Transports aériens

Air Austral : où sont les bénéfices attendus ?

2017 : année charnière du transport aérien à La Réunion

Manuel Marchal / 17 juillet 2017

2017 est une année charnière pour Air Austral avec l’arrivée de nouveaux concurrents. Sur la ligne vers Paris, French Blue débarque avec un nouveau modèle qui permet des prix plus bas. Corsair assure des liaisons vers Mayotte et Madagascar, et Air France veut lancer une compagnie low-cost long-courrier qui pourrait trouver dans la desserte de notre île un terrain favorable d’expression. Les dirigeants ont-ils su préparer Air Austral à ce changement ? L’avenir semble bien incertain.

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Au cours de ces 5 dernières années, Air Austral a bénéficié d’un contexte économique très favorable. En effet, les résultats d’une compagnie aérienne dépendent avant tout du prix du kérosène. En 2011, avec un litre de kérosène à 0,72 euro, la facture carburant s’était élevée à 160 millions d’euros. L’année suivante, malgré une légère baisse de ce produit, elle était encore de 146 millions d’euros. Cette hausse brutale des charges avait plombé les comptes de la compagnie. Ce qui avait été alors opportunément utilisé pour débarquer brutalement l’ancienne direction.

Importantes économies de carburant

Depuis, le prix du kérosène a suivi la tendance à la baisse du baril de pétrole. Avec un litre à 0,46 euro, Air Austral a dépensé l’année dernière 77 millions d’euros.

La compagnie a également bénéficié d’une importante recette exceptionnelle, un crédit d’impôt de 27 millions d’euros pour la défiscalisation d’un Boeing 787. De plus, avec 35 % de parts de marché pour les vols vers la France, Air Austral bénéficie largement du jackpot de la continuité territoriale versé par la Région aux compagnies aériennes. En toute logique, Air Austral devrait donc afficher d’importants bénéfices alimentés par des dizaines de millions d’euros d’économies sur l’achat de carburant, et par le coup de pouce de l’État pour la défiscalisation et celui de la Région pour l’aide aux voyageurs qui vont en France. Or, le résultat net n’est que de 6 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 368 millions d’euros.

Parmi les facteurs qui contribuent à ce résultat décevant eu égard à la conjoncture, figure notamment une hausse de 9 % des frais de personnel. Ils dépassent 70 millions d’euros, le chiffre d’affaires n’augmentant que de 7 %. La diminution de la qualité des prestations aurait dû se refléter par la même tendance dans les comptes de la compagnie, mais ce n’est pas le cas avec une hausse de 13 % des coûts de commissariat. De plus, d’importantes provisions ont été inscrites.

Acquis engloutis dans la gestion

Ce qui est le plus inquiétant est la disparition des marges de manœuvre dont disposait Air Austral sous son ancienne direction.

La compagnie a liquidé pratiquement tous ses actifs (vente d’avions, moteurs de rechange…). Elle a donc dégagé d’importantes recettes de trésorerie dans un contexte de forte baisse du prix du kérosène. Ces sommes considérables ne se retrouvent pas dans les résultats.

Cela confirme donc que depuis 2012, Air Austral vit sur les acquis de l’ancienne direction, qui semblent s’engloutir dans l’exploitation et la gestion.

Le retard dans la signature de l’accord de partenariat avec Air Madagascar est d’ailleurs un révélateur. Pressentie pour contrôler la moitié du capital de la compagnie nationale malgache, Air Austral n’a toujours pas finalisé l’opération, ce qui interroge sur les capacités financière et technique de la compagnie à relever ce défi. De plus ce projet pourrait ne pas être sans danger pour la Sematra (actionnaire à 98 % d’Air Austral) si elle conduisait à un échec dans le redressement de la compagnie malgache.

Au cours de ces 5 dernières années, Air Austral a mangé son pain blanc sans adapter sa structure à la nouvelle donne. En effet, la compagnie va subir de plein fouet les effets de l’arrivée de French Blue qui vise à court terme 20 % de parts de marché sur l’axe La Réunion-Paris. Elle devra également faire face à Corsair qui brise le monopole Air Austral sur Mayotte-La Réunion, et propose des vols à moins de 200 euros pour Madagascar.

Erreur stratégique

L’ancienne direction avait pourtant offert à la compagnie une garantie face à l’émergence des compagnies à bas-coût sur le long courrier, c’était le projet d’Airbus A380 capable de transporter plus de 800 passagers. Exploité par la filiale low-cost d’Air Austral, Outremer 380, l’A380 aurait placé Air Austral en position de force avec des tarifs structurellement inférieurs de 30 % à ceux de la concurrence. Si ce projet avait été poursuivi, il serait déjà concrétisé et French Blue n’aurait même pas songé à venir se mesurer à Air Austral sur la ligne Paris-La Réunion.

Mais les dirigeants actuels ont fait d’autres choix, avec notamment l’entrée dans la flotte de 787 « terrible teens » qui croupissaient depuis plusieurs années sur un parking de Boeing. Air Austral compte aujourd’hui plus de 900 salariés, et la compagnie ne s’est pas préparée à faire face à une nouvelle concurrence qui utilise un autre modèle.

M.M.