Environnement

Les apiculteurs sont au bord du gouffre

Production de miel

Sophie Périabe / 29 octobre 2009

Le syndicat des apiculteurs de La Réunion (SAR) a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme. La production de miel est au plus bas depuis 5 ans, notamment dans l’Est de l’île où il n’y a eu aucune récolte de miel de baie roses, ni de raison marron, ni de letchi.

Hier, le syndicat des apiculteurs a tenu un point presse dans un lieu symbolique, la Maison de l’abeille à Petite-Île. La récente miellée de letchi est cette année catastrophique selon son vice-président François Payet. Dans l’ensemble, les apiculteurs s’attendaient à une mauvaise année mais les mauvais résultats ont été amplifiés à cause de la mouche bleue. « C’est la pire année des 5 dernières années, souligne le syndicat. En 2006, nous avons eu la démoustication et la perte du cheptel ; en 2007, il y a eu Gamède, c’étaient déjà deux mauvaises années. Cette année, c’est pire ».
En moyenne, la récolte est 8 à 10 fois plus mauvaises, « on ne compte que quelques kilos de miel par ruche ». Dans la région Est, la situation est d’autant plus dramatique qu’il n’y a eu aucune production de miel de baies roses, ni de raison marron, ni de letchi.
« Dans le sud, on est à 2, 3 kilos de miel par ruche, ce n’est pas avec ça que l’apiculteur va vivre. Résultat, il n’y a pas de rentrée d’argent mais il faut continuer à faire vivre les ruches si on ne veut pas perdre les colonies d’abeilles. Bon nombre d’apiculteurs sont donc au bord du gouffre » affirme François Payet.

Le miel pays reconnu dans le monde

Paradoxalement, alors que la production de miel est au plus bas, notre miel pays est reconnu dans le monde. En Janvier dernier, lors du salon de l’agriculture, le miel letchi a obtenu une médaille d’or. Plus récemment, lors du concours Api Mondia qui réunit plus de 100 pays, « j’ai moi-même présenté du miel de baies roses dans la catégorie miel tropical et j’ai obtenu la médaille d’or » indique François Payet. La médaille d’argent a été remportée par un américain et la médaille de bronze par un autre réunionnais ; c’est dire la qualité et la valeur de notre miel pays.
« À travers cette reconnaissance, c’est l’identité d’un terroir, le terroir de la Réunion qui est récompensé ». Pour les apiculteurs, c’est un travail de plusieurs années, avec le soutien technique de la chambre verte, du Conseil général et de la Région.
« Aujourd’hui, notre miel est reconnu mondialement mais nous n’avons plus de miel à vendre ». Et la situation n’est pas prête de s’arranger si une solution n’est pas vite trouvée concernant la mouche bleue.
« Tant que ce problème n’est pas réglé, c’est toute la filière apicole qui est en danger » a conclut François Payet.

 S.P. 


Le SAR dénonce les résultats du CIRAD

« Le CIRAD a annoncé dans la presse que la production de miel n’était pas remise en cause par la mouche bleue, ils ont même pesé une ruche de 8 kilos » précise François Payet. Mais le poids du miel ne dépend pas du poids de la ruche selon le syndicat.
La semaine dernière, le syndicat a rencontré la DIREN pour travailler sur les observations du syndicat : « nous avons noté la présence des mouches bleues et l’absence des abeilles dans les exploitations. Nous avons invité le CIRAD à participer à cette réunion de travail mais cette dernière a décliné l’invitation » déplore le syndicat.
L’introduction de cette tenthrède est un véritable fléau pour la biodiversité notre île. Elle a en effet détruit le raisin marron, mais trop rapidement. Du coup, d’autres espèces plus envahissantes ont repris place, ne laissant aucune chance aux espèces endémiques de se développer.
« La tenthrède adulte est aussi une concurrente des abeilles, elle n’est pas un agent polinisateur » d’où les résultats catastrophiques de la production de miel.

 S.P. 


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