Environnement

Valorisons l’ingéniosité réunionnaise

Traitement des déchets

Manuel Marchal / 6 août 2010

Diminution des déchets à la source, traiter le maximum sur place et limiter au maximum l’utilisation du transport, c’est un moyen pour notre pays d’aller vers le développement durable, tout en créant un gisement d’emplois grâce à notre ingéniosité.

Le Plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilé (PDEDMA) est actuellement en débat. Il prévoit d’ores et déjà des avancées qui préfigurent une nouvelle manière pour notre pays de traiter la question des déchets.
En effet, le PDEDMA annonce une baisse de 7% de la production de déchets, alors que dans le même temps la population continuera à augmenter. Il se fixe aussi comme objectif de recycler la moitié des déchets produits. L’autre moitié sera dirigée vers des centres de traitement par stabilisation et enfouissement. La mise en application de telles propositions vont amener un premier changement : la masse considérable des déchets transportés va diminuer. Au-delà de ce PDEDMA se pose la question de la gestion à long terme des déchets dans une île qui comptera un million d’habitants dans moins de 15 ans.
Dans la situation actuelle, le traitement des déchets est centralisé en deux points. Cette centralisation conjuguée à un taux de recyclage insuffisant multiplie les kilomètres parcourus par les centaines de milliers de tonnes qui parcourent La Réunion chaque année. La production de déchets de notre île est déjà supérieure à la production sucrière, et si des mesures drastiques ne sont pas prises, la situation va s’aggraver.
Outre son coût économique qui ne cesse de grimper du fait de la hausse du prix des carburants, le transport des déchets introduit une pollution alors que précisément son but est d’améliorer le cadre de vie. Les gaz d’échappement de ces camions nuisent à la population, et la présence sur la route de ces camions ne va pas dans le sens de l’amélioration de la circulation sur des routes déjà saturées.
Dans les oppositions au plan proposé par le Conseil général, chacun voit poindre la menace de l’incinérateur. C’est la solution de la paresse intellectuelle, qui tourne le dos à l’esprit d’initiative des Réunionnais. Sur le fond, l’incinérateur ne change pas le système actuel, car le traitement reste centralisé. Cela veut dire que les camions continueront à circuler, à polluer et à embouteiller, tandis que les déchets seront vaporisés dans l’air que nous respirons au lieu d’être enterrés.
L’alternative réunionnaise va dans le sens d’un système adapté à notre réalité, et non pas dans l’application mécanique d’un système inadapté à nos contraintes.

Tri et recyclage au plus proche

Cela passe tout d’abord par une diminution de la production des déchets. Plusieurs pays ont déjà interdit l’usage des sacs plastiques, pourquoi notre île doit-elle s’encombrer de ces sacs jetables qui s’entassent et polluent.
La question des emballages pose également problème, car l’emballage contribue à augmenter le prix d’un produit, et laisse au consommateur la charge de son retraitement. De plus, cet emballage est souvent importé, ce qui veut dire que le consommateur réunionnais paie alors pour créer des richesses bien loin de son pays.
L’étape suivante est la généralisation du tri à la source. Tous les déchets organiques doivent pouvoir trouver leur place dans des composteurs de proximité, dans chaque maison ou immeuble.
Ce qui ne peut pas être traité sur place par l’habitant peut être regroupé dans des installations de valorisation de proximité, dans chaque quartier. Des installations de transformation peuvent ainsi être mises en place, par exemple pour transformer le papier en matériel isolant réutilisable dans la construction.
Ces centres de recyclage pourront créer des emplois, grâce à la valorisation de ces déchets.
Le transport serait alors le dernier recours pour les déchets résiduels. De généralité, il deviendrait marginal.
Ainsi, l’ingéniosité réunionnaise que notre peuple a réussi à déployer tout au long de son Histoire serait au cœur d’un projet lié au développement durable : régler définitivement la question des déchets en transformant cet inconvénient en une richesse.

Manuel Marchal


Les trois axes prioritaires du projet PDEDMA
Voici ce que prévoit le projet de PDEDMA présenté par le Conseil général :

1- Prévention : réduction de 7% de la production des déchets ménagers
Il s’agit de prendre des mesures et des actions visant à réduire les quantités de déchets produits, leur nocivité, et à améliorer leur caractère valorisable.
Différentes actions peuvent y concourir : l’exemplarité de l’État et des collectivités, la promotion du compostage, l’action STOP PUB, la suppression des sacs plastiques sur les marchés forains, la promotion d’une consommation éco-citoyenne....
L’atteinte de cet objectif nécessite d’importants investissements et une très forte implication des Collectivités pour accompagner le changement de comportement des habitants.
2- Valorisation : recycler 50% des déchets produits
Il s’agit d’améliorer les performances de valorisation matière et organique.
L’atteinte de cet objectif repose sur une communication accrue (pour améliorer les performances), la mise en place d’outils de collecte (déchèteries), de tri (centre de tri, plate forme de compostage, plate forme de tri des encombrants) et surtout sur le développement de filières de valorisation.
3- Traitement des déchets résiduels : maîtriser les impacts du traitement des déchets résiduels, réduire les quantités à enfouir
Le Plan a prévu pour traiter les déchets résiduels les équipements suivants :
• 3 installations de traitement mécano-biologique par stabilisation permettant la récupération de certains matériaux en vue d’un recyclage et de stabiliser la matière organique avec production d’un stabilisant destiné au stockage en Installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND),
• 2 Installations de stockage de déchets non dangereux (au minimum).



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Messages






  • Le volume des déchets restant à enfouir est-il tenable sur le long terme ? On dit que dans l’état , l’île est saturée , en réduisant de 50% on ne fait que reculer le problème et on continue à polluer le sol considérablement !
    Le raisonnement sur la réduction des transports est excellent , mais on peut émettre de sérieux doute sur la maturité " écologique " de la population pour atteindre une diminution de 7% des déchets produits...
    Pourquoi ne pas associer le projet PDEDMA et un incinérateur ?

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