Environnement

Les volcans de l’ombre

Piton des Neiges-Plaine des Cafres

Témoignages.re / 29 avril 2010

La Réunion est née d’un volcan. Le Piton des Neiges. Avant de s’endormir, son activité intense a façonné le visage de l’île. Silencieux depuis 12.000 ans, il pourrait se réveiller dans 100 ans ou dans... 10.000 ans. Le Piton de la Fournaise, petit frère du Piton des Neiges, est de son côté toujours actif, mais selon les scientifiques peut réserver bien des surprises. Il y a quelques siècles seulement la lave surgissait dans la Plaine des Cafres.

Après 190 années de sommeil, Eyjafjalljöll en Islande s’est réveillé. Son nuage de cendres a semé la panique dans les aéroports. C’est la première fois que le trafic aérien connaît une telle crise. Il est par contre très commun qu’un volcan sommeille plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’années entre chaque éruption. Le Chaitén, au Chili, est ainsi entré en éruption en 2008 après 9.000 ans d’inactivité apparente, surprenant habitants et volcanologues. Potentiellement, un volcan peut vivre entre 500.000 et 1 million d’années. L’île volcanique de La Réunion est une goutte infime dans l’histoire géologique de la planète. Si l’âge de la Terre (4.5 milliards d’années) est ramené à une année, La Réunion serait âgée d’à peine 10 heures, le Piton des Neiges de moins de 6 heures et le massif de la Fournaise de 58 minutes. Le Piton des Neiges qui sommeille depuis 12.000 ans, n’a pas donné son dernier souffle... De son côté, la Fournaise, n’a pas fini de surprendre : la lave pourrait un jour sortir sur le flanc ouest du massif du Piton de la Fournaise... dans la Plaine des Cafres. Les roches volcaniques révèlent les dessous de l’histoire de l’île et un peu de son avenir.

Si le Piton des Neiges s’éveille, la terre tremblera

La dernière éruption du Piton des Neiges date de 12.000 ans. « On le considère comme éteint mais il est tout à fait possible qu’il y ait une éruption un jour », affirme Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire Géosciences à l’Université de La Réunion. Les volcanologues du laboratoire et de l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF) connaissent relativement bien les poches magmatiques et les réseaux situés juste en dessous du Piton de la Fournaise. Par contre, le mystère persiste sur les réservoirs profonds, même si les scientifiques savent « qu’une partie du magma se trouve à 15-20 km en dessous du niveau de la mer », confie Andrea Di Muro, directeur de l’OVPF. C’est pourquoi « le réveil du Piton des Neiges ne se ferait pas brusquement. Il lui faudrait peut-être environ un an », précise Patrick Bachèlery, le temps au magma de remonter depuis les abysses de la terre. Impossible d’en dire plus sur les dates, et de prévoir si l’éruption du Piton des Neiges arrivera dans 100 ou 10.000 ans.

Fontaines de lave dans la Plaine

Voir des fontaines de lave dans la Plaine des Cafres est par contre beaucoup plus probable. « Le plus jeune piton, en amont de la rivière des Remparts, a été formé au cours d’une éruption il y a seulement 400 ans », précise Andrea Di Muro. Tous les pitons de la Plaine sont en fait des édifices volcaniques, « qui appartiennent à l’ensemble du Piton de la Fournaise », ajoute-t-il. Ces cônes sont sortis de terre il y a entre 4.000 et 400 ans, au cours d’éruptions dites stromboliennes (*). Le laboratoire et l’observatoire surveillent donc aussi de près cette zone active qu’est la Plaine des Cafres. Pour Andrea Di Muro, « les volcans réservent toujours une panoplie d’activités et de styles ». Sauf que l’échelle géologique nous dépasse, et au fil des générations, on oublie de regarder sous nos pieds. Combien de Tamponnais se rappellent qu’ils habitent sur une coulée de 6.000 ans ?

