Quel avenir

Le Pape François appelle à protéger l’environnement et lutter contre l’exclusion

Vendredi à la tribune de l’ONU

Témoignages.re / 26 septembre 2015

A l’occasion d’une visite historique au siège de l’ONU à New York, le Pape François, chef de l’Eglise catholique, a appelé vendredi les gouvernements du monde entier à se centrer sur la protection de l’environnement et la lutte contre l’exclusion, notamment par la mise en œuvre du nouveau programme de développement des Nations Unies, qui devait être adopté plus tard dans la journée.

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Le Pape François s’adresse à l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, peu avant l’ouverture du Sommet de l’Organisation sur le développement durable. Photo : ONU/Evan Schneider

« C’est la cinquième fois qu’un Pape se rend aux Nations Unies », a déclaré le souverain pontife au podium de l’Assemblée générale de l’Organisation, devant un parterre de dirigeants mondiaux venus participer au Sommet de l’ONU sur le développement durable.

Ce dernier devait s’ouvrir officiellement pour une durée de trois jours peu après l’intervention du Pape François à l’Assemblée, avec l’adoption formelle par les Etats membres du Programme de développement durable à l’horizon 2030, censé éliminer la pauvreté dans le monde au cours des 15 prochaines années.

« L’histoire de la communauté organisée des Etats, représentée par les Nations Unies, qui célèbrent ces jours-ci leur 70e anniversaire, est une histoire d’importants succès communs », a commencé par saluer le Pape François, réaffirmant l’importance que l’Eglise catholique accorde à l’Organisation en ce moment historique, caractérisé par « le dépassement de toute limite naturelle de l’affirmation du pouvoir ».

« L’expérience de ces 70 années, au-delà de tous les acquis, montre que la réforme et l’adaptation aux temps est toujours nécessaire, progressant vers l’objectif ultime d’accorder à tous les peuples, sans exception, une participation et une incidence réelle et équitable dans les décisions », a toutefois déclaré le chef de l’Eglise catholique, se référant à la nécessité de réformer l’Organisation pour en rendre le fonctionnement plus équitable.

Cette nécessité de plus d’équité, a-t-il affirmé, vaut en particulier pour les corps dotés d’une capacité d’exécution effective, comme c’est notamment le cas du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais aussi pour les organismes financiers internationaux et les groupes ou mécanismes spécialement créés pour affronter les crises économiques.

« [Les réformer] aidera à limiter tout genre d’abus et d’usure surtout par rapport aux pays en voie de développement », a insisté le Pape François, déclarant que les organismes financiers internationaux doivent veiller en particulier au développement durable des pays, et à ce qu’ils ne soient pas soumis, « de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance ».

Dans ce contexte, le souverain pontife a rappelé que la limitation du pouvoir est une idée implicite du concept de droit, soulignant qu’aucun individu ou groupe humain ne peut se considérer tout-puissant.

Le Pape François a cependant regretté la tendance actuelle des gouvernants à faire un mauvais usage du pouvoir, qui se traduit principalement par la destruction de l’environnement naturel et l’exclusion des individus.

Affirmant qu’il existe un véritable « droit de l’environnement », le Pape François a déclaré que toute atteinte à ce dernier « est une atteinte à l’humanité ».

Chacune des créatures, a-t-il dit, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, « d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures ».

L’abus et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus d’exclusion des individus, a poursuivi le souverain pontife, expliquant que la « soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel » conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles et les personnes ayant moins de capacités.

« L’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement », a-t-il affirmé, déplorant le fait que les plus pauvres soient souvent marginalisés par la société et subissent injustement les conséquences des abus contre l’environnement.

« Ces phénomènes constituent la ’culture du déchet’ aujourd’hui si répandue et inconsciemment renforcée’ », a-t-il constaté.

Le Pape François a par conséquent appelé les Etats à trouver des solutions urgentes et efficaces contre ces deux fléaux.

« L’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 au Sommet mondial, qui commencera aujourd’hui même, est un signe important d’espoir », a-t-il salué, tout en mentionnant également son espoir de voir la Conférence de Paris sur le changement climatique, qui aura lieu en décembre, se solder par la conclusion d’accords fondamentaux et efficaces.

Cependant, les engagements solennels ne suffisent pas, a mis en garde le souverain pontife, insistant sur la nécessité de mettre l’accent sur leur mise en œuvre.

« L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux », a appelé le Pape François.

Plus tôt dans la matinée, le chef de l’Eglise catholique, qui a été accueilli à l’entrée du siège de l’Organisation par son Secrétaire général, Ban Ki-moon, s’est également adressé dans un discours à un groupe d’employés de l’ONU.


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