Quel avenir

22,6% des 16-65 ans victimes de l’illettrisme

Conséquence désastreuse d’un système à bout de souffle

Témoignages.re / 26 octobre 2013

L’INSEE a rendu publique hier le résultat d’une enquête réalisée en 2011. 116.000 personnes sont touchées par l’illettrisme, soit 22,6% des Réunionnais âgés de 16 à 65 ans. Tout comme le taux de chômage, c’est trois fois plus qu’en France. Les pauvres sont les plus touchés, et en particulier les Réunionnais dont la langue maternelle n’est pas le français. Toutes ces personnes ont fréquenté pendant au moins 10 ans le système éducatif d’un des pays les plus riches du monde.

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Extrait de l’étude, ce tableau montre la répartition de l’illettrisme en fonction de la classe sociale, et de la langue maternelle. Force est de constater que le créole, le shimaoré, ou le malgache sont les langues des couches populaires.

L’INSEE a révélé hier le résultat d’une étude menée en partenariat avec la Préfecture, l’enquête Information et vie quotidienne réalisée en 2011. Elle révèle que plus d’un Réunionnais sur cinq d’un âge compris entre 16 et 65 ans est en situation d’illettrisme.

Cette proportion est trois fois plus importante qu’en France, comme le taux de chômage. Et comme pour la pauvreté et le chômage, La Réunion est la région la plus touchée, loin devant n’importe quelle autre collectivité de France.

À la lecture des données de l’INSEE apparaît clairement un lien. La pauvreté favorise l’illettrisme. Ainsi, les 10 années de scolarité obligatoire dans le système français n’arrivent pas à corriger les injustices sociales. À la sortie de l’école, les inégalités se reproduisent : les jeunes ayant des parents vivant dans la grande pauvreté sont en situation d’illettrisme à plus de 40%, alors que chez les riches, la part des illettrés est de 9%, soit tout de même au-dessus de la moyenne de la France.

L’INSEE note aussi que l’illettrisme est bien plus fréquent dans les familles où la langue maternelle n’est pas la langue officielle du système éducatif en place à La Réunion.

L’institut note que 70% des Réunionnais ont grandi dans une famille créolophone, et que près d’un sur trois est en situation d’illettrisme.

Si 15% des Réunionnais viennent d’une famille francophone, seuls 3% sont en situation d’illettrisme. Quant à ceux qui ne parlent ni créole ni français à la maison, ils sont 35% à être en situation d’illettrisme.

Voilà qui démontre que l’exclusion commence à l’école, quand la langue maternelle de la majorité des Réunionnais n’est pas celle de l’apprentissage des connaissances.

M.M.

Le communiqué de l’INSEE

La Réunion : 116.000 personnes en situation d’illettrisme en 2011

En 2011 à La Réunion, 116.000 personnes sont en situation d’illettrisme, soit 22,6% des 16 à 65 ans ayant été scolarisés en France. Face à l’écrit, les hommes sont deux fois plus en difficulté que les femmes. Les plus âgés, qui ont été scolarisés moins longtemps, sont également plus concernés que les jeunes. Les conditions de vie durant l’enfance sont déterminantes sur les compétences à l’écrit à l’âge adulte.

En 2011 à La Réunion, 22,6% des personnes âgées de 16 à 65 ayant été scolarisées en France sont en situation d’illettrisme (7% en France métropolitaine), soit 116.000 Réunionnais. Entre 2007 et 2011, le taux d’illettrisme n’a pas diminué. La population en situation d’illettrisme a cependant augmenté de 16.000 personnes en raison notamment de l’accroissement démographique.

Deux fois plus d’hommes en difficulté

30% des hommes réunionnais sont en situation d’illettrisme contre 16% des femmes. L’écart est beaucoup plus important qu’en France métropolitaine (3 points). Les hommes ont des difficultés particulièrement importantes dans la production de mots, 26% des hommes étant en échec au test d’écriture contre 12% des femmes. Les difficultés sont liées en partie aux habitudes de lecture durant l’enfance : 48% des hommes ne lisaient jamais contre 30% des femmes.

Un jeune sur sept en situation d’illettrisme

En 2011, 14% des jeunes de 16 à 30 ans rencontrent de grandes difficultés face à l’écrit contre 33% des personnes âgées de 50 à 59 ans et 39% des 60 ans à 65 ans. Entre 2007 et 2011, le taux d’illettrisme ne baisse pas chez les plus jeunes, alors qu’il diminue sensiblement au-delà de 60 ans. Il passe de 52% à 39% suite notamment à la sortie du champ de l’étude des Réunionnais dont la durée de scolarité était la plus courte.

L’enfance : une période déterminante

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture dépend fortement des conditions de vie durant l’enfance. Les Réunionnais issus de milieux modestes rencontrent plus de difficultés à l’écrit à l’âge adulte. Parmi les personnes dont les parents étaient en difficulté financière, 44% sont en situation d’illettrisme en 2011.

Les habitudes de lecture durant l’enfance sont également un facteur déterminant : plus la pratique de la lecture est courante, plus les chances de maîtriser la langue française augmentent. Ainsi, 37% des personnes qui ne lisaient jamais entre 8 et 12 ans rencontrent de grandes difficultés à l’écrit à l’âge adulte, contre 16% des personnes qui lisaient de temps en temps.

Le rôle des parents dans l’apprentissage

La réussite de l’enfant dans l’apprentissage de la langue française dépend également des compétences des parents, notamment du diplôme du père ou de la mère. Par exemple, à l’âge adulte, 28% des enfants dont la mère est non diplômée ont des difficultés à l’écrit contre seulement 3% lorsque la mère a au moins un diplôme du secondaire (CAP, BEP, BAC ou supérieur).

La langue parlée durant l’enfance à la maison est aussi un facteur important quant à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en langue française. À La Réunion, 70% des personnes de 16 à 65 ans scolarisées en France parlaient uniquement créole durant leur enfance. Parmi elles, 29% ont de grandes difficultés à l’écrit à l’âge adulte. Les Réunionnais qui parlaient exclusivement français durant leur enfance rencontrent beaucoup moins de difficultés (3% en situation d’illettrisme). Les Réunionnais qui parlaient le créole et le français sont également dans une situation plus favorable : seulement 8% sont en grande difficulté.


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