Quel avenir

Les Objectifs du Millénaire encore loin d’être atteints

Assemblée générale des Nations-Unies

Céline Tabou / 21 septembre 2010

A cinq ans de la fin de la période fixée par les Nations Unies, le rapport sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) présenté par Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, demande plus d’efforts de la part des pays développés pour lutter contre la pauvreté. La crise économique ne doit pas être un prétexte pour réduire la solidarité internationale, souligne l’ONU. Les pays développées ont accumulé tellement de richesses sur le dos des peuples du Sud qu’ils ont largement les moyens d’apporter leur contribution à la réduction de moitié du nombre de pauvres dans le monde, et cela crise ou pas crise.

Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, a indiqué que ces objectifs pouvaient être atteints « lorsqu’une mise en main nationale des stratégies et des politiques de développement est accompagnée du soutien des partenaires internationaux au développement ». Le secrétaire général appelle les pays membres à donner plus afin de remplir pleinement les objectifs fixés.

D’un autre côté, Ban Ki-Moon a salué les bonnes intentions des États membres, mais a mis l’accent sur les difficultés rencontrées pour réduire la pauvreté dans le monde, notamment en Afrique. Le bulletin des Nations Unies, dans son évaluation annuelle des OMD, a expliqué que « la crise économique pèse lourd sur l’emploi et les revenus dans le monde entier, mais elle n’empêche pas de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), et en particulier de réduire de moitié le taux de pauvreté extrême jusqu’en 2015 ».

Un altruisme planétaire

Dans le but d’aider les pays en voie de développement à sortir de la misère et à permettre de meilleures conditions de vie à ces populations, la communauté internationale a promulgué, en 2000, lors de l’assemblée des Nations Unies à New York, « une Déclaration du Millénaire », signée par 189 États membres. L’assemblée a voté huit objectifs pour réduire la pauvreté dans le monde d’ici à 2015. Ces objectifs dits du "Millénaire pour le développement" consistent à réduire l’extrême pauvreté et la faim, assurer l’éducation primaire pour tous, promouvoir l’égalité et l’auto-nomination des femmes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies, assurer un environnement humain durable et mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

Les signataires de la Déclaration du Millénaire ont reconnu leurs responsabilités, et indiqué qu’ils étaient tenus de défendre, au niveau mondial, « les principes de la dignité humaine, de l’égalité et de l’équité ». Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations Unies, avait exprimé en 2003 son enthousiasme envers ce programme : « Pour la première fois dans l’Histoire, l’humanité dispose des ressources, des connaissances et du savoir-faire nécessaires pour éliminer la pauvreté sur la planète ».

Les OMD « incarnent également les droits humains fondamentaux, à savoir le droit pour chaque personne sur la planète à la santé, à l’éducation, au logement et à la sécurité. Ces objectifs ambitieux, mais réalisables, indiquent la voie à suivre par la communauté internationale pour faire reculer l’extrême pauvreté d’ici à 2015 dans le cadre du programme global de l’ONU pour le développement », explique Ban Ki-Moon.

Un bilan mitigé

Dix ans après le début de ce programme international, des succès ont été réalisés dans les pays en voie de développement, notamment en matière de scolarisation primaire des enfants dans un grand nombre de pays pauvres, spécialement en Afrique, des interventions fortes dans la lutte contre le SIDA, la malaria et dans le domaine de la santé des enfants, ainsi que de bonnes possibilités d’atteindre l’objectif d’un accès à l’eau potable.

Selon le rapport, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour en valeur fixe dans les pays en voie de développement est tombé à 46%, par rapport à l’année base de 1990, à 27% en 2005, et devrait atteindre le chiffre de 15% en 2015, indique le rapport.

En dépit des efforts faits, les études publiées dans le rapport 2010 des Objectifs du Millénaire montrent que seulement la moitié de la population du monde en voie de développement a un accès aux services sanitaires, toilettes ou latrines, et la moitié des femmes de certaines régions en développement profite de services de santé maternelle à l’accouchement avec un personnel qualifié.

En ce qui concerne la lutte contre la faim, les actualités ont montré cette année des émeutes sanglantes dues à la hausse du prix des matières premières. Les Nations Unies précisent que la crise économique internationale a freiné les progrès réalisés depuis 2000.

Le difficile partenariat mondial

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a évalué à largement plus de 100 milliards de dollars les financements nécessaires pour atteindre les huit objectifs. Le rapport fait état d’une évolution des aides publiques au développement, notamment en 2008 et 2009, les aides atteignent un total annuel de près de 120 milliards de dollars. Ces aides permettent aux pays pauvres et pays en voie de développement d’avoir un meilleur accès aux marchés des pays riches. Les dettes des pays en voie de développement se sont quant à elles allégées grâce à une bonne gestion et un allégement de la dette pour les pays les plus pauvres, explique le rapport de l’OMD 2010.

« Malgré le recul des exportations, causé par la crise économique mondiale, la relation entre le financement des dettes et les exportations est restée stable et a même diminué dans la plupart des régions en voie de développement en 2008 », précise le rapport. De plus, « malgré des pertes supplémentaires dans les exportations de 2009 et, pour certains pays, un déclin de la croissance, les montants des dettes seront probablement maintenus en dessous des niveaux du passé » ajoute le rapport.

Hormis la diminution des aides, les personnes concernées attendent de la transparence vis-à-vis des aides allouées par les pays développés. Patrice Dufour, président d’AidImpact, société de logiciels spécialisés dans le développement, a expliqué au quotidien “La Croix” : « Il faut désormais parvenir à faire partager aux pays émergents la préoccupation sur l’efficacité et la transparence de l’aide ». De son côté, Felix Zimmermann, chargé de la Coordination pour le développement à l’OCDE, a affirmé : « Un effort de dialogue est mis en œuvre dans un esprit de respect de ce que font ces acteurs pour l’aide au développement. Forts de leurs propres expériences de pays émergents, ils peuvent apporter beaucoup. La coopération entre l’OCDE et ces pays est en train de s’améliorer ». Les pays “non déclarants” ont fourni près de 1,4 à 2,3 milliards d’euros venant principalement de la Chine, l’Arabie saoudite, l’Inde (pour 470 millions d’euros), le Brésil (335 millions d’euros), l’Afrique du Sud (80 millions d’euros) et la Russie (150 millions d’euros). Ces dons n’ont d’ailleurs pas diminué leurs aides malgré la crise financière, avec le financement de nouvelles infrastructures (routes, stades) et dans l’agriculture.

Céline Tabou


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