Environnement

« On habite dans le lit de la rivière »

Environnement - Risques et inondations

Témoignages.re / 31 juillet 2010

Après la tempête Xynthia en Vendée, c’est dans le Sud-Est de la France que les habitants ont été touchés de plein fouet par des pluies et crues exceptionnelles au mois de juin. Des masses nuageuses humides se sont transformées en pluies torrentielles au contact des zones montagneuses froides. Sur un sol saturé en un rien de temps, des coulées aussi soudaines que dévastatrices sont arrivées dans le village. Sur l’île de La Réunion, du cyclone aux glissements de terrain, les Réunionnais sont constamment exposés aux forces de la nature. À la sortie Est de Saint-Denis, pendant le cyclone Diwa en 2006, trois cases avaient été emportées à Ilet Quinquina et une autre à La Rivière des Pluies. Pourtant, les habitants de ces zones inondables ne quitteraient pas leur maison qui « tremble quand la rivière gronde », même s’ils savent qu’ils vivent « dans le lit de la rivière ».

« Lors du cyclone Diwa en 2006, la maison des voisins a été emportée à cause des inondations », raconte Rock Renambatz, un habitant de la rue Lorion à La Rivière des Pluies. Pascal Virama, responsable du service Urbanisme à la Mairie de Sainte-Marie, déplore, « aujourd’hui, toute La Rivière des Pluies est inconstructible », indique-t-il en référence au Plan de prévention du risque inondation (PPRI) de sa commune. « C’était une zone que nous projetions de densifier », regrette-t-il.

Face aux aléas naturels, la gestion du risque pour les hommes et leurs activités s’appréhende à toutes les échelles. État, communes et habitants, tous ont leur part de responsabilité. Au niveau national, les Plans de prévention de risques (PPR) sont l’outil réglementaire de référence. L’objectif est de délimiter sur une carte pour chaque commune les phénomènes naturels et les bâtiments exposés. L’application de cet outil pour prévenir les catastrophes reste délicate. Concrètement, « avec le PPR, il est plus facile d’agir sur les secteurs non construits que sur l’existant », confie Christophe Moquillon, responsable de la cellule Risques à la Direction départementale de l’équipement Réunion.

Lorsqu’une fois tous les 100 ans, une débâcle exceptionnelle survient dans une ravine à la suite de fortes pluies, l’événement reste un simple aléa naturel, sans conséquence directe pour l’Homme. Par contre, à la rivière des Pluies, une crue centennale, c’est-à-dire la plus forte crue estimée survenant une fois par siècle en moyenne, ravagerait des dizaines d’habitations. La notion de risque correspond ainsi à la présence d’un éventuel danger, combinée à l’ampleur des dégâts humains et matériels que ce danger pourrait causer.
Tous les Réunionnais exposés à des aléas naturels

À La Réunion, pratiquement toute la population est exposée à des aléas naturels, notamment aux inondations qui surviennent surtout pendant les cyclones et les pluies estivales. « Par rapport à la géographie de l’île et au contexte démographique réunionnais, on est contraint d’occuper des zones à risques », affirme Robert Unterner, chef du service Risques Sécurité de la DDE Réunion.

En résidant à quelques mètres de la rivière, les habitants sont conscients des risques encourus et d’une possible catastrophe les affectant. Mme Diaz raconte : « quand nous sommes arrivés en 2008, mon mari a retrouvé d’énormes galets en jardinant, comme ceux dans la rivière. Elle reconnaît, « nous habitons dans le lit de la rivière ». Pour autant, aucun de ces habitants ne quitterait sa maison. « Je ne déménagerai pas pour aller dans un immeuble », s’exclame Alex, autre habitant de La Rivière des Pluies. Et de son côté, la famille Diaz, actuellement en location, espère bien pouvoir acheter « dans ce quartier idéal ».

