Environnement

Saint-André : une « situation catastrophique » en héritage

Inondations suite aux fortes pluies

Témoignages.re / 2 février 2011

A chaque épisode de fortes pluies, les communes sont touchées par les inondations. Ces derniers jours n’ont pas dérogé à la règle. Mais force est de constater que des dégâts auraient pu être évités dans le cadre d’un aménagement maîtrisé du territoire. Certaines mairies ont un héritage lourd à porter et tentent d’y remédier. Exemples à Saint-André.

Les images de routes ou de maisons inondées, de ravines qui débordent, de glissements de terrain sont devenues une habitude à chaque épisode de fortes pluies. On n’en est pas moins surpris et on se demande comment expliquer ces phénomènes. Changement climatique ? Peut-être. Mais la responsabilité des hommes n’est pas à évacuer. En premier lieu, ceux qui ont en charge l’aménagement. Aucune commune ne semble épargnée à La Réunion. Mais certaines sont plus concernées.
Exemple à Saint-André, où presque tout est à faire ou à refaire en matière d’assainissement et d’endiguement, à en croire le maire Éric Fruteau. La commune de l’Est n’est pas à l’abri des pluies torrentielles, micro-région la plus arrosée de l’île. Malgré cette donnée climatique, l’aménagement n’est pas adapté à la ville.
Le maire, élu en 2008, explique : « Nous avons hérité d’une situation catastrophique en termes d’aménagement. Le PLU (Plan local d’urbanisme) a été annulé en 2007. Nous sommes retournés au POS (Plan d’occupation des sols) de 1994, vieux de plus de 10 ans, donc inadapté. Le développement urbain s’est fait rapidement, ce qui peut être positif à condition qu’il soit pensé. Or, ce développement s’est fait de façon aléatoire et non maîtrisée, notamment sur des zones agricoles où il y a un écoulement naturel des eaux, comme la Rivière-du-Mât les Bas et la Ravine-Creuse ».
Éric Fruteau met clairement en cause le « laxisme » des autorités de l’époque, l’ancien maire et son équipe pour ne pas les citer. Les réseaux d’assainissement sont inexistants ou inadaptés, ce qui crée des inondations fréquentes dans les zones d’habitation. Le maire reconnaît qu’il en va aussi de la responsabilité des habitants. « Les règles de voisinage ne sont pas toujours respectées », indique-t-il.

Les communes doivent s’unir

Face à cette situation, il ne s’agit pas de rester les bras croisés. Il y a trois ans, la mairie a entrepris un travail de repérage et d’évaluation des problèmes d’assainissement. Les efforts ont en priorité porté sur la rénovation des écoles, si bien que les intempéries de ces derniers jours ont eu peu d’impact.
« Mais chaque épisode de fortes pluies donne lieu à la découverte de nouvelles situations », précise Éric Fruteau. Des travaux d’aménagement sont ainsi menés chaque année. Et pour répondre à l’urgence, le CCAS accompagne les familles qui perdent leurs biens dans les inondations.
En parallèle, la mairie travaille sur la mise aux normes du Schéma d’assainissement pluvial. Il sera intégré au nouveau PLU d’ici la fin de l’année. Un Plan climat énergie territorial (PCET) est également à l’étude, obligatoire, car la population de Saint-André devrait atteindre 75.000 habitants en 2020.
Face à l’ampleur des travaux, Éric Fruteau affirme que, « seule, la mairie n’y arrivera pas ». Il a sollicité le préfet pour une contribution financière à la mise aux normes des réseaux, estimée à 110 millions d’euros. Un appel à la solidarité nationale ou encore une dérogation aux fonds européens sont d’autres pistes qu’il propose. Pour Éric Fruteau, il est nécessaire que les 24 communes s’unissent afin de disposer de moyens d’aménagement, et faire en sorte que les inondations ne soient plus récurrentes.
La mairie prévoit cependant d’avancer de façon progressive dans l’aménagement : la construction d’une station d’épuration de 10 millions d’euros, qui va impliquer des travaux estimés à 3 millions d’euros à Chemin l’Etang, le réseau d’assainissement du Chemin du Centre... L’endiguement de la Ravine Sèche, de la rivière du Mât, des radiers est également indispensable.

EP


Saint-Leu

« Un retard considérable à résorber »

A Saint-Leu, ce sont surtout les agriculteurs qui ont été victimes des fortes pluies, ainsi que quelques habitations. Pour le maire Thierry Robert, les permis de construire ont été délivrés en lien avec une forte démographie, mais la commune a souffert d’une négligence pour les routes et l’assainissement pluvial. « Il aurait fallu accompagner les constructions par des réseaux. Aujourd’hui, nous avons un retard considérable à résorber », affirme-t-il. Dès 2008, la mairie a commandé une étude pour réaliser son Schéma communal d’évacuation des eaux pluviales. De lourds investissements sont à prévoir. Le maire veut « prioriser les travaux dès 2011 dans un programme pluriannuel ».
Hier, Thierry Robert a rencontré les agriculteurs du secteur Portail, avec la présidente du Conseil général et le président de la Chambre verte. Terrains ravinés, système d’irrigation emporté... les dégâts sont importants. Une réunion devrait être organisée dans les prochains jours avec la mairie, la Région, le Département, la Chambre d’agriculture et CBO Territoria, pour déterminer les responsabilités et ainsi indemniser les agriculteurs. Pour les habitants inondés, la maire demande l’état de catastrophe naturelle pour qu’ils obtiennent également des indemnisations.

EP


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