatique. De plus, la prolifération de l’acanthaster, étoile de mer, est responsable de 42% des destructions. La prolifération de cette étoile de mer est due aux rejets en mer de nitrate d’origine agricole, remettant en cause tout l’écosystème.

Plaidoyer pour une action globale

Capable de se régénérer, la couverture corallienne croît de 0,89% par an, ce qui est une « nouvelle rassurante de notre enquête. Dans les mêmes conditions climatiques, les coraux peuvent se régénérer. Sous réserve que celles-ci ne se dégradent pas davantage », a indiqué Jamie Oliver.

Les scientifiques plaident pour une action globale contre le réchauffement climatique. Ces derniers proposent « une action accrue contre la prolifération des étoiles de mer », a expliqué “Le Monde”. En dépit d’un programme destiné à tuer une par une les acanthasters, limitant leur prolifération dans des zones localisées, « cela ne suffit pas sur une région tout entière. Il faut donc étudier la possibilité d’introduire une maladie touchant les étoiles de mer ».

Face à ce rapport, le gouvernement australien a admis le 3 octobre sa « négligence » dans la préservation de la Grande Barrière de corail. « J’imagine que l’étude a fait l’effet d’une onde de choc dans beaucoup de foyers » en Australie, a déclaré le ministre de l’Environnement, Tony Burke, sur un plateau de la chaîne publique ABC. Le diagnostic de l’AIMS a renforcé les inquiétudes. Ce dernier a indiqué qu’« au fil des ans, nous avons tous entendu parler des dégâts sur le récif, mais ce chiffre de 50% envoie un signal d’alarme très clair ».

 Céline Tabou  

« Urgente nécessité d’agir »

Pour les défenseurs de l’environnement, interrogés par “Le Monde”, « c’est une nouvelle preuve de l’urgente nécessité d’agir. Car l’avenir des coraux est menacé non seulement par le réchauffement climatique, mais aussi par le développement de ports industriels sur la côte, comme Gladstone, au Sud de la Grande Barrière ». En effet, les associations s’inquiètent des risques causés par la navigation d’immenses cargos chargés de charbon et de gaz naturel liquéfié si près du récif, qui laissent derrière eux des déchets et peuvent se renverser. L’UNESCO avait alors menacé d’inscrire la barrière sur la liste des sites en danger.

Larissa Waters, porte-parole du parti australien des Verts, s’est insurgée : « Le rapport de l’AIMS montre que deux facteurs importants responsables de la disparition des coraux sont les tempêtes tropicales et le blanchiment, rendus plus fréquents par le changement climatique. Malgré cela, le gouvernement australien et celui du Queensland poursuivent leurs projets d’avoir du charbon quel qu’en soit le prix ».

Pour Bob Manning, le maire de Cairns, principal port touristique sur la Grande Barrière, « ce rapport montre qu’il faut accentuer nos efforts pour la préserver ».


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