Environnement

Relever le défi du changement climatique : le combat de l’avenir

Conférence de presse PCR sur la Semaine du développement durable

Manuel Marchal / 4 juin 2016

Yvan Dejean, Maurice Gironcel et Ary Yée Chong Tchi Kan, co-secrétaires généraux du PCR, ont donné hier une conférence de presse. La Semaine du développement durable est l’occasion pour le Parti communiste réunionnais de montrer les aberrations qui existent à La Réunion en matière d’aménagement du territoire et d’inadaptation au changement climatique.

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Ary Yée Chong Tchi Kan, Yvan Dejean et Maurice Gironcel, co-secrétaires généraux du PCR. (montage JYG)

Le PCR alerte depuis plusieurs années sur les dangers du changement climatique. « Ce qui se passe notamment en Europe nous donne raison », souligne Maurice Gironcel. Il rappelle qu’il est maire d’une commune, Sainte-Suzanne, qui essaie d’être concrètement dans l’action. Au cours de la Semaine du développement durable, elle a notamment présenté en collaboration avec ses partenaires l’Abécédaire du développement durable. C’était le 28 mai. Le 31 mai s’est tenu au Bocage le Jardin de développement durable. Cette manifestation a rassemblé 600 jeunes. Un des objectifs est de populariser les gestes éco-citoyens, pour faire prendre conscience de l’importance de participer à la défense de l’environnement.

« Adapter l’aménagements de nos territoires face au changement climatique, c’est l’avenir, c’est créateur d’emploi », affirme le responsable communiste. Mais à La Réunion, il existe des projets irresponsables qui impacteront La Réunion de façon négative.

Conséquence de l’exploitation capitaliste

Yvan Dejean présente une analyse des causes et des conséquences de la crise environnementale actuelle. Cette crise s’exprime par des événements rapportés dans l’actualité. « Vague de chaleur à New York, blanchiment des coraux, inondations au Bangladesh, famine à Madagascar. Tous sont liés au réchauffement climatique », indique le PCR pour qui « cette crise climatique s’intensifie et n’est pas le fruit d’un hasard ».

Le PCR estime que ces dérèglements sont une conséquence de l’exploitation capitaliste. Depuis la nuit des temps, l’être humain est confronté au problème de l’énergie. Pour y répondre, il a utilisé le feu, réussi à domestiquer des animaux, trouvé des moyens d’utiliser la force de l’eau et du vent. Le besoin d’énergie est aussi une des causes de l’esclavage. « À La Réunion, cette énergie d’origine humaine a servi à récolter du café puis de la canne et à faire fonctionner les premiers moulins. »

Les progrès technologiques ont amené à la maîtrise d’une nouvelle énergie : la vapeur. C’est le point de départ de la révolution industrielle, et la fin de l’esclavage. Pour produire cette vapeur, le combustible le plus efficace à l’époque est le charbon. Il permet de faire des profits considérables, qui reposent sur une exploitation très dure des travailleurs dans les mines, les usines et les chemins de fer.

C’est à partir de ce moment que l’être humain va commencer à polluer l’atmosphère avec des gaz à effet de serre issu du charbon. L’invention du moteur à explosion fonctionnant avec un produit dérivé du pétrole va supplanter la machine à vapeur pour les déplacements. Avec la pollution automobile, les émissions de gaz à effet de serre s’accélèrent.

Le contrôle des sources de pétrole et de charbon sont la source de bien des conflits. Le Moyen-Orient est la région qui abrite les plus grandes réserves de pétrole, elle est en conflit permanent depuis plus de 50 ans. Les différents chocs pétroliers n’ont pas fait tourner le dos à cette énergie. Des sources nouvelles sont exploitées dans la mer, dans les sables bitumeux du Canada ou dans des forages dans les roches schisteuses.

