Environnement

Surmortalité des abeilles : malnutrition et parasitisme pointés du doigt

Réseau Biodiversité pour les Abeilles

Témoignages.re / 16 février 2015

Selon les conclusions d’une étude comportementale publiée la semaine dernière par l’Académie américaine des Sciences (NAS), le fait que les abeilles deviennent prématurément butineuses est fondamental pour expliquer le déclin apiaire mondial. Le manque de ressources en pollen et en nectar dans l’environnement et la présence de parasites font partie des facteurs qui poussent les jeunes abeilles à sortir de la ruche de manière prématurée pour aller butiner. Conséquence : c’est toute l’organisation sociale à l’intérieur de la colonie d’abeilles qui se trouve ainsi bouleversée ce qui conduit aux mortalités rapportées par les apiculteurs dans les ruchers. Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles lance un appel à une mobilisation générale et surtout… concrète !

Pathologies, virus, parasites, manque de biodiversité, mauvaises pratiques agricoles et apicoles (acaricides et pesticides)… la liste des facteurs pouvant conduire à des surmortalités d’abeilles est longue.

Si la question des pesticides est au cœur de l’action publique depuis des années (interdictions, suspensions ou réévaluation de certaines molécules sans pour autant enrayer le déclin apiaire), la question de l’environnement des abeilles, c’est-à-dire leur habitat et leur ressource alimentaire, est le parent pauvre des politiques publiques. Pourtant, publication après publication, l’impact de la qualité de l’alimentation des abeilles sur leur santé se confirme.

La dernière publication de Perry et al. confirme à nouveau le rôle prépondérant du facteur alimentaire dans l’homéostasie de la ruche. Le phénomène de sortie précoce des jeunes abeilles de la ruche pour aller glaner du pollen et du nectar conduit à un affaiblissement de la colonie et souvent à sa perte. Il est amplifié par l’absence d’une ressource continue, minimum ; jachères apicoles, haies, bandes enherbées, prairies, chemins agricoles, espaces verts, les sources potentielles de pollen et de nectar sont pourtant nombreuses.

« Tout le monde parle de l’importance de la biodiversité. Il faut maintenant passer de la parole aux actes. La biodiversité, ce n’est pas une simple parole politique ou un élément de pensée virtuelle, c’est une réalité concrète, opérationnelle et fonctionnelle » estime Philippe Lecompte, apiculteur bio et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. « Sans fleurs, pas de pollen, pas de nectar. Conséquence de cette malnutrition : mortalité des abeilles et pénurie de miel ; déclin inexorable de la colonie, de l’exploitation apicole et du service de pollinisation » poursuit-il.

A l’intérieur de la ruche...

Les difficultés liées à la malnutrition sont aggravées par la présence d’agents pathogènes dans les ruches. La logique de la colonie est complexe, en particulier sa dimension collective puisqu’on peut compter dans une ruche jusqu’à 60.000 abeilles liées par des rapports de castes et en relation entre elles par des systèmes de communication complexes, pas entièrement décryptés. Chaque abeille constitue en quelque sorte l’organite d’un super organisme. La relation entre les individus que sont les abeilles et l’ensemble de la colonie, qui est l’organisme, se fait par des systèmes de reconnaissance et de communication encore mal connus.

Le rôle de perturbateur endocrinien joué par Nosema ceranae est de ce point de vue un problème majeur comme l’a démontré Claudia Dussaubat dans une thèse publiée en 2012 : non seulement Nosema ceranae prend le contrôle de la paroi intestinale et des cellules souches qui la composent en perturbant la défense immunitaire de l’abeille, mais produit également une perturbation endocrinienne de la colonie en se surajoutant à d’autres perturbateurs issus du bol alimentaire. En synergie, cette perturbation bouleverse l’équilibre fragile de la colonie.

La dernière publication du Laboratoire de pathologies apicoles de Marchamalo (Espagne) confirme ainsi le rôle clé joué par Nosema ceranae dans les phénomènes de dépérissement d’abeilles. En l’absence de moyens de lutte efficaces, l’accès des abeilles à une ressource alimentaire de qualité, diversifiée et en quantité suffisante est une priorité in-dis-pen-sa-ble !

Appel aux pouvoirs publics

Pour faire face à cette situation, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles lance un appel aux pouvoirs publics pour qu’ils s’engagent sur le terrain aux côtés des apiculteurs et de tous ceux qui peuvent faire une fleur aux abeilles : agriculteurs, collectivités territoriales, jardiniers amateurs. Lorsque l’on réussit à mettre en place un garde-manger pour abeilles, comme par exemple une jachère apicole, le bénéfice pour les abeilles est immédiat.

Des observations menées par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles ont montré que la présence d’une telle réserve de pollen et de nectar sur seulement 0,5 % de la zone de butinage des abeilles permet de couvrir les 2/3 des besoins nutritionnels des abeilles. « Il est urgent de mettre en place un vaste plan pour lutter contre la faim des abeilles. La gravité de la crise que rencontre la filière apicole française impose une réaction immédiate à laquelle le Réseau Biodiversité pour les Abeilles est bien entendu prêt à s’associer pour partager son expertise dans ce domaine » conclut Philippe Lecompte.


Kanalreunion.com