Environnement

Pestes végétales : une stratégie de lutte s’impose

Préservation de la biodiversité

Témoignages.re / 19 février 2010

En 1989, le Dr Ian Mac Donald et son équipe avaient réalisé une expertise sur les plantes exotiques envahissantes à La Réunion. Une nouvelle expertise donne la mesure de la progression de ces pestes végétales et justifie la mise en place d’une stratégie de lutte globale et coordonnée.

Les « pestes végétales », une vraie menace pour une biodiversité en milieu insulaire comme à La Réunion. Environ 2.000 espèces exotiques ont été importées par l’Homme, 10% de ces plantes sont potentiellement invasives, avance le Dr Soudjata Radjassegarane, chargée de Mission biodiversité à la Région Réunion. C’est assez pour porter un coup fatal aux nombreuses espèces endémiques de l’île, c’est-à-dire des espèces uniques au monde, fruits d’une adaptation à notre milieu insulaire depuis des milliers d’années. Alors, que faire ?

Deuxième expertise 21 ans après

Mettre en place une « stratégie de recherche et de gestion pour un contrôle à long terme des pestes végétales à La Réunion ». C’est la préoccupation de la Région et des ses partenaires, mais encore faut-il disposer d’un état des lieux des espèces exotiques envahissantes. C’est l’objet de la mission menée ces dernières semaines par le Dr Ian Mac Donald, coordinateur du Programme global sur les invasions dans les aires protégées (SCOPE), par ailleurs directeur du WWF (World Wildlife Foundation) d’Afrique du Sud, et son équipe de chercheurs : le Dr Wendy Strahm, responsable de la flore à l’UICN international, le Pr Christophe Thébaud, président de la Société française d’Ecologie, et le Pr Dominique Strasberg, vice-président de la Recherche à l’Université de La Réunion.

C’est avec cette même équipe que le Dr Ian Mac Donald avait réalisé une première expertise globale sur les plantes envahissantes en 1989. 21 ans après, l’équipe a pu mesurer l’évolution des plantes exotiques sur les mêmes transects étudiés, c’est-à-dire les mêmes échantillons de végétation naturelle à la Plaine des Chicots, à la Petite Plaine, à Mare Longue, à la Grande Chaloupe, à Cilaos, Bébour, le Grand Brulé ou encore le Tévelave. Le Dr Ian Mac Donald a présenté mercredi dernier les résultats de cette mission, sans pour autant en tirer une conclusion générale, aux côtés du Dr Soudjata Radjassegarane, de Marie-Pierre Hoarau pour la commission de Développement durable, et Philippe Berne, en charge de l’Aménagement du territoire et de la Recherche au Conseil régional.

Le goyavier, ennemi numéro un

L’équipe du Dr Mac Donald a relevé des évolutions « significatives » par rapport à la première mission de 1989. La palme d’or des pestes végétales revient à un arbre très apprécié pour ses petits fruits rouges, psidium guajava, plus connu sous le nom de goyavier. Il figure au top 10 des espèces d’arbres envahissantes aussi bien dans des écosystèmes primaires que dans les zones perturbées, suivi par le bringellier marron (solanum mauritianum). Même la forêt de pandanus de La Plaine des Palmistes, « d’une biodiversité exceptionnelle », souligne Ian Mac Donald, est envahie. La lutte contre le goyavier devrait donc être une priorité pour préserver les forêts qui abritent des plantes épiphytes (qui poussent sur d’autres plantes) particulièrement fragiles. D’autres arbustes, absents il y a 21 ans, ont été détectés dans les forêts primaires et zones perturbées, comme le tabac bœuf (clidemia hirta) et le longose à fleurs roses ou jaunes (hedychium gardnerianum). Pour le Dr Ian Mac Donald, « on aura besoin d’une nouvelle technologie pour lutter contre les longoses ».

De nouvelles espèces invasives

Dans la famille des lianes, la vigne marronne semble perdre du terrain. Sans doute les premiers effets de la mouche bleue... La passiflore est une nouvelle espèce invasive, repérée même sur le sentier du Piton des Neiges. Le Dr Ian Mac Donald préconise une réaction immédiate. À Hawaï, cette plante a fait des ravages, indique-t-il.
Autres nouvelles venues, la liane-papillon à la Grande-Chaloupe, jugée « très dangereuse », et dans la famille des herbacées, l’herbe chiffon (ou herbe de jouvence), « la plus abondante en 2010, absente en 1989 ».

Le Dr Ian Mac Donald a cependant remarqué que la forêt de Mare-Longue, domaine de l’ONF, a bénéficié d’une bonne gestion en matière de lutte contre les pestes végétales. Ce qui est loin d’être le cas de la Grande-Chaloupe, du Tévelave et de Cilaos. La prolifération des pestes végétales, comme le tabac bœuf et le goyavier, est par ailleurs favorisée par le merle de Maurice. L’oiseau est un allié pour la dispersion des graines. Mais le Dr Ian Mac Donald relativise en faisant remarquer que La Réunion a de la chance de ne pas être confrontée à d’autres espèces comme le cochon sauvage, le singe.

Pour finir, le Dr Ian Mac Donald a préconisé une approche stratégique et coordonnée pour lutter contre ces plantes invasives et des actions de prévention pour empêcher l’introduction d’espèces nouvelles potentiellement dangereuses. Cette stratégie globale devrait se concrétiser après les élections régionales, a précisé Philippe Berne. Il faudra définir les espèces prioritaires de la lutte, établir une cartographie des zones pour y concentrer les efforts, repérer avec les pépiniéristes les plantes potentiellement invasives... Il est certain que plus on attendra, plus le plan de lutte contre les pestes végétales coûtera cher.

 Edith Poulbassia 


Kanalreunion.com