Plus les événements sont rares, plus ils sont destructeurs

Pour les volcanologues, la priorité reste de « surveiller les activités récurrentes ». Le réseau de surveillance est donc centré sur le Piton de la Fournaise. Néanmoins, les scientifiques gardent en mémoire que les événements les plus rares sont les plus destructeurs. Le Chaiten en 2008, le Pinatubo aux Philippines en 1991, le Mount Saint Helens aux États-Unis en 1980, le Vésuve en l’an 79 en Italie. D’énormes catastrophes ont suivi ces éruptions, notamment parce que personne ne les attendait.

Si l’observatoire surveille en priorité les moindres frémissements de la Fournaise, Andrea Di Muro et son équipe gardent un œil attentif sur la Plaine des Cafres. « À chaque éruption associée à des remontées profondes de magma, nous établissons un scénario éruptif considérant systématiquement la Plaine comme potentielle porte de sortie du magma ». Ce ne serait pas surprenant, car si les hommes ont une vision restreinte à une centaine d’années, 400 ans ce n’est rien pour un volcan.

De son côté, le "vieux" Piton des Neiges dort, mais ne cesse de trembler, au rythme des mouvements de la croûte terrestre. Les sismomètres de l’observatoire enregistrent ainsi régulièrement des séismes tectoniques, dus au mouvement de la terre. À ne pas confondre avec les séismes magmatiques dus à la remontée du magma. Mais pour l’instant, impossible de détecter tous les signaux du géant endormi faute de capteurs. C’est pourquoi dans le cadre du programme UNDERVOLC (**), « d’ici la fin 2010, l’île sera entourée de séismomètres afin de mieux détecter tous les mouvements des massifs volcaniques », explique le directeur de l’observatoire, « car pour l’instant le vieux volcan n’est que partiellement surveillé ».

D’abord une vaste coupole

L’île de La Réunion s’est formée il y a environ cinq millions d’années. Deux millions d’années plus tard, le Piton des Neiges émerge. Il n’est alors qu’une vaste coupole. Ce n’est que bien plus tard qu’il atteindra le statut de plus haut sommet de l’océan Indien. « Les plus anciennes roches du Piton des Neiges, retrouvées vers la route du littoral, ont 2 millions d’années », explique Patrick Bachèlery. Il ajoute : « le Piton des Neiges connaît d’abord un volcanisme magmatique basaltique, similaire du Piton de La Fournaise actuellement. Puis, il y a 400.000 ans, la composition chimique du magma se modifie, et les éruptions deviennent alors très explosives ». Par la suite des épisodes d’effondrement seront à l’origine des trois cirques. Le Piton Neiges finira par se calmer il y a entre 12.000 ans.

Même endormi, il garde une multitude de secrets. Ils restent à dévoiler pour comprendre l’histoire de La Réunion et appréhender son avenir. Décrypter les mystères du Piton des Neiges peut aussi contribuer à anticiper le comportement du Piton de la Fournaise. Marie Chaput, doctorante au laboratoire Géosciences, étudie la déstabilisation du Piton des Neiges pour comprendre et pronostiquer les événements du volcan voisin. Car à priori, « la Fournaise pourrait se comporter de la même manière et se tailler une toute autre forme à coups d’écroulements ».

Panache de cendres au Piton des Neiges, fontaines de lave dans la Plaine, ou écroulement à La Fournaise : la géographie de l’île continue jour après jour de se graver dans la roche.

 Marie Trouvé pour www.ipreunion.com 

(*) Éruption strombolienne : éruption de type mixte, avec projections explosives et fontaines de lave. Ces éruptions sont issues d’une explosion par décompression d’une poche de gaz lors de sa remontée vers la surface, et produisent des cônes, pentus, d’environ 100 mètres de haut, composées de scories et de laves.

(**) Le programme « Undervolc » (Understanding Volcanoes) est porté par l’OVPF, l’institut de physique du globe de Paris, le laboratoire de géophysique interne et technique de Grenoble, le bureau de recherche géologiques et minières, le parc national de La Réunion. L’installation des sismomètres autour de l’île relève d’un projet FIDOM "Sismicité profonde sous La Réunion".

• Exposition en cours à la maison du volcan sur les risques volcaniques et leur probabilité. www.maisonduvolcan.fr. Tél. : 0262-59-00-26


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