Quel avenir

2007, “l’année Sankara” : « Osons inventer l’avenir... »

Un autre monde est possible

Témoignages.re / 13 janvier 2007

Le 15 octobre 2007 sera le vingtième anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, Président du Burkina Faso et Capitaine de l’armée révolutionnaire qui a profondément transformé la politique de son pays au cours des quatre années (1983-1987) de sa présidence. Les leçons laissées jusqu’à aujourd’hui par Thomas Sankara sont telles qu’un comité international s’est constitué pour faire de 2007 “l’année Sankara”.

« Osons inventer l’avenir... » Par cette exhortation, le Comité de coordination international provisoire, constitué pour impulser les actions de commémoration, souligne à quel point l’action de Thomas Sankara a incarné l’espoir africain et l’avenir de l’Afrique. Trop brièvement et de façon indélébile, comme peut le faire un rêve brisé mais pas perdu.
Qui était Thomas Sankara ? Né le 21 décembre 1949 à Yako (Haute-Volta), Thomas Sankara a grandi en suivant les affectations de son père, infirmier dans l’armée française. Il apprend tôt ce qu’est le colonialisme : son père un jour est mis en prison parce que le petit Thomas, 10 ans, avait emprunté la bicyclette du fils du directeur français de l’école de Gaoua, pour faire le tour de la ville. Il voulait être médecin, mais n’obtint pas la bourse pour les études. Il se fit donc militaire : brillant et éloquent élève officier de l’Académie militaire d’Antsirabe - il passe quelques années à Madagascar autour de 1972 -, puis en France puis au Maroc.
En 1974, en Haute-Volta, un putsch porte des militaires au pouvoir, bousculés jusqu’en 1980 par un fort mouvement de contestation sociale, des grèves générales ou sectorielles. Et en 1982, à la faveur d’un nouveau mouvement de grève, le colonel Saye Zerbo - auteur d’un coup d’état en 1980 - est renversé à son tour par de jeunes officiers. Le nouveau président s’appelle Jean-Baptiste Ouédraogo, médecin-commandant et le nouveau gouvernement militaire est dirigé par Thomas Sankara, Premier ministre. Son arrestation en août 1983 déclenche une révolution : Ouédraogo est évincé, Sankara est désigné président du Conseil national de la Révolution (CNR) et met en place partout des “Comités de défense de la révolution”. Au premier anniversaire, le 3 août 1984, le pays est baptisé Burkina Faso, le pays des hommes intègres.
Thomas Sankara a inspiré très tôt un nouveau style de gouvernement. Il tranche des autres présidents par sa simplicité et sa rigueur de gestion, remisant les Limousines du parc automobile de l’Etat qu’il remplace par des R5. Sur le plan politique, de grandes actions impriment aussi une ligne qui laissera des traces : une campagne massive de vaccinations fait régresser le taux de mortalité infantile - un des plus élevés d’Afrique - ; il fait construire nombre d’écoles et d’hôpitaux, lance une campagne de reboisement elle aussi très étendue (il fait planter 3 millions d’arbres pour faire reculer le Sahel), et une réforme agraire de redistribution des terres, de revalorisation des prix et de suppression des impôts agricoles. Il favorise la création de tribunaux populaires de la Révolution et inspire des mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation des femmes à la vie politique...).
Ses initiatives font peur, en particulier à la France. En Juillet 1987, Thomas Sankara prononce à Addis-Abéba un discours sur la dette du Tiers-Monde qui a fait sensation. Appelant tous les pays d’Afrique à parler d’une même voix pour refuser de payer une “dette” léguée par le colonialisme, le président burkinabé a dit :« Ce n’est pas de la provocation. (...) je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette. Non pas dans un esprit belliqueux, belliciste. Ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence !... » Lorsque Thomas Sankara est assassiné le 15 octobre 1987 par un autre capitaine de la Révolution, Blaise Compaoré, son frère d’arme et ministre de la Justice (!), les rumeurs font état de tractations occultes dans lesquelles sont cités les noms des présidents du Togo et de la Côte d’Ivoire, dont n’était jamais très éloigné celui d’un certain conseiller de la présidence française.

Thomas Sankara, lui, reste pour la jeunesse africaine l’exemple de l’intégrité - qui fait tant défaut à tant d’autres dirigeants - et d’un engagement sans faille pour une autre Afrique, « un autre monde possible » comme le proclament depuis les Forums sociaux altermondialistes. C’est au cours du Forum de Bamako, l’an dernier, qu’a été prise la décision de faire de 2007 “l’année Sankara”, marquée par diverses initiatives à travers le monde. Notre souhait, à Témoignages, est que La Réunion s’y associe en proposant des initiatives. Un site sur Internet (www.thomassankara.net/) sert de rendez-vous et de coordinateur. Nous en reparlerons.

P. David



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  • Bonjour.
    Je suis Guy Ange de la Côte-d’Ivoire.
    Je suis content de ce que cette année soit décretée celle du Cne Thomas SANKARA qui fut un vaillant soldat et un président atypique des années 80 trop tôt disparu. J’aimerais içi saisir l’occasion pour seulement vous encourager et profiter pour dire à son épouse et à ses garçons que juste à côté de leur pays son combat a été repris et continu de se poursuivre dans cette volonté d’affranchir l’Afrique du colonialisme avilissant qui impose la pauvreté comme seule issue.Thom Sank comme nous Ivoiriens l’appelions n’est pas mort car on ne peut tuer des idées.Seulement nous voulons lui dire merci car son action n’a pas été vaine.
    Aujourdhui nous saisissons toute la quintescence de sa citation " les tragedies des peuples revèlent de grands hommes.Mais ce sont les médiocres qui provoquent ces tragedies".
    Merci à vous qui avez pensé à l’honorer que Dieu vous le rende.

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