Transports aériens

Didier Robert pour la relance du tourisme à La Réunion ?

Qu’attend le triple président pour baisser de 15 % les tarifs d’Air Austral ?

Manuel Marchal / 4 décembre 2014

Dans son rapport public annuel 2014 diffusé en février dernier, la Cour des comptes avait consacré une partie au tourisme outre-mer. Malgré les millions de subvention versés par la Région Réunion, le nombre de touristes diminue. Les professionnels du tourisme mettent le doigt sur le prix trop élevé du billet d’avion, la Cour des comptes souligne le caractère inflationniste des subventions de la Région et de l’État aux compagnies aériennes. A La Réunion, le président de la Région, gestionnaire de la dotation dite de continuité territoriale, est aussi celui d’Air Austral, compagnie aérienne, et de la SEMATRA, actionnaire majoritaire de cette même compagnie. Il peut donc donner un sérieux coup de pouce aux professionnels du tourisme en obligeant Air Austral à répercuter la baisse du prix du kérosène sur celui des billets d’avion. Avec 15 % de moins, cela remettrait La Réunion dans la course.

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Selon la Cour des comptes, les professionnels du tourisme estiment que le prix du billet d’avion ne favorise pas la venue de touristes.

Dans son dernier rapport, la Cour des comptes avait fustigé la manière dont les pouvoirs publics s’occupent du tourisme à La Réunion. Elle avait ainsi constaté que malgré des aides publiques en hausse, le nombre de touristes diminue. La Cour des comptes mettait le doigt sur le manque d’efficacité et d’évaluation des opérations lointaines de l’Ile de La Réunion Tourisme. Selon la Cours des comptes, les 4 millions d’euros de fonds publics avaient été mobilisés pour créer... 117 chambres. C’est donc loin de donner les résultats escomptés.
De plus, rappelle la Cour des Comptes, « les économies touristiques des Antilles et de La Réunion sont largement orientées vers la métropole, au risque de devenir des produits méconnus du marché mondial. La clientèle métropolitaine représente plus de 80 % des touristes ».

Impact du prix du billet d’avion

Puisque les touristes potentiels viennent de loin, ils empruntent l’avion. Or le niveau élevé du prix du billet pose problème. Car pour la Cour des comptes, « les liaisons entre la métropole et l’outre-mer sont jugées d’un coût trop élevé par les professionnels du tourisme. Aucune étude exhaustive des tarifs pratiqués par les compagnies aériennes sur une longue période n’étant réalisée, il est difficile d’apprécier la réalité de cette cherté et, surtout, de comparer le niveau des tarifs avec ceux pratiqués sur les destinations concurrentes, le coût du billet étant un des éléments du choix des destinations.
Outre le niveau des tarifs aériens, l’existence d’écarts de prix pouvant aller du simple au double en période de vacances scolaires est un autre inconvénient. Calculés par la méthode du yield management (en fonction des taux de remplissage), les prix peuvent atteindre des niveaux dissuasifs lors de ces dates pour les touristes d’agrément ».
Et de souligner que « les dispositifs de continuité territoriale (aide au transport en faveur des résidents) et de congés bonifiés (prise en charge des frais de voyage des fonctionnaires tous les trois ans) peuvent avoir un caractère inflationniste sur les tarifs aériens ».

Défendre les intérêts des passagers

A La Réunion, une personne cumule plusieurs responsabilités importantes en matière de tourisme. Didier Robert est le président de la Région, la collectivité compétente dans ce domaine. Il est aussi le président d’une compagnie aérienne, Air Austral, et du principal actionnaire de cette compagnie, la SEMATRA. Cette triple présidence peut donc lui donner des moyens de peser sur les décisions de la compagnie Air Austral.
Comme Témoignages l’avait indiqué dans son édition de mardi dernier, le prix du kérosène connaît une baisse importante. C’est la conséquence mécanique de la chute des cours du pétrole. Quand le prix du pétrole a augmenté de manière importante ces dernières années, les compagnies aériennes ont institué une surcharge carburant payée par les passagers. Elle peut s’élever à plusieurs centaines d’euros sur un vol long courrier.
Mais manifestement, si elles sont promptes à répercuter la hausse du prix du carburant sur celui du billet d’avion, les compagnies aériennes n’ont pas la même attitude quand le prix du kérosène s’effondre. Cette baisse des charges permet de gonfler les profits, mais elle n’est pas redistribuée aux passagers.
Dans son édition de mercredi, Témoignages avait cité un article de Thierry Vigoureux, journaliste reconnu sur les questions de transport aérien. Ce dernier avait dévoilé le jeu de poker menteur auquel jouent les compagnies. A partir du moment où une compagnie va répercuter la baisse du prix du kérosène sur ses tarifs, toutes ses concurrentes le feront. Mais pour le moment, personne ne bouge alors que les passagers ont droit à au moins la moitié des bénéfices de cette diminution du cours du kérosène.
Si le triple président agit pour qu’Air Austral baisse ses prix de 15 %, alors les compagnies françaises et la mauricienne suivront, écrivions nous hier.

Fréquentation des hôtels en forte baisse

Il est évident qu’une baisse de 15 % permettra à La Réunion de revenir dans la course. Car elle profitera à tous les passagers, et donc aux touristes potentiels qui veulent venir dans l’île mais qui n’ont droit à aucune subvention sur le prix du billet.
La situation actuelle est en effet très grave pour le secteur du tourisme. Dans sa dernière enquête de fréquentation portant sur le second semestre 2014, l’INSEE souligne une nouvelle baisse de l’activité des hôtels classés : -7 % dont -18 % rien que pour le mois de mai.
Lors de sa campagne électorale, Didier Robert avait dit vouloir faire du tourisme une priorité. Le résultat est loin des promesses. Mais le président de la Région a la possibilité d’inverser la courbe de la fréquentation touristique. Il peut agir pour faire baisser le prix du billet d’avion et relancer un secteur durement touché par la hausse du coût du transport.


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