Environnement

Une aventure unique au monde

Expédition scientifique au Piton des neiges

Témoignages.re / 27 octobre 2009

Ce mardi 27 octobre, aux premières lueurs du jour, 10 hommes partiront pour une expédition scientifique inédite au cœur du Piton des neiges. Objectif : retracer l’histoire de la formation de ce volcan, qui permettra notamment de mieux comprendre le processus du Piton de la Fournaise, toujours en activité. Les aventuriers emprunteront un chemin jusqu’alors inexploré sur le flanc Est du volcan, depuis le sommet jusqu’à Hell-Bourg.

Vincent Famin, chercheur au laboratoire géoscience de l’Université de La Réunion et membre de l’Institut physique du globe de Paris quitte le confort de la ville pour une descente de 4 à 5 jours, le long d’un canyon du Piton des neiges où la roche affleure. Ce volcan est le seul au monde à exposer sa structure profonde, grâce à l’érosion intense des cirques en milieu tropical. La mission de Vincent Famin est donc de faire des coupes géologiques, c’est-à-dire de relever l’épaisseur, la forme ou encore les mesures de la roche. Il a également prévu d’extraire près de 100kg d’échantillons afin d’en analyser la composition chimique une fois de retour sur la terre ferme. Toutes ces observations devraient permettre au chercheur de comprendre l’agencement des roches, de haut en bas, tout le long du Piton des neiges.

Ce volcan constitue un bon équivalent du Piton de la Fournaise. Ces nouvelles données devraient donc permettre de mieux comprendre sa composition et son fonctionnement. « Je ne pourrais pas dire quand le Piton de la Fournaise entrera en éruption. Mais notre connaissance de son processus sera bien meilleure puisqu’on aura pu observer sa composition en profondeur. Pour l’heure, l’injection des magmas s’observe avec un sismomètre alors qu’on pourra le toucher du doigt au Piton de neiges », explique Vincent Famin. Un Piton qui s’est éteint il y a 12.000 ans, « à peine », précise le chercheur. Une caractéristique qui lui confère l’avantage supplémentaire d’offrir un spectacle riche. L’érosion du volcan est importante, suffisamment pour observer la roche, mais pas excessive contrairement aux autres volcans éteints part le monde, dont les roches, particulièrement érodées, ne révèlent plus suffisamment d’informations.

Parmi les 10 aventuriers, on retrouve bien sur deux géologues dont Vincent Famin, mais également un cinéaste accompagné d’un assistant, un photographe, un spécialiste du canyoning chargé de l’ouverture du chemin, de sa sécurisation et de l’encadrement des scientifiques ainsi qu’un instituteur de l’école de Mare-à-vieille-Place à Salazie.

Ce dernier espère parvenir à profiter de cette expérience pour proposer une activité pédagogique auprès de ses élèves de grandes sections dans le but de les sensibiliser à la préservation des milieux naturels. « On va essayer d’entrer en contact avec l’équipe via un téléphone portable et des radios VHF prêtées par des parapentistes. Mais nous ne sommes pas du tout sur que cela va fonctionner », précise Agnès Lavaud, coordinatrice de l’opération. Si le système répond aux attentes, les enfants pourront parler avec l’équipe sur place tous les jours pendant 5 minutes.

Cette expédition nécessite une préparation technique intense pour minimiser les nombreux dangers qu’elle présente. Un hélicoptère viendra chercher l’équipe à Hell-Bourg, dans le cirque de Salazie, à 5h du matin. Plus de 2000 mètres de dénivelé, sur un terrain très friable et dans des conditions météorologiques difficilement prévisibles les attendent. Le froid risque de beaucoup pénaliser les chercheurs qui ne bénéficient pas d’un équipement spécifique.

Ils ont notamment prévus de dormir sur des hamacs recouverts d’une simple bâche, qu’ils mettront en place le moment venu. « L’un de nos plus gros soucis tient au fait que nous serons constamment dans l’eau puisqu’à l’intérieur du canyon », précise Vincent Famin. Le froid, déjà bien présent, pourrait donc devenir extrême. En outre, les deux chercheurs porteront 25kg sur leur dos, tandis que le reste de l’équipe, moins privilégiée, devra porter près de 45kg. Cela sous-entend que plusieurs voyages leur seront nécessaires pour transporter le matériel à bon port. Sans compter le retour avec les 100kg d’échantillons prévus.

Les résultats de cette étude pourraient également contribuer à alimenter le dossier de demande d’intégration de La Réunion au patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’expédition n’a, en revanche, qu’une valeur scientifique pour l’heure. Il n’est pas question d’ouvrir un nouveau site de canyoning pour les sportifs de l’extrême. Un nid de pétrels s’y loge et doit être protégé. La société Ricaric spécialiste du canyoning, chargée d’encadrer cette expédition, ne perd pas espoir de convaincre le parc national d’autoriser le canyoning hors période de nidification, mais il est encore bien trop tôt pour se lancer dans ce combat.



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