Environnement

Mayotte : Une exécution que l’État voulait silencieuse

Plan de communication pour extermination massive de makis

Témoignages.re / 12 janvier 2012

Dans un rapport confidentiel rédigé en 2011 conjointement par la Réserve naturelle de M’Bouzi à Mayotte et la DEAL (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) qu’Imaz Press Réunion s’est procuré, les consignes du plan de communication sur l’extermination de quelque 700 makis bruns sont détaillées de manière très froide. Le rapport fait état d’un abattage massif qui se passerait dans le plus grand silence pour ne pas provoquer une « vague médiatique », ni un tollé des associations. Extraits.

Dans un premier temps, en 2010, pour contrer la surpopulation des makis dans la Réserve naturelle de M’Bouzi, c’est un plan de réduction alimentaire qui avait était décidé par arrêté préfectoral. Un an après cet arrêté, le rapport de la Réserve naturelle et de la DEAL indique que c’est une campagne d’euthanasie des makis de M’Bouzi qui serait finalement lancée, car « il s’agit de la solution la moins préjudiciable en termes de bien-être animal, ceux-ci ne mourant pas de faim ».

Au final, le plan de communication prévoit la mise à mort de 610 makis en 2012. Trois modes d’euthanasie sont portés à réflexion : le tir avec armes à feu (fusil ou carabine), qui représenterait un coût de 2.480 euros avec des cartouches à grenaille et 3.500 euros avec des cartouches à balle ; l’injection létale qui coûterait 48.000 euros ; et l’empoisonnement par la nourriture.

Parmi les avantages de cette opération d’extermination massive, « le coût de l’opération est réduit » et « les associations de défense des animaux n’auraient pas le temps de s’organiser » pour lutter contre cette décision, indique le rapport. « La polémique s’essoufflera rapidement avec la disparition du sujet (contrairement à l’option du plan de réduction du nourrissage qui étalerait l’effet médiatique sur plus de 8 ans) ».

« L’idée est de protéger le gestionnaire et les services décentralisés de l’État qui risquent de pâtir de la vague médiatique qui s’en suivra », annonce crument le rapport.

Il est également précisé que dans le cadre de la stratégie de communication, « il s’agira de bien mettre en avant » :
- « l’aspect “risque sanitaire” réel pour les makis de Grande Terre ainsi que pour l’Homme de la concentration des animaux sur cet espace réduit »,
- « l’impact écologique négatif d’une population artificielle qui prolifère hors de son habitat naturel »,
- « la volonté de préserver une population autonome de 120 à 180 individus qui ferait alors partie intégrante du patrimoine naturel de la Réserve »
.

« L’idéal serait d’éliminer les cadavres en haute mer » 

Par ailleurs, le rapport indique qu’il conviendra « de garder toute discrétion sur la préparation de l’action pour éviter toute levée de boucliers en amont de sa mise en œuvre », et de « mobiliser les services de police localement pour “barricader” l’accès à la Réserve naturelle pendant la durée de l’opération ».

« Dans le cas d’une euthanasie par le tir, les conséquences médiatiques pourraient être importantes, les coups de feu pouvant être perçus depuis Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte », souligne le rapport, avant de glisser entre parenthèses : « à voir avec l’ONCFS s’il existe des armes adaptées silencieuses ». Objectif : ébruiter le moins l’affaire pour avoir le minimum de retombées négatives.

Enfin, le rapport précise que « l’idéal serait d’éliminer les cadavres en haute mer, où la décomposition sera rapide », alors que « l’export de près de 1.400 kg de cadavres par voie maritime jusqu’en décharge sur Grande Terre nécessiterait de transiter par le port de plaisance de Mamoudzou où des manifestations de protestation sont à prévoir ». Encore une fois, la discrétion est de mise dans ce plan.

S.O et S.H pour www.ipreunion.com


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