Environnement

Un tiers des requins de haute mer sont menacés d’extinction

Après 420 millions d’années sur Terre, une espèce risque de disparaître

Témoignages.re / 31 juillet 2012

Le 25 juin dernier, l’Union internationale pour la conservation de la Nature (UICN) a publié la première étude mondiale sur les menaces pesant sur les requins et les raies de haute mer. Un tiers des requins sont menacés de disparaître à cause des activités humaines. Cette espèce est pourtant présente depuis 420 millions d’années, c’est-à-dire bien avant les dinosaures. Survivra-t-elle à l’extinction de masse déclenchée par les activités humaines. Voici le communiqué publié à cette occasion par l’UICN, avec des inter-titres de "Témoignages".

La première étude mondiale visant à déterminer le statut de conservation de 64 espèces de requins et raies de haute mer (pélagiques) révèle que 32% sont menacés d’extinction, principalement à cause de la surpêche, selon le groupe de spécialistes des requins de l’UICN.
Le pourcentage d’espèces de requins de haute mer menacées d’extinction est plus élevé pour les requins capturés dans les pêcheries en haute mer (52%) que pour le groupe en général.
« Malgré les menaces croissantes, les requins demeurent vulnérables en haute mer », affirme Sonja Fordham, vice-présidente du groupe de spécialistes des requins de l’UICN et directrice politique de Shark Alliance. « La vulnérabilité et les longues migrations de la plupart des requins de haute mer exigent une coordination des plans de conservation internationaux. Notre rapport met en lumière une surpêche préoccupante de ces espèces, dans les eaux nationales comme internationales, imposant des mesures immédiates à l’échelle mondiale ».

Plusieurs espèces classées "En danger"

Ce rapport sera publié quelques jours avant que l’Espagne n’accueille un Sommet international des responsables des pêcheries de thons pélagiques où les requins sont capturés en toute impunité. Il coïncide également avec la réunion d’un groupe international de scientifiques au Danemark visant à établir des recommandations de gestion en ce qui concerne les requins-taupes communs de l’Atlantique.
Les experts de l’UICN classifient le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) et le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini) ainsi que le diable de mer (Mobula mobular) comme mondialement “En danger”. Le requin-marteau lisse (Sphyrna zygaena), le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), le requin-pèlerin (Cetorhinus maximus) et le requin longimane océanique (Carcharhinus longimanus) entrent dans la catégorie “Vulnérables” ainsi que deux espèces de requin mako (Isurus spp) et trois espèces de requins-renards (Alopias spp).
Les requins-taupes communs (Lamna nasus) sont répertoriés comme “Vulnérables”, mais “En danger critique d’extinction” et “En danger” dans le Nord-Est et le Nord-Ouest de l’Atlantique respectivement. Le requin bleu (Prionace glauca), l’espèce de requin pélagique la plus abondante et pêchée de la planète, est classé comme “Quasi menacé”.

Victimes de la course au profit

De nombreux requins de haute mer sont principalement capturés dans les pêcheries de thons et d’espadons pélagiques. Jadis considérés comme simples « prises accessoires », ces espèces sont de plus en plus ciblées à cause de nouveaux marchés friands de chair de requin et de la demande croissante pour les précieux ailerons entrant dans la fabrication de mets asiatiques raffinés comme la soupe aux ailerons de requin. Pour faire face à cette demande, les ailerons sont souvent coupés et le reste de la carcasse rejeté à la mer, une pratique appelée finning. Bien que les lois interdisant cette pratique prévalent dans la plupart des eaux internationales, les normes laxistes de mise en vigueur entravent leur efficacité.
Les requins sont particulièrement vulnérables à la surpêche à cause de leur maturité tardive et de leur faible taux de reproduction. La plupart du temps, les prises de requins pélagiques font fi des réglementations et de la durabilité. Vingt-quatre pour cent des espèces examinées sont classées comme “Quasi menacées” tandis que pour 25%, on ne dispose que de données insuffisantes.

« Espèces vitales pour nos océans »

Le rapport s’appuie, en partie, sur un atelier du SSG (groupe de spécialistes des requins) financé par le Lenfest Ocean Program, auquel quinze experts d’agences gouvernementales, d’universités, d’organisations non-gouvernementales et d’institutions des quatre coins du monde ont participé. D’autres ateliers régionaux ont également contribué à l’évaluation de la Liste rouge mondiale du groupe de spécialistes des requins, sous l’égide du groupe Conservation International et de la New Hampshire Charitable Foundation.

« L’évaluation mondiale des sélaciens pélagiques servira de base à la surveillance du statut de ces espèces vitales pour nos océans », déclare Roger McManus, vice-président du groupe Conservation International en charge des programmes marins.

Les gouvernements appelés à agir

Le groupe de spécialistes des requins de l’UICN exhorte les gouvernements à fixer des quotas de pêche pour les sélaciens, basés sur des avis scientifiques et des mesures préventives. Il les enjoint également à assurer la protection des espèces de requins et raies “En danger critique d’extinction” et “En danger” afin de tirer un trait sur la pratique du finning et d’améliorer la surveillance des pêcheries de sélaciens.

Les gouvernements doivent investir davantage dans la recherche sur les requins et les raies ainsi que l’évaluation des populations, minimiser les prises accessoires accidentelles de sélaciens, recourir aux traités sur la faune pour faciliter la gestion des pêcheries et la coopération entre les pays pour préserver les populations partagées, selon le Groupe.


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