La déforestation joue aussi un rôle important dans la crise climatique. La course au profit entraîne la destruction de grandes forêts. Or, les arbres absorbent le CO2, un gaz à effet de serre. L’élevage intensif a aussi sa part de responsabilité, car il favorise la production d’un puissant gaz à effet de serre, le méthane.

Tout le littoral réunionnais concerné

Les conséquences du changement climatique sont connues : hausse du niveau de la mer, mort des coraux, événements climatiques inattendus et violents. « Sous nos yeux, c’est la sécheresse à Madagascar, la pénurie d’eau dans le Nord et l’Est de La Réunion ».

Ce changement est lié à l’activité humaine. En seulement 150 ans, elle est responsable de bouleversements qui mettaient naturellement des milliers d’années à s’accomplir. Les autres espèces sont face à un changement trop rapide pour s’adapter.

« L’espèce humaine est la seule qui dispose de moyens technologiques pour s’adapter aux changements qu’elle a déclenchés. Elle peut agir sur deux leviers : l’atténuation et l’adaptation », précise Yvan Dejean. L’atténuation c’est la transition énergétique pour remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables. L’adaptation, c’est prendre en compte le changement climatique et ses effets qui vont perdurer pendant des siècles. Tout le littoral réunionnais sera concerné.

La Réunion avait joué un rôle majeur dans ces domaines. Le PCR rappelle la proposition de loi de Paul Vergès faisant de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale.

L’aberration de la route en mer

Le PCR constate que les obstacles à cette transition énergétique. C’est principalement dû à la diffusion du modèle capitaliste dans le monde. La course au profit continue et entraîne l’utilisation massive des énergies fossiles : gaz, charbon, pétrole. À cela s’ajoute la croissance de la population. La pression sur les matières premières s’accentue, tout comme la pollution de l’atmosphère.

À La Réunion également, des obstacles existent, on refuse de reconstruire le chemin de fer et on rajoute tous les ans 20.000 véhicules. C’est la perspective de 500.000 voitures à La Réunion. Cette perspective se renforce avec l’arrêt du chantier du tram-train, remplacé par une route en mer qui cumule tout ce qu’il ne faut pas faire. Elle est construite en pleine mer alors que personne ne sait jusqu’où montera le niveau de l’océan Indien. Ce sont des milliards investis dans une infrastructure marine au moment où partout dans le monde se pose la question de la relocalisation des populations et des équipements vers l’intérieur des terres.

Le PCR relève quelques motifs d’espoir. Les manifestations concrètes du changement climatique sont médiatisées. Les victimes du changement climatique peuvent se faire entendre. Les pays occidentaux sont touchés par des cyclones et des inondations. Ils ressentent ce que peuvent connaître les victimes de 150 ans de pollution. Le coût de production de l’énergie avec les énergies renouvelables ne cesse de diminuer. L’argument économique de l’utilisation du pétrole et du charbon sera plus difficile à tenir. Les pays émergents deviennent des leaders mondiaux dans l’utilisation des énergies renouvelables, ils cherchent à emprunter une voie différente de celle de l’Occident pour se développer. Enfin, la signature de l’accord de Paris est une prise de conscience mondiale que le système est à bout de souffle et conduit à la catastrophe.

Inventer une nouvelle civilisation

« La plus grande difficulté réside dans l’abandon du système capitaliste, qui porte en lui les germes de la catastrophe à cause du profit qui prime sur le social et l’environnement », souligne Yvan Dejean. Face au changement climatique, l’espèce humaine doit opérer un changement de civilisation, sous peine de connaître assez rapidement le destin des autres espèces dominantes qui se sont jusqu’alors succédé sur la Terre, mais qui ont régné beaucoup plus longtemps.

Pour le PCR, plus que jamais, relever le défi du changement climatique, c’est le combat de l’avenir. C’est pourquoi « la protection de l’environnement requiert une implication politique forte », conclut Maurice Gironcel, car cela nécessite « une évolution des mentalités, et un changement des comportements de nous tous ».


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