Transports aériens

Grève à Air Austral : importantes avancées grâce à la lutte

Assemblée générale pour débattre de l’adoption d’un protocole de fin de conflit à 11 heures

Manuel Marchal / 10 janvier 2017

La 8e journée de grève à Air Austral s’est conclue sur des avancées sur les conditions de travail et les salaires qui répondent en grande partie aux revendications des salariés. Une assemblée générale est convoquée à 11 heures. Les grévistes se prononceront sur un protocole d’accord avec la direction. Si ce dernier est accepté, alors le travail reprendra.

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Scène de joie à l’annonce des premières avancées obtenues par les grévistes d’Air Austral.

Il était plus de 22 heures hier quand la délégation représentant les salariés est sortie sous les acclamations des grévistes de la réunion avec la direction d’Air Austral. Quelques minutes auparavant, l’idée d’une assemblée générale aujourd’hui à 11 heures avait filtré, laissant entendre que des avancées concrètes avaient été obtenues et devront être discutées. Malgré la pluie, plusieurs dizaines de travailleurs avaient patienté plusieurs heures devant le siège d’Air Austral pour connaître le résultat de cette négociation.

Fin des cadences infernales

Marie-Noëlle Wolf, déléguée syndicale UNSA, a alors pris la parole pour le compte-rendu. Elle a tout d’abord annoncé une « grosse avancée ». C’est la réduction de la pression commerciale sur les hôtesses et stewards. En effet, les PNC ont arrêté le travail pour demander que cessent les cadences infernales imposées par la baisse des effectifs sur les vols. La direction exigeait jusqu’alors que le service effectué par 14 personnes soit assuré par 12. Les grévistes demandaient que le maintien de ce service soit conditionné à une augmentation du nombre de PNC dans les avions, ou alors que la charge de travail baisse afin de tenir compte de cette réorganisation.

Au final, un accord s’est tout d’abord dessiné sur une diminution des tâches demandées aux équipages. Les personnels navigants commerciaux ne distribueront plus de serviettes rafraichissantes et ne ramasseront plus les couvertures notamment. Le « check commercial » sera également fortement réduit. « Cela va nous permettre de mieux nous consacrer aux passagers », a souligné Marie-Noëlle Wolf. La représentante de l’UNSA a également déploré qu’il ait fallu attendre 8 jours de grève pour arriver à ce résultat qui aurait pu être réglé au cours d’une simple réunion technique.

Augmentation des bas salaires

Ensuite, « les rotations seront plus rémunératrices ». Pour des destinations comme Bangkok ou Chennaï, le temps d’escale pouvait dépasser 4 jours. Or au-delà de ce 4e jour, les employés ne touchaient aucun salaire de la compagnie. Ce ne sera désormais plus le cas, et les hôtesses et stewards ont gagné « l’indemnisation possible à toutes les rotations actuelles et à venir » au-delà du 4e jour. Cela signifie que lors de la réouverture de la ligne vers Marseille, cette mesure s’appliquera.

De plus, la direction a cédé sur la « revalorisation des primes à l’étape » pour les personnels travaillant sur les ATR, Boeing 737, Boeing 787, sur les destinations de Mayotte et de Maurice. Cette avancée doit permettre une augmentation des salaires des PNC affectés sur les vols moyens-courriers. En effet, une part importante du salaire est lié au nombre d’heures de vol. Et actuellement, les hôtesses et stewards travaillant sur les lignes vers Maurice et Mayotte étaient fortement pénalisés par cette disposition qui fait qu’il peut arriver qu’un salarié ne touche que 800 euros par mois. La revalorisation des primes étapes permettra donc une hausse des bas salaires.

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Marie-Noëlle Wolf et Laurent Maunier rendent compte de ce qui a été obtenu lors de la négociation avec la direction.

Résorption progressive de la précarité dans la transparence

Concernant l’intégration de 35 travailleurs en CDD depuis plusieurs années, la négociation a abouti à un compromis. 10 seront intégrés tout de suite à temps complet. 5 autres quand la direction connaîtra « l’effectif cible à la fin du mois ». Pour les autres, l’intégration en CDI se fera progressivement. Les grévistes ont obtenu que ces embauches se fassent sur des critères objectifs liés notamment à l’ancienneté, à l’âge, aux nombres de jours travaillés. Lors de l’embauche, l’échelon sera maintenu alors que dans un premier temps, la direction voulait imposer un retour à l’échelon le plus bas. Les salariés seront très vigilants quant au respect de ces critères et de la transparence pour chaque intégration en CDI.

Solidarité avec la décision des grévistes de Saint-Pierre

Laurent Maunier a aussi précisé qu’il a été obtenu qu’il ne soit plus question de mettre fin aux fonctions des instructeurs. Il n’y aura donc pas de départ, mais au contraire un renforcement de ce secteur en fonction des besoins de la compagnie.

Laurent Maunier a ensuite indiqué ce qui n’a pas été obtenu. Les revendications des PNC de la base de Saint-Pierre n’ont pas pu être satisfaites. 11 employés sur 13 de cette base sont en grève. Comme les autres salariés, ils sont invités à l’assemblée générale de cette fin de matinée. L’adoption du protocole d’accord ne pourra se faire qu’à l’unanimité. Cela signifie que si les salariés de la base de Saint-Pierre refusent de l’accepter, alors tous les autres travailleurs seront solidaires et la grève continuera.

Sur l’aspect social et le management, Laurent Maunier a constaté qu’avec la direction d’Air Austral, « la confiance est définitivement rompue ». C’est pourquoi en cas d’issue favorable à la grève, les salariés seront extrêmement vigilants quant au respect du protocole d’accord.

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Marie-Noëlle Wolf fait un point lors d’une pause pendant les négociations.

Les salariés renforcés

Avant d’arriver à la conclusion de cette journée, le 8e jour de grève a commencé par la rencontre d’une délégation de syndicalistes avec Didier Robert, président de l’actionnaire ultra-majoritaire et du Conseil régional. Elle a été obtenue en échange de l’annulation d’une manifestation devant la Région Réunion. À la sortie de cette entrevue, les grévistes estimaient avoir été entendus.

À 11 heures, l’assemblée générale décidera donc à l’unanimité de la fin de la grève sur la base des avancées obtenues hier, ou de la poursuite du mouvement.

En tout cas, ces 8 jours de grève ont permis à des salariés de montrer qu’en étant organisés et solidaires, ils pouvaient faire plier la plus intransigeante des directions. Les dirigeants d’Air Austral savent désormais que s’ils persistent dans leur attitude, ils verront se lever face à eux un bloc uni capable de leur résister. Les salariés d’Air Austral sortiront donc renforcés de la difficile épreuve que constitue plus d’une semaine de grève.

M.M.


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