Environnement

Stations d’épuration et incinérateurs accusés d’amplifier la pollution aux nanoparticules

L’évolution technologique amène la filière du traitement des déchets à s’adapter

Manuel Marchal / 23 février 2016

Entrant dans la composition de plus de 1.500 produits dans le monde, les nanomatériaux peuvent constituer un risque grave pour la santé publique. Les incinérateurs et les stations d’épuration n’éliminent pas ces nanodéchets qui peuvent alors s’échapper dans l’atmosphère et favoriser l’apparition de cancers du poumon ou de maladies du système nerveux. De quoi faire réfléchir ceux qui veulent imposer un incinérateur à La Réunion.

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Incinérateur de déchets de Saint Ouen (Seine Saint Denis).
Cette nouvelle étude met en évidence des risques sanitaires liés à l’utilisation d’incinérateurs pour traiter les déchets.

Invitée de l’émission CO2 Mon amour diffusée dimanche matin sur France Inter, Vanessa Miranville, maire de La Possession, s’est prononcée pour la construction d’un incinérateur à La Réunion. Elle n’est pas la seule élue dans ce cas, d’autres sont également pour ce type d’installation de traitement des déchets. L’argument utilisé pour rassurer la population, c’est de dire que les incinérateurs modernes sont maintenant sans danger. Force est de constater également que les mêmes élus ne se bousculent pas pour demander que l’incinérateur soit construit sur le territoire dont ils sont les représentants. D’ailleurs, les déchets brûlés ne sont pas tous transformés en gaz. Il reste un résidu solide, un déchet ultime qu’il faut toujours traiter.

Des particules d’à peine un millionième de millimètre

Concernant le traitement de l’eau, il est confié à un système venant d’Europe, qui consiste à amener les eaux usées vers une station d’épuration qui les filtre avant de rejeter dans la mer un liquide comparable à de « l’eau de baignade ». Les déchets ultimes forment les boues des stations d’épuration.

Mais le progrès technologique a amené l’utilisation toujours plus importante de matériaux d’une taille égale ou inférieure au millionième de millimètres, ce sont les nanomatériaux. Aujourd’hui, ils sont répandus dans des produits de consommation courante, indique un rapport de l’OCDE publié hier : pneus, shampoing, raquettes de tennis, batteries de téléphone, déodorants… Selon le Monde du 15 mai 2014, l’institut Wilson center comptabilisait 1.628 produits utilisant ces nouveaux matériaux, dont 440 vendus en Europe. La Réunion est donc concernée.

Là où le bat blesse, c’est lorsque ces produits sont jetés à la poubelle. Ils entrent alors dans un circuit de traitement où ils peuvent passer au travers des mailles du filet. « Des nanomatériaux manufacturés finissent dans des décharges, incinérateurs et stations d’épuration qui ne sont pas conçus pour retenir des particules d’à peine un millionième de millimètre. Des nanoparticules se retrouvent donc dans les boues d’épuration utilisées comme engrais en agriculture et dans les effluents des stations déversés dans les cours d’eau et les lacs, ainsi que dans les produits recyclés », indique l’OCDE qui poursuit : « le rapport constate que si les installations de traitement des déchets les plus modernes sont capables de retenir une grande partie des nanomatériaux présents dans les déchets, les procédés moins efficients largement utilisés dans le monde font que de grandes quantités sont probablement rejetées dans l’environnement via les effluents gazeux issus des incinérateurs, les cendres appliquées sur la voirie, les eaux épurées ou les lixiviats pénétrant dans le sol et les sédiments aqueux. »

« Risque cancérigène au niveau pulmonaire »

Sur ce dernier point, l’OCDE note que « la présence de nanomatériaux dans les boues d’épuration séchées et compostées, souvent épandues pour fertiliser les terres agricoles, est particulièrement préoccupante. (…)La possible transformation des nanomatériaux manufacturés dans le sol, leurs interactions avec les plantes et les bactéries et leur transfert dans les eaux superficielles n’ont jamais été étudiés en profondeur »

Un incinérateur ou une station d’épuration sont donc dans l’impossibilité de retenir la totalité de ses nanomatériaux. Une fois dans la nature, ces très fines particules sont dangereuses pour la santé. Elles peuvent en effet pénétrer l’intérieur du corps humain et aller se loger dans les poumons. « Risque cancérigène au niveau pulmonaire, effets toxiques sur le système nerveux et propriétés antibactériennes potentiellement nuisibles pour les écosystèmes », écrit l’OCDE.

Le rapport de l’OCDE rejoint un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, qui appelait à une réglementation renforcée. L’OCDE demande en effet que des recherches soient effectuées pour évaluer le risque.

À La Réunion, ce problème de pollution se pose. L’installation d’un incinérateur ne ferait qu’accentuer les risques d’exposition aux nanomatériaux. Quant aux stations d’épuration, comment peuvent-elles garantir l’élimination de ces nouveaux nanodéchets ? L’évolution technologique au cœur même des articles de grande consommation amène à une remise à plat de tout ce qui a été imaginé jusqu’alors pour traiter en masse les déchets ménagers.


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