Transports aériens

Air France ouvre un nouveau front contre Air Austral

Air Mauritius permet à Air France de contourner un traité international

Manuel Marchal / 31 août 2010

Jeudi dernier, Nando Bodha, Ministre du Tourisme de Maurice, était en visite dans notre île. C’est à cette occasion qu’a été présenté un accord entre Air France et Air Mauritius. C’est une astuce qui permet à l’ancien monopole de contourner un traité international afin de venir s’implanter sur la ligne La Réunion-Maurice avec la complicité d’Air Mauritius, et donc de venir concurrencer Air Austral sur cette ligne.

La visite de Nando Bodha, Ministre du Tourisme de Maurice, a été marquée par un événement sortant de l’ordinaire. C’est en effet lors de la visite d’un ministre qu’a été annoncé comment des moyens vont être mis en œuvre pour permettre à Air France de contourner un traité signé entre deux États. Ce traité prévoit que la liaison entre La Réunion et Maurice ne peut être assurée que par deux compagnies : une basée à Maurice et une autre sur le territoire de la République. Cela explique pourquoi seules Air Austral et Air Mauritius volent entre les deux îles.

La Réunion-Paris via Maurice avec Air France

C’est alors que jeudi, l’annonce a été faite qu’un accord permettra à Air France de vendre des billets d’avion entre La Réunion et Maurice, sur des vols d’Air Mauritius, ce qui fera donc trois compagnies au lieu de deux entre La Réunion et Maurice. Ainsi, grâce à la complicité d’Air Mauritius, la compagnie du monopole renforce ses positions puisqu’elle assure déjà un vol quotidien entre Maurice et Paris soit avec des Boeing 747 de sa flotte, soit sur les avions d’Air Mauritius en partage de code.
Cela va donc permettre à Air France de commercialiser directement des vols La Réunion-Paris aller-retour via Maurice sous sa marque du début à la fin de l’itinéraire. Cela voudra donc dire qu’officiellement, Air France assurera tous les jours deux allers-retours entre La Réunion et Paris : un vol direct et un vol avec escale à Maurice. De plus, Air France reprend donc pied dans une liaison régionale au départ de La Réunion. Autant dire que tout cela ne va pas dans le sens du co-développement, de la recherche de complémentarité entre nos îles. Pourquoi donc s’obstiner à ce point à combattre les intérêts de la compagnie aérienne de La Réunion en faisant venir sur la ligne La Réunion-Maurice une des plus importantes compagnies aériennes du monde ?

Une ligne contre le développement

Force est de constater qu’il existe un contexte politique soutenant ce type de comportement allant à l’encontre du développement de La Réunion, et qui consiste donc à casser tout ce qui pourrait servir à développer le pays. Cette ligne se matérialise par les attaques contre les grands projets pourvoyeurs d’emplois et de solutions au problème de l’aménagement du territoire. Elle a ainsi fait stopper les chantiers du tram-train et de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, et elle a aussi repoussé le lancement du chantier de la nouvelle route du littoral.
Or, il faut se rappeler que le 9 juin dernier avait lieu la présentation du nouveau bureau de l’Île de La Réunion Tourisme (IRT). Si les projecteurs étaient braqués sur l’arrivée de Jacqueline Farreyrol à la présidence, un autre évènement avait son importance : la création d’un "Pôle de compétence et d’expertise touristique". Composé de "personnalités reconnues" entourant le président de la Région, cette instance a, selon Didier Robert, « en charge la définition, le suivi et le contrôle de l’ensemble des actions portées par notre collectivité en matière de tourisme ». Ce qui veut dire que ce sont ces "personnalités reconnues" et Didier Robert qui ont la responsabilité de définir la stratégie touristique de la Région. Et parmi ces personnalités figure une seule compagnie aérienne qui, est-ce un hasard, n’est pas réunionnaise. Il s’agit d’Air Mauritius.
Deux mois plus tard, un accord renforçant la position d’Air France dans notre région grâce à Air Mauritius est présenté lors de la visite d’un ministre mauricien venu rencontrer Didier Robert. Quelle sera la suite annoncée le 16 septembre lors de la visite du président de Région à Maurice ?

Manuel Marchal



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Messages






  • Ce genre de partage de code existe depuis de nombreuses années à travers le monde.
    Elle permet à une compagnie de desservir une destination sur laquelle elle n’a pas de droit de trafic.
    Par exemple Delta peut vendre des Atlanta Toulouse via Paris.
    On pourrait imaginer un Londres Réunion, via Maurice par BA !
    De mème Air Austral pourrait essayer de commercialiser des Londres Réunion via Paris avec la collaboration de BA sur Paris Londres !
    Rien que de très banal. Il faut que 2 compagnies y trouvent leur interêt et le but est bien entendu de gagner des parts de marché.

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  • Didier Robert est-il un VRP de l’île Maurice ? je suis étonné que cela soit Air Mauritius et pas Air Austral dans son think tank. A ma connaissance, Air Mauritius existe pour faire venir des touristes à l’île Maurice, mais pas à la Réunion.

    Si à l’île Maurice, le gouvernement mauricien avait préféré mettre Air Austral à la place d’Air Mauritius, je vous laisse imaginer le scandale étalé à la une des journaux... mais à la Réunion un politicien peut brader les intérêts de son pays sans être inquiété, même pas par la presse sauf par NoutZournal. Mesdames et messieurs, heureusement que vous êtes là pour sauver l’honneur de la presse de la Réunion.

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  • "rest’ pire" Air Mauritius.

    Le réunionnais est un étranger à la Réunion, c’est pour cela que la France préfère respirer l’air de Maurice, pardon : "rest’ pire" Air Mauritius.

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