Environnement

La France annonce qu’elle veut exploiter le pétrole de la Guyane

En plein Sommet sur le changement climatique, un communiqué de trois ministres

Témoignages.re / 1er décembre 2011

Au moment où les données rappellent la responsabilité de la consommation du pétrole dans le changement climatique, le gouvernement annonce fièrement qu’il a créé une mission pour « accompagner le développement de l’industrie pétrolière au large de la Guyane ». Quels sont désormais les arguments qui restent à l’ambassadeur français chargé de négocier à Durban ?

Voici quelques mois, l’annonce de la découverte d’un gisement de pétrole au large de la Guyane avait aussitôt éveillé la convoitise de l’ancienne puissance coloniale.
Hier, ce sont trois ministres qui ont publié un communiqué commun pour annoncer la création d’une mission d’appui chargée du développement de l’industrie pétrolière au large de la Guyane. En plein Sommet de Durban sur le climat, ce gouvernement vient une nouvelle fois de démontrer qu’il est contre le développement durable, et voici pourquoi.

Une énergie polluante

L’année dernière, le Texas a connu une des plus importantes pollutions d’hydrocarbure de l’Histoire. La cause à l’explosion d’une plate-forme pétrolière qui a arraché le forage. Des milliers de mètres cubes de pétrole stockés depuis des millions d’années sous la croute océanique se sont répandus dans la mer avant de polluer le rivage.
La Guyane est un pays porteur d’une riche biodiversité. Elle accueille sur son territoire une partie de la forêt amazonienne. Elle est frontalière de l’État de l’Amapa, qui constitue la rive Nord de l’embouchure de l’Amazone. Si Paris décide d’exploiter du pétrole, le puits se situera à proximité de ces richesses naturelles inestimables. En cas de rupture de la plate-forme, ces richesses seront en danger.
Concernant « les opportunités de développement économique » de la Guyane que pourrait offrir l’industrie pétrolière, l’attitude de Paris permet d’en douter.

Le précédent de Kourou

Dans nos colonnes du 24 novembre dernier, Sergine Kokasou avait expliqué que les Guyanais s’interrogent sur les retombées du Centre spatial de Kourou. Kourou, c’est ce qui permet à l’Europe d’être la première puissance spatiale. Ce sont également un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Malgré tout cela, la Guyane est un pays lourdement frappé par le chômage, quasiment autant que notre île, mais avec une croissance démographique bien plus importante.
Comment expliquer en effet qu’avec le centre spatial européen, le taux de chômage de la Guyane soit supérieur à 21% ?
Alors si le centre spatial de Kourou n’a pas permis d’assurer le développement de la Guyane, à qui le gouvernement compte-t-il faire croire que l’exploitation d’un gisement pétrolier off-shore pourra créer massivement des emplois en Guyane ?
Paris va-t-il une fois de plus utiliser ce pays sans que ses habitants soient dédommagés ?
Décidément, ce gouvernement ne soutient pas le développement durable. Communiquer sur la volonté de pomper le pétrole au large de la Guyane au moment où le monde s’interroge sur les conditions de l’arrêt de la consommation de cette énergie montre la véritable nature de sa politique.

Le communiqué du gouvernement

« Nathalie Kosciusko-morizet, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique, et Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer, ont confié une mission d’appui à Anne Duthilleul, ingénieure générale des mines, pour accompagner le développement de l’industrie pétrolière au large de la Guyane.

Eric Besson et Marie-Luce Penchard ont installé cette mission ce jour (hier-NDLR) en présence du président du Conseil régional et des parlementaires de Guyane ainsi que des représentants du Ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, et des représentants du consortium industriel bénéficiaire du permis d’exploration de Guyane-maritime.

L’objectif de cette mission consiste à anticiper les étapes qui permettront le développement d’une exploitation d’hydrocarbures en Guyane pour que cette dernière soit à la fois respectueuse de l’environnement, profitable pour les territoires et créatrice de richesses économiques. L’État prend ainsi l’initiative et s’organise pour accompagner sur le long terme le développement de l’industrie pétrolière au large de la Guyane en faisant l’hypothèse que la poursuite de l’exploration validera la présence d’hydrocarbures exploitables.

La mission abordera les questions de sécurité industrielle et de protection de l’environnement. Elle étudiera les opportunités de développement économique, les conditions préalables à la création d’emplois sur le territoire de Guyane, les besoins en support logistique et en infrastructure des entreprises pétrolières et la création d’une fiscalité équilibrée. Elle permettra aussi d’apporter les meilleures garanties de retombées de ce développement pour la Guyane et pour la France.

Au nom du gouvernement, Marie-Luce Penchard s’était engagée auprès de Rodolphe Alexandre, président du Conseil régional, lors de son déplacement sur la plateforme de Tullow Oil le samedi 17 septembre dernier, à mettre en œuvre rapidement les outils indispensables devant permettre de justes retombées économiques pour le territoire.

La mission confiée à Anne Duthilleul s’effectuera en concertation avec l’ensemble des parties prenantes, et notamment les industriels, les collectivités de Guyane, le monde économique, les associations de protection de l’environnement de la Guyane et les ministères concernés.

Un premier rapport provisoire sera établi pour le 31 décembre 2011 avant une restitution définitive en juin 2012. »


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