Environnement

Le capitalisme mène l’humanité droit dans le mur

1,6 planète Terre pour satisfaire aux besoins

Manuel Marchal / 9 août 2016

Depuis hier, l’humanité a consommé depuis le 1er janvier l’équivalent d’une année de ressources naturelles. Il faut donc l’équivalent de 1,6 Terre pour répondre aux besoins. C’est la conséquence du capitalisme qui s’étend dans le monde. Cette surexploitation des ressources naturelles est à l’origine du réchauffement climatique, de guerres et d’inégalités. Depuis 2010, La Réunion contribue à cette crise en privilégiant l’automobile au détriment du train. La route en mer, ou NRL, est révélatrice de ces dérives. En effet, faute de trouver des matériaux à La Réunion pour poursuivre le chantier, ces promoteurs ont dû faire venir des milliers de tonnes de galets de Madagascar. C’est bien la preuve que le refus du développement durable oblige à vivre à crédit.

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Prendre ailleurs des ressources nécessaires à sa consommation : la preuve par les barges de roches venues de Madagascar pour le chantier de la route en mer. (photo ATR-FNAUT)

En 2016, il faut l’équivalent de 1,6 planète Terre pour satisfaire les besoins de toute l’humanité. En effet, depuis hier, l’espèce humaine a consommé l’équivalent d’un an de ressource naturelle. Chaque année, ce jour du dépassement arrive toujours plus tôt. En 2000, il tombait le 1er octobre, en 2008, le 23 septembre, en 2015, le 13 août.

Ce sont les émissions de gaz carbonique qui en sont les premières causes, elles représentent désormais 60% de l’empreinte écologique globale. Elles sont principalement dues au transport et à la production d’électricité à partir de produits dérivés du pétrole et du charbon. Pour tenir les objectifs fixés par l’Accord de Paris adopté en décembre 2015 par 195 pays, l’utilisation des énergies fossiles doit progressivement décroître jusqu’à atteindre un niveau d’émissions proche de zéro d’ici 2050.

Les effets de cette surconsommation sont déjà visibles : manque d’eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole et des stocks de poissons, déforestation, disparition des espèces, guerres pour la maîtrise des ressources naturelles en Palestine (eau), au Moyen-Orient et en Libye (pétrole). Ces guerres poussent des millions de personnes à quitter leur foyer, tandis que les conséquences des catastrophes liées au climat fait que le nombre des réfugiés climatique dépasse celui des déplacés de guerre. Cette exploitation effreinée des ressources naturelles a donc un coût écologique et humain considérable. Elle reflète un monde dominé par l’inégalité, car pendant que des classes sociales surconsomment, d’autres sont plongées dans la grande pauvreté et n’ont pas accès à l’énergie. C’est le bilan de la diffusion du modèle capitaliste dans le monde depuis le 19e siècle.

Conséquence du capitalisme

Plusieurs pays occidentaux montrent le mauvais exemple, ce sont les pollueurs historiques car ils ont été les premiers acteurs de la croissance des émissions de gaz à effet de serre et des catastrophes écologiques. Le WWF et Global Footprint Network publient une comparaison édifiante. Ainsi, si tous les êtres humains avaient le même mode de vie qu’en Australie, il faudrait 5,4 planète Terre pour satisfaire leur besoin. S’ils avaient celui des États-Unis, il faudrait 4,8 Terres. La France n’est pas en reste, car si tous les Terriens consommaient comme les Français, il faudrait 3 planètes Terre. Cette tendance s’observe également dans des pays émergents, car le mode de consommation à l’occidentale se diffuse. La Chine est aujourd’hui devenu le premier marché automobile pour les constructeurs occidentaux, c’est aussi là où l’Occident délocalise des usines polluantes. Résultat, il faudrait 2 planètes Terre si le monde vivait comme en Chine. Le Brésil suit la même voie, avec l’équivalent de 1,8 planète si la consommation moyenne mondiale par habitant était celle du Brésil. Ce n’est pas encore le cas de l’Inde, dont le modèle appliqué à l’échelle du monde consommerait chaque année les ressources de 0,7 planète. Mais l’extension rapide du mode de consommation occidental dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants l’amènera inéluctablement à rattraper la Chine et le Brésil.
Dans le monde, plusieurs pays montrent la voie pour contrer la tendance à la surconsommation des ressources naturelles. Par exemple, le Costa Rica a produit 97% de son électricité grâce à des énergies renouvelables entre janvier et mars 2016. Le Portugal a pu produire toute son électricité de la même manière pendant plusieurs jours.

La Réunion montrait une alternative

Jusqu’en 2010, La Réunion faisait partie de ces pionniers qui exploraient une alternative à cette politique de prédation. Sous la présidence de Paul Vergès, la Région Réunion avait lancé une politique fixant l’objectif d’autonomie énergétique à 2025. C’est ainsi que notre île a dépassé le nombre de 100.000 chauffe-eau solaire, et qu’elle était une terre d’expérimentation de solutions nouvelles. Avec le tram-train et la construction de centrales photovoltaïques le long de la route des Tamarins pour fournir le carburant des voitures électriques, l’impulsion devait être donnée pour amorcer le déclin des énergies fossiles dans les transports. La mise en place de l’énergie thermique marine et de la géothermie avaient pour objectif de remplacer le charbon et le fioul dans la production d’électricité.

Cette orientation comprenait aussi une ouverture sur la région pour partager avec nos voisins le résultat de ces expérimentations. C’était par exemple le projet de décliner l’ARER (Agence régionale de l’énergie Réunion) à l’échelle de l’océan Indien, afin d’aider à arriver à l’autonomie énergétique.

La route en mer contribue à la crise mondiale

Mais l’élection de Didier Robert en 2010 grâce à une coalition opposée au changement allant des socialistes aux indépendantistes en passant par d’ex-communistes a cassé cet élan. Aujourd’hui, La Réunion se distingue en étant le seul pays au monde à avoir détourné des fonds prévus pour construire un train fonctionnant à l’électricité pour financer une improbable route en mer. Une réalisation dédiée au tout-automobile est devenue le principal investissement. À l’image du modèle capitaliste, elle a besoin de piller des ressources pour espérer prospérer, c’est ce que rappellent les barges chargées de pierres provenant d’une carrière exploitée à Madagascar pour satisfaire les besoins du projet de Didier Robert, soutenu par Huguette Bello et Gilbert Annette.

Dans le même temps, la part des énergies renouvelables diminue alors que pourtant, la consommation électrique augmente moins vite qu’auparavant. Résultat, La Réunion participe désormais à l’accroissement des inégalités dans le monde et contribue à l’arrivée toujours plus précoce du « Jour du dépassement ».

M.M.


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