Malheureusement, les risques encourus se concrétisent parfois en catastrophes, avec des dégâts humains et matériels inestimables. En 2006, à l’Îlet Quinquinat, trois cases ont été emportées par les eaux. « On aurait dû avertir ces gens qu’ils étaient en zones à risques, mais ils nous auraient demandé ce qu’on leur proposait à la place ». Pour la ville de Sainte-Marie, il faut « intégrer la prévention des risques aux actions de réhabilitation des habitations insalubres », explique l’élu, pour qui les habitations les plus exposées sont les habitats informels.
« Les inondations ne sont pas à cause de l’eau, mais des aménagements »
Inondation et aménagement sont aussi liés, d’après Rock Renambatz. « Les inondations ne sont pas à cause de l’eau, mais des aménagements », soutient-il. Alors qu’il habite à cet endroit depuis 25 ans, Rock Renambatz a vu « beaucoup de crues, des coulées beaucoup plus fortes que celles de 2006, mais sans jamais avoir eu de problème », atteste-t-il. Pour cet habitant, « les dégâts de Diwa ont été causés par les grands travaux en amont », en référence au tunnel construit entre Îlet Quinquinat et Salazie. « L’eau a été déviée par ces aménagements », affirme-t-il.

Depuis la loi Barnier de 1995, les services de l’État, les communes et les habitants sont confrontés à cette question des risques à travers les PPR. Aujourd’hui, on se préoccupe des risques, car la perception des risques et des catastrophes évolue. « Lors du cyclone de 1948, 162 Réunionnais ont perdu la vie », rappelle Robert Unterner, « mais en 2010, on refuse que des personnes trouvent la mort dans leur sommeil à cause d’une tempête comme Xynthia ».

Christophe Moquillon explique qu’un PPR se réalise en trois étapes. « Dans un premier temps, nous cartographions les aléas ». Les phénomènes naturels puissants et fréquents sont relevés. Pour les inondations, la référence est la crue centenaire, ou la crue la plus forte. Si la hauteur d’eau de cet événement dépasse 1 mètre, la zone est classée rouge, c’est-à-dire inconstructible. « Ensuite, les enjeux sont recensés, incluant notamment les écoles, les établissements de secours et de santé », explique-t-il. En fonction du diagnostic établi, la décision est prise par les services de l’État, la DDE et la Préfecture d’imposer ou non à la commune la mise en place d’un PPR, qui peut être général (PPR) ou spécifique à un aléa comme les inondations (PPRI) ou les mouvements de terrain (PPRM).

« Un élu référent » pour optimiser les délais d’aboutissement des PPR dans les communes

Pour les services communaux, les limites du PPR sont souvent « exagérées ». « Le PPR inondation a le mérite d’exister, mais ce type de document doit intégrer l’historique de l’habitat des Réunionnais », revendique Pascal Virama. Christophe Moquillon de la DDE précise que « selon l’aléa, nous pouvons déclasser une zone inondable, si les habitants construisent des protections, ou par exemple si aucune chambre ne se trouve au premier étage ». Pascal Virama argumente, « on a besoin de construire des logements sociaux et, en même temps, on interdit de construire ».

De nouveau du côté des services de l’État, Robert Unterner reconnaît la nécessité de concertation avec les élus, mais souligne qu’il faudrait « un élu référent » pour optimiser les délais d’aboutissement des PPR dans les communes. « Des PPR ont mis 14 ans à être validés », regrette-t-il. Et dans ce cas où les négociations s’éternisent, la sanction sera pour les sinistrés. « Si au bout de 4 ans, le PPR n’est pas approuvé, à chaque nouvel arrêté de catastrophe naturelle, la franchise double pour les assurés », explique Robert Unterner, « le but est d’inciter les citoyens à faire bouger leur commune ». Il ajoute, « la durée normale entre la prescription et l’approbation est de 3 ans, mais à La Réunion, la moyenne est de 10 ans ».

Si la prévention est le terme central des Plans de prévention des risques, à la Mairie de Sainte-Marie, Pascal Virama avoue « qu’aucune action n’est mise en place pour sensibiliser la population ». Sur ce point, Robert Unterner admet aussi que le pouvoir réglementaire du PPR est puissant, mais en prévention, « il y a du retard ».


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