Environnement

Le WIOMSA est « une aide directe à l’action politique »

Clôture vendredi à la Région

Geoffroy Géraud-Legros / 29 août 2009

Clôturant les travaux du 6ème Congrès de la WIOMSA, Paul Vergès s’est employé à mettre en perspective au regard de l’action politique le contenu et la portée des travaux menés par les 470 scientifiques réunis à La Réunion

Dans une période où se combinent les effets des transformations de l’environnement, de la crise économique et de la croissance démographique, l’outil scientifique est plus que jamais fondamental à la prise de décision afin de faire face aux défis contemporains.
Exprimant à plusieurs reprises la « reconnaissance » des Réunionnais, Paul Vergès a souligné la nature décisive des recherches de la WIOMSA, qui aident à identifier les causes et les impacts des bouleversements climatiques dans notre aire. À l’heure où nous sommes « suralimentés d’informations » superficielles ; alors que les variétés, anecdotes et faits divers font diversion de l’essentiel, des travaux tels que ceux de la WIOMSA indiquent « quels sont les éléments qui doivent nous mener dans notre recherche de solutions ».

La Réunion, « Petit laboratoire des grands problèmes »

Cette démarche, a rappelé Paul Vergès, doit être consciente des courants profonds qui affectent la vie matérielle des êtres humains, au premier rang desquels la croissance démographique, qui atteint une ampleur « inédite dans l’histoire ». S’appuyant sur la récente publication de l’INED, le président de la Région a évoqué l’évolution vertigineuse du peuplement humain. Alors qu’elle ne comptait que 2,5 milliards d’habitants en 1950, notre planète compte désormais 6 milliards 810 millions d’habitants en juin 2009. Selon les estimations, nous serons 7 milliards en 2012, et 9 milliards en 2050… ce qui signifie que la différence entre la population que compte le monde aujourd’hui et dans quatre décennies est égale à la totalité de la population du monde en 2050…
La Réunion est au confluent des grands ensembles où s’accomplit cette révolution démographique, a déclaré Paul Vergès, qui évoque une Chine comptant 1,4 milliard d’habitants, devancée par l’Inde avec 1,8 milliard *, et un continent africain peuplé d’1,9 milliard d’êtres à l’horizon 2050, c’est-à-dire un milliard d’hommes de plus qu’aujourd’hui. Les Réunionnais eux-mêmes, s’ils n’étaient que 250.000 en 1946, seront un million dans quinze années à peine…
« Malgré tous les dispositifs d’aide », a rappelé Paul Vergès, « nous n’arrivons pas à résoudre nos problèmes : nous avons 100.000 chômeurs, la moitié de la population au seuil de pauvreté, 100.000 illettrés ; nous n’arrivons pas à régler nos problèmes d’emploi, de logement… comment imaginer alors les autres pays voisins ? ».
La Réunion est de surcroît située « dans la zone où se joue l’essentiel des changements climatiques ». Au nombre des effets dévastateurs de ce processus, il y a non seulement la violence des cyclones, dont notre mémoire porte les stigmates, mais aussi des phénomènes d’une ampleur sans précédent, tels que la montée et le réchauffement des eaux, qui posent les questions urgentes de l’avenir dont le devenir de nos villes côtières, et de nos récifs coralliens…
À ces fortes déterminations démographiques et environnementales, s’ajoutent les ruptures d’équilibre provoquées par la dynamique de mondialisation, qui pose à La Réunion la question du devenir des productions locales – en particulier celle de la canne à sucre – dans un avenir très proche où disparaîtront les protections.

Faire face par l’innovation

Parallèlement à ces grands mouvements du monde, Paul Vergès a rappelé le flux sans précédent d’intelligence et d’innovation qui parcourt notre planète, dont témoigne la vivacité des recherches de la WIOMSA. Car au-delà du plaisir de savoir et de comprendre le monde, la science, rappelle Paul Vergès, sert à l’action. Évoquant la marche de La Réunion vers l’Autonomie énergétique, le président de la Région a fourni un exemple des ressources que la science offre aux hommes face aux contraintes d’un monde en bouleversement : production d’énergie grâce aux éoliennes mises au vent des Alizés ; géothermie, utilisant la chaleur de notre volcan pacifique, et surtout, rejoignant l’optique des travaux menés par la WIOMSA, l’usage de la mer, par l’énergie de la houle, ou l’utilisation de la différence de température… Cette perspective, de rupture avec les énergies polluantes, fait apparaître l’importance de la recherche pluridisciplinaire telle que la porte la WIOMSA, au fondement de l’orientation des politiques dans tous les domaines, dans un siècle qui sera « celui de l’espace et des océans »… et où paradoxalement, nous en savons parfois plus sur le cosmos que sur les océans.

Geoffroy Géraud


Mettre le savoir en partage

Matthieu Le Corre, organisateur du Congrès*, et la Présidente de la WIOMSA, le Dr Muhtiga, ont rappelé à plusieurs reprises la nécessité de mettre en partage les avancées obtenues par les chercheurs lors de cette nouvelle étape de leur travail collectif. Les intervenants ont ainsi appelé les membres de l’association, les participants aux débats, les chercheurs et les étudiants à faire rayonner le savoir au-delà du champ scientifique, et plus particulier, dans le champ des politiques publiques et de l’action des opérateurs économiques, lesquelles ignorent trop souvent encore l’existence des outils de gestion durable des ressources maritimes.

(*) voir "Témoignages" du 27 août 2009, page 2


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