Environnement

La flore de La Réunion en danger

Liste rouge de l’UICN

Témoignages.re / 4 février 2011

Une espèce sur trois est menacée de disparition à La Réunion selon le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conversation de la nature), selon une liste rouge publiée au mois de décembre et qui complète ainsi la liste rouge sur la faune de l’île.

La biodiversité de La Réunion est fragile. L’UICN avait publié en juillet dernier la liste des espèces menacées pour la faune de l’île. En décembre, l’UICN a poursuivi son état des lieux pour la flore dite « vasculaire », c’est-à-dire les fougères, orchidées, arbres et plantes à fleurs.
En tout, 905 espèces ont été repérées, qui se décomposent en 850 espèces indigènes et 55 espèces « cryptogènes » (espèces pour lesquelles il y a incertitude sur le statut indigène ou introduit, comme la « prune malgache » qui semble être indigène sur le littoral).
Les 800 espèces introduites pour des propriétés médicinales (par exemple, l’aloe vera) ou pour l’alimentation (le manioc, choca vert, goyavier...) n’ont pas été prises en compte. Certaines de ces plantes sont d’ailleurs devenues des espèces envahissantes.
L’étude a été menée par le Comité français de l’UICN, le Muséum national d’histoire naturelle et la Fédération des conservatoires nationaux, avec le Conservatoire botanique national de Mascarin. L’étude révèle que 49 espèces végétales ont déjà disparu à La Réunion et que 275 espèces sont menacées, ce qui correspond à 30% de la flore passée au crible.
La première cause de ces disparitions est liée aux activités humaines, comme pour le Bois de lait et le Petit Tamarin des Hauts. Le Comité français de l’UICN explique : « La destruction et la dégradation des habitats naturels représentent la principale cause de régression des espèces végétales réunionnaises. Le développement urbain et agricole est responsable de la disparition progressive de nombreuses espèces, comme le Bois de lait (Tabernaemontana persicariifolia), arbuste de la zone littorale classé “En danger critique d’extinction”. Plus en altitude, la population de Petit Tamarin des Hauts (Sophora denudata), classé “En danger”, a vu ses effectifs décliner de plus de 50% depuis le milieu du XIXème siècle, principalement en raison du pâturage et des feux ».
Autres responsables de l’extinction des plantes indigènes et endémiques, les plantes importées et qui se comportent en espèces envahissantes. Sur les 800 espèces introduites, une centaine représente un danger pour la flore de l’île. On peut citer le Goyavier, pourtant apprécié pour ses fruits et son bois, mais qui prolifèrent dans les habitats naturels des espèces fragiles ; la Liane papillon qui grimpe dans les lambeaux de forêts semi-sèches de l’Ouest ; ou le Choca vert bien qu’apprécié pour son chou en cari.
Résultat, des espèces comme l’arbuste Bois de chenilles sont en danger critique d’extinction ; le Mazambron marron, espèce d’aloès endémique, est en danger à cause des pestes végétales que sont le Raisin marron et le Galabert, l’introduction aussi des escargots Achatines.

82 espèces endémiques menacées

Enfin, certaines plantes ont la chance ou la malchance d’être appréciées pour leur aspect ornemental ou leurs vertus médicinales. C’est le cas des orchidées sauvages, certainement vendues à prix d’or par les braconniers. L’UICN cite ainsi pour exemple le « Petit Muguet, le Gros Faham, la Petite comète », classés en catégorie « quasi menacés ». Le Bois de ronde, classé en catégorie vulnérable, ou le benjoin, espèce endémique des Mascareignes, classée en « danger critique d’extinction » sont recherchés pour leurs écorces afin de préparer des tisanes.
Bois d’éponge, bois de papaye, palmiste Roussel, palmiste blanc, latanier rouge, bois de paille-en-queue, veloutier, bois mapou, persicaire, bois de sable, liane café, bois de senteur bleu, tanguin pays, bois blanc rouge… sont quelques espèces végétales en danger critique d’extinction, les plus menacés. Le via, le bois de Laurent-Martin, le cresson marron, le bois de pintade, le bois mussard, la liane de clef, le bois de prune blanc, le mahot noir et le mahot blanc, le nid d’oiseau... sont en danger d’extinction. Le palmiste rouge des Hauts, la salière, le peau gris, le pourpier rouge, le brède emballage, le cadoque blanc, le gazon bord de mer, le capillaire des bois... sont vulnérables. Le palmiste poison, la lavangère, la patate cochon, le bois de catafaille à petites feuilles... sont quasi menacés.
L’UICN souligne que 237 espèces végétales ne vivent qu’à La Réunion et que 82 d’entre elles sont menacées de disparition. 152 autres espèces sont endémiques des Mascareignes, c’est-à-dire qu’elles ne poussent qu’à La Réunion, à Maurice et à Rodrigues. Cependant, certaines espèces ont déjà disparu dans certaines îles et vivent encore sur d’autres. C’est le cas de la fougère Mégalastrum canacae, en danger d’extinction à La Réunion mais qui est présumée disparue à Maurice.
La liste rouge de l’UICN va permettre de mieux cibler les actions de conservation, de mener des recherches concernant les plantes présumées disparues et de lutter contre les plantes envahissantes.

EP


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