Quel avenir

« Certains pays sont plus responsables que d’autres »

Les victimes du changement climatique s’expriment

Témoignages.re / 26 juin 2012

En écho aux points de vue des ONG, le discours de nombreux chefs d’États et de gouvernement à la Conférence de Rio souligne aussi l’urgence de l’action.

De nombreux représentants de petits États insulaires en développement (PEID) ont souligné les difficultés particulières de cette catégorie de pays, qui est la plus menacée par les conséquences des changements climatiques et de l’émission des gaz à effet de serre.
D’autres rappellent l’impact de la pauvreté, comme les membres de l’Alliance bolivarienne pour le développement des Amériques (ALBA), composée de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur.
Le Président cubain, M. Raúl Castro, a dénoncé la paralysie des négociations et l’absence d’un accord permettant de mettre un frein aux changements climatiques, en regrettant que l’on privilégie la course aux armements –budget mondial de 1.700 milliards de dollars- aux objectifs de développement durable.
Dénonçant, quant à lui, la dictature des marchés et le capitalisme destructeur qui engendrent la pauvreté et ravagent la nature, le Président bolivien, Evo Morales, a estimé que la croissance verte était un nouveau modèle colonialiste qui n’avait d’autre but que d’amener les peuples et gouvernements anti-impérialistes et anticapitalistes à justifier les pillages et la destruction de civilisations millénaires. Il s’est étonné que les plus grands pollueurs s’activent aujourd’hui à imposer des normes environnementales contraignantes aux pays en développement dont la part dans les émissions de gaz à effet de serre est infime.
S’agissant des opportunités, il a été rappelé que depuis 1992, « 500 millions de personnes sont sortis de la pauvreté, la durée de vie moyenne a augmenté de quatre ans et la mortalité infantile a été réduite d’un tiers ».

Evo Moralès : « Une civilisation de deux ou trois siècles ne doit pas détruire une civilisation millénaire »

Evo Morales, Président de la Bolivie, a souligné qu’il faudrait mettre fin à la faim, et non pas à l’homme. Il est important, a-t-il dit, de penser en profondeur aux générations futures. Le Président bolivien a dénoncé la dictature des marchés et le capitaliste destructeur qui engendrent la pauvreté et ravagent la nature. Il a déploré le fait que soient imposées aux pays en développement des mesures de protection de l’environnement, alors même que les pays développés détruisent l’environnement. Les pays du Nord s’enrichissent dans cette « orgie de sources de vie », a-t-il déclaré. Une civilisation de deux ou trois siècles ne doit pas détruire une civilisation millénaire de peuples autochtones qui vivent en harmonie avec la nature, a-t-il estimé.

Evo Morales a mis l’accent sur la nécessité de défendre les droits de la Terre nourricière des peuples autochtones et des plus démunis pour qu’ils puissent sortir de la pauvreté.

« Il est important de récupérer nos ressources naturelles, des ressources qui appartiennent à nos peuples et qui ne doivent pas faire l’objet de transactions commerciales », a-t-il également affirmé. « Il faut en finir avec les modèles de pillage et les systèmes prédateurs », a-t-il poursuivi. « Le capitalisme, a-t-il estimé, n’est pas une solution ». Le Chef de l’État bolivien a notamment considéré que la croissance verte était un nouveau modèle colonialiste visant à soumettre les peuples et les gouvernements anti-impérialistes et anticapitalistes.

Rafael Correa : l’Equateur renonce à 14 milliards de dollars plutôt que d’extraire du pétrole

Rafael Correa, Président de l’Équateur, a rappelé que si nous sommes tous responsables des dégâts causés à la planète, certains pays en sont plus responsables que d’autres.

À l’aide d’un graphique représentant la consommation de CO2 de chaque pays, il a expliqué que les pays pauvres, comme l’Éthiopie, sont les moins émetteurs de gaz à effet de serre, tandis que les riches en consomment le plus. Les 20 pays les plus pauvres produisent moins de 1% des émissions de gaz à effet de serre, a-t-il précisé. La mode est de sauver des banques à renfort de milliards de dollars, a fait remarquer M. Correa, qui a souhaité que l’on cherche plutôt à sauver l’environnement en y injectant quelques milliards de dollars.

M. Correa a appelé à changer la logique économique en vigueur.

Il ne faut pas se limiter à échanger des marchandises, il faut aussi accepter de transférer les moyens de leur utilisation, a-t-il préconisé, en citant le cas du bassin de l’Amazone. Les mesures incitatives offertes par le Protocole de Kyoto se sont révélées insuffisantes et injustes, a-t-il estimé. En ce qui concerne le reboisement par exemple, on n’a pas prévu d’offrir une compensation aux pays qui avaient préservé leurs forêts. Il a proposé de se mettre d’accord sur un concept global et intégral qui reprenne tout ce qui a été consenti jusqu’à présent, un concept des « émissions nettes évitées ».

Le Président de l’Équateur s’est ensuite prévalu de l’initiative "Yasuni ITT" qui vise à laisser inexploitées les réserves importantes de pétrole du pays pour éviter les émissions de plus de 80 milliards de dioxyde de carbone. Les 846 millions de barils de pétrole qui restent ainsi sous terre nous obligent à renoncer à 14 milliards de dollars, a-t-il expliqué, en rappelant que l’Équateur est encore confronté à une forte pauvreté. C’est pourquoi, nous en appelons à la responsabilité commune mais différenciée. « Nous ne demandons pas la charité, a-t-il précisé, mais nous voulons utiliser des fonds qui sont issus de l’application du principe de responsabilité commune mais différenciée pour prendre des mesures de protection de l’environnement, comme le reboisement et la recherche technologique ».

L’Équateur a proposé une "déclaration universelle des droits de la nature", qui n’a cependant pas été reprise dans le document final, a indiqué Rafael Correa. Ce principe, qui figure dans la Constitution de l’Équateur, prévoit que toute personne peut exiger d’une autorité publique le respect de la nature. Le problème est de nature politique, a-t-il conclu, lançant un appel à changer le système actuel pour donner la suprématie à la nature sur le capital.

Raúl Castro : halte à la course aux armements

Raúl Castro, Président de Cuba, a déclaré que ce qui était perçu comme alarmiste il y a peu, est aujourd’hui accepté comme irréfutable. Il s’est inquiété des conséquences de l’augmentation exponentielle des émissions de Co2 depuis 1990 alors que la hausse des températures met en péril l’existence même de nombreux États.

Il a fait remarquer que les îles des Caraïbes figurent parmi les premières victimes des inégalités économiques et sociales imposées par un modèle de consommation non durable.

La pauvreté, la faim et les inégalités s’intensifient en raison du néolibéralisme, a-t-il dit, en fustigeant les « guerres impérialistes menées en 2003 en Irak » et, plus récemment, en Afrique du Nord pour contrôler, en réalité, les ressources naturelles de ces pays.

Une nouvelle tentative de répartition du monde aura des conséquences terribles, a-t-il prévenu en dénonçant l’augmentation exponentielle du budget mondial de l’armement qui, a-t-il fait observer, a doublé depuis 1994 pour atteindre 1.700 milliards de dollars en 2011.

Au nom des principes de développement durable, le Président de Cuba a appelé à la destruction des arsenaux nucléaires, en espérant que le bon sens et l’intelligence humaine remplaceront l’irrationalité et la barbarie.


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