Transports aériens

Air Austral se rapproche des turbulences

Théophane Narayanin prêt à demander des comptes devant la justice

Manuel Marchal / 20 mars 2015

Président de R’Finances, Théophane Narayanin a mis le doigt sur la gestion opaque d’Air Austral. Le dernier coup de force de Didier Robert s’inscrit dans cette politique. Ancien membre du Conseil de surveillance, il demande à la SEMATRA de réparer la perte de 1,5 million d’euros qu’il a subie lors du coup d’accordéon. Faute de quoi, il n’hésitera pas à porter l’affaire devant les tribunaux ce qui ne manquera pas de fragiliser encore plus une compagnie dans l’attente d’une décision de l’Europe qui pourrait être lourde de conséquence.

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Théophane Narayanin compte aller sur le terrain judiciaire pour récupérer les sommes investies dans Air Austral.

Lundi dernier, Théophane Narayanin était présent à l’assemblée générale mixte d’Air Austral au village Bienvenue dans les hauts de Sainte-Marie. Il est parti en dénonçant le scandale du changement de gouvernance. Ce vendredi devant la presse, le président d’R’Finances a expliqué ses motivations.

Il estime que Didier Robert avait le temps d’attendre pour procéder à ce changement de gouvernance. Rappelons que depuis lundi, le conseil de surveillance et le directoire ont été fusionnés dans un conseil de surveillance. Cette nouvelle instance ne comporte aucun élu de la Région ou du conseil général alors que la SEMATRA, actionnaire majoritaire Région Réunion, détient 98 % du capital d’Air Austral. Théophane Narayanin estime que toute décision relative à la gouvernance d’Air Austral devait attendre le débat au Conseil régional. Ce qui s’est passé lundi est donc « un acte anti-démocratique ».

De plus, s’il n’est pas membre du conseil d’administration, Didier Robert est invité à ses séances. Il préside la SEMATRA qui a imposé « une équipe de béni-oui-oui au conseil d’administration de la compagnie ». Après ce constat convergent avec celui des éléments publiés dans la presse du rapport de la Chambre régionale des comptes, Théophane Narayanin a listé toute une série de faits qui posent des problèmes.

Concurrence déloyale

C’est tout d’abord le rappel du coup d’accordéon de 2012. À ce moment, la SEMATRA a injecté 60 millions d’euros dans le capital en réduisant à un niveau proche de zéro la valeur du titre des autres actionnaires. Le personnel avait plus de 10 % du capital, il n’a plus rien. Théophane Narayanin a été floué de 1,5 million d’euros. La SEMATRA dit vouloir que d’autres actionnaires entrent dans le capital, mais « comment intéresser les investisseurs si on élude les petits porteurs qui ont perdu 16 millions d’euros », explique le président d’Air Finances.

Le chef d’entreprise souligne que la structure du capital d’Air Austral pose problème. D’après lui, les collectivités n’ont pas la possibilité d’être majoritaire dans une holding comme la SEMATRA. Elles ne peuvent qu’investir en direct, et ne pas dépasser 33 % du capital. À Air Austral, c’est manifestement une position dominante du Conseil régional à l’origine de conflit d’intérêts. La collectivité a la présidence de la SEMATRA, propriétaire de 98 % du capital. R’Finances a interrogé par écrit le Conseil général et la Région sur ces questions. Sur la position dominante de Didier Robert, qui était alors triple président de la Région, de la SEMATRA et d’Air Austral, et sur le contrôle de 98 % de la compagnie aérienne par des fonds publics, aucune réponse n’a été donnée.

Théophane Narayanin souligne que cette situation pose un problème de concurrence. La compagnie Corsair a d’ailleurs déposé un recours devant l’Union européenne pour trancher cette question. De fait, Air Austral est une compagnie financée par l’argent public, qui perçoit des subventions via la dispositif de continuité territoriale, votées par la Région.

Si l’Europe donne raison à Corsair, alors la sanction sera lourde, des dizaines de millions d’euros, ce qui placera Air Austral dans une situation désespérée.

Qui est derrière la porte ?

Théophane Narayanin a donné son point de vue sur l’achat de deux Boeing 787. Cet achat signifie la perte des 38 millions d’acompte versés à Airbus pour l’achat de 2 Airbus A380. « Il n’est pas possible que l’on accepte de perdre 38 millions et que d’un autre côté on accepte de prendre deux prototypes qui traînent sur un parking depuis des années », dit en substance le dirigeant de R’Finances. Cela nécessite « un regard pénal », « on est en train de jouer avec 1000 emplois ».

L’ancien membre du Conseil de surveillance ne croit pas que des Réunionnais puissent encore investir dans la compagnie : « dans le coup d’accordéon, ils ont coupé la branche sur laquelle ils sont assis. N’est-ce pas voulu pour refroidir les Réunionnais ? Est-ce pour apporter sur un plateau une compagnie réunionnaise ? »
Avec 98 % du capital concentré dans une seule main, Théophane Narayanin estime que « demain matin on peut inventer une crise » et vendre la compagnie. Le président d’R’Finances note que le groupe Dubreuil, propriétaire d’Air Caraïbes, a choisi de renoncer au rachat de Corsair.

Enfin, Théophane Narayanin affirme qu’Air Austral manque à sa mission première, la coopération régionale. Les prix des billets d’avion sont dissuasifs. C’est pourquoi le responsable d’R-Finances s’était dit prêt à faire du low-cost à Pierrefonds, avec 10 millions d’euros disponibles pour participer à un tour de table. Il pensait récupérer d’anciens avions d’Air Austral et faire des lignes à bas-coûts vers les pays de notre région à partir de l’aéroport de Saint-Pierre. C’était un moyen de sauver cette infrastructure.

En conclusion, Théophane Narayanin compte aller sur le terrain judiciaire pour récupérer les sommes investies dans Air Austral. Le ciel de la compagnie aérienne continue de s’assombrir.


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