Les TICs à La Réunion

TIC : Madagascar et les Comores bientôt devant La Réunion

En cassant RAVENAL, l’UMP bloque le développement du pays

Céline Tabou / 1er juillet 2011

Le concept de "continuité territoriale numérique" proposé par la Région et l’État est très inquiétant car il acte la démolition du projet RAVENAL, et enferme La Réunion dans la dépendance du câble SAFE gouverné par France Télécom. Cela amène à s’interroger sur les raisons de cette stratégie qui va avoir pour conséquence de faire de La Réunion le pays le plus en retard de l’océan Indien

Aujourd’hui, la continuité territoriale en matière numérique pose problème. Pour un prix donné, les Réunionnais ont un service beaucoup moins performant qu’en France. Parmi les explications avancées figure la structure de la liaison entre La Réunion et le reste du monde. En effet, les communications passent par un câble sous-marin, le SAFE, qui arrive aujourd’hui à ses limites.
Face à ce problème, la Région propose une solution qui ne fait que colmater les trous. Ces mesures s’apparentent clairement à du bricolage présenté comme une réponse aux attentes des Réunionnais dans le domaine numérique. En effet, au lieu de résoudre les problèmes de la liaison avec l’extérieur par la création d’une nouvelle infrastructure, la Région propose de continuer de fonctionner avec le SAFE et de financer avec de l’argent public l’achat de serveurs de cache, connu sous le nom de proxy. Ces gros ordinateurs gardent en mémoire les informations qui ont déjà transité par leur biais. Ainsi, lorsque l’internaute veut se reconnecter à un site éloigné, situé par exemple en Amérique Latine, le proxy peut lui resservir les pages afin de diminuer le temps de réponse à sa requête. Cela veut dire que la connexion passera obligatoirement par ces serveurs qui détermineront la quantité d’information venant de l’extérieur que l’internaute pourra télécharger.
Selon la Préfecture citée par “Le Quotidien” d’hier, 80% de ce qui est affiché viendrait du serveur de cache, les 20% restant seraient ramenés par le SAFE. En contrepartie de cette injection de fonds publics au bénéfice de quelques opérateurs (voir encadré), les tarifs devraient s’aligner sur ceux de la France, sans qu’au passage aucune contrainte réglementaire ne soit annoncée.

Le fond du problème, le SAFE

La Région ne s’attaque pas au fond du problème. Le SAFE possède une durée de vie comprise entre 8 et 13 ans. Sa capacité est limitée, seulement 340 gigas octets/seconde. Cela ne lui permettra plus de répondre d’ici quelques années aux besoins croissants des internautes réunionnais. Selon Guy Dupont, co-auteur d’un rapport sur les nouvelles technologies pour le Conseil économique social et environnemental régional (CESER) a expliqué en 2010, que « le câble est aussi très fragile. Si jamais la connexion était rompue avec l’Inde et la France (les deux extrémités du câble-NDLR), La Réunion n’aurait plus de connexion internet ».
L’ancienne équipe à la Région avait alors décidé d’anticiper les événements en mettant en place un projet de câble sous-marin entre Madagascar et La Réunion, grâce à une coopération entre l’État Malgache et la Région Réunion. Madagascar et La Réunion se sont rapprochés depuis décembre 2006 afin de permettre la création d’une infrastructure de télécommunication permettant d’acheminer les communications électroniques entre les deux îles et de dynamiser ainsi les échanges culturels et économiques régionaux. C’est le projet du câble RAVENAL, qui doit relier La Réunion au nouveau câble EASSY qui dessert Madagascar et les Comores sur la route du Moyen-Orient et de l’Afrique du Sud. EASSY est un câble qui tire les enseignements de l’évolution technologique, il est donc bien plus puissant que le SAFE, plus fiable sans doute et surtout ouvre la voie à la concurrence. Avec RAVENAL, s’en sera fini du monopole du SAFE, avec en filigrane la remise en cause du monopole de France Télécom sur les liaisons intercontinentales numériques.

Madagascar existe-t-il pour l’UMP ?

Comme l’écrivait "Témoignages", en mars 2008, pour présenter le projet RAVENAL, l’un des objectifs de cette infrastructure est de fournir de la bande passante à un tarif abordable pour les opérateurs de Télécom, de l’ordre de 100 euros par Mbit et par mois et résoudre les problèmes de capacité. Cet accord entre La Réunion et Madagascar doit donc fournir aux internautes Réunionnais des prix concurrentiels et un haut débit de qualité. Autrement dit, grâce à la coopération malgacho-réunionnaise, notre ère entre dans le 21ème siècle numérique.
Mais à la suite de la victoire de l’UMP aux régionales, l’État et la Région ne parlent plus de RAVENAL. C’est donc l’arrêt de ce projet qui aurait permis de faciliter la vie des Réunionnais. Quelles sont les raisons de cette décision politique ?
Est-ce la volonté de livrer La Réunion au monopole de France Télecom, propriétaires des deux câbles (SAFE+Lion) ? Ou alors la raison de cette politique ne serait-elle pas aussi "culturelle" ? N’oublions pas qu’en visite au foyer des Marins lors de la Journée mondiale des marins, le 24 juin dernier, Didier Robert avait lors de son discours vanté la position stratégique de La Réunion, proche de grands pays tels que la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et l’Australie. Il avait omis de citer Madagascar, pays pourtant plus grand que la France situé à moins de 1.000 kilomètres, c’est-à-dire bien plus proche que les autres États évoqués. Personne n’ose croire qu’un président de Région Réunion puisse être aussi nul en géographie… d’où l’explication "culturelle".
Mais pendant que l’UMP tente d’enfermer notre île dans les structures économiques héritées du monopole de France Télécom, Madagascar et les Comores sont reliés à des infrastructures bien plus performantes que le SAFE. Ces deux pays ne tarderont pas à nous dépasser.

Céline Tabou


L’UMP prêt à rejeter le capitalisme ?

Plusieurs opérateurs ont toussé quand la Région et l’État ont annoncé qu’ils comptent subventionner l’achat de serveurs cache et de bande passante sur le câble SAFE. Car ces entreprises ont déjà acquis cet équipement, tout comme elles ont aussi acheté de la bande passante supplémentaire sur le câble SAFE, mais cela avec leurs fonds propres, dans le cadre d’une économie de marché. Ils voient donc d’un mauvais œil d’autres opérateurs qui n’ont pas fait ces investissements, être soutenus par des fonds publics pour combler leur retard.
La Préfecture a adressé une réponse pour le moins surprenante, selon "le Quotidien". Ceux qui ont pris de l’avance ont bénéficié d’aides publiques au titre de la défiscalisation, de la TVA non perçue récupérable… ce qui soi dit en passant n’a rien d’exceptionnel mais correspond au droit commun. Est-ce à dire que Mobius, entreprise dirigée par Yann de Prince, président du MEDEF, a été victime de l’ostracisme de l’État ? Mais il est évident que personne ne peut croire qu’un chef d’entreprise aussi avisé que le patron des patrons réunionnais n’ait jamais bénéficié du moindre centime d’aide publique au titre de la défiscalisation…
Cela signifie donc que l’UMP intervient pour fausser la concurrence. Le parti de Nicolas Sarkozy ou Didier Robert veut-il montrer qu’il est prêt à rejeter le capitalisme ? Toute autre hypothèse n’est pas envisageable, car cela voudrait dire que l’UMP met l’État à contribution pour favoriser des entreprises qui sont dépassées car elles ont moins investi.


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