Transports aériens

Qu’attend Didier Robert pour baisser d’au moins 15% les prix d’Air Austral ?

Le prix du kérosène est en train de s’effondrer, le triple-président doit agir pour répercuter la baisse au profit des passagers

Manuel Marchal / 2 décembre 2014

La baisse du prix du kérosène doit être répercutée sur le prix des billets d’avion. En tant que président d’Air Austral et de la SEMATRA, actionnaire principal de la compagnie aérienne, le président de Région Didier Robert dispose des leviers nécessaires pour qu’Air Austral baisse immédiatement ses prix d’au moins 15 % sans subvention. C’est le moins qu’il puisse faire en tant que défenseur de la « continuité territoriale ».

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Air Austral est dirigée par un président qui est aussi celui du principal actionnaire, tout en étant celui de la collectivité qui distribue des bons de réduction aux passagers. Ce triple-président doit donc obliger la compagnie à répercuter la baisse du prix du kérosène sur le prix des billets d’avion. (Photo Air Austral)

Le baril de Brent vient de descendre au-dessous de 70 dollars soit 35 dollars de moins que début 2012. Cette baisse a des conséquences directes sur le prix du kérosène. Le carburant des avions va donc voir son prix descendre à 50 centimes par litre pour la liaison La Réunion-France, soit une baisse de près de 30 % par rapport au début 2012.

Dans un article publié hier, « la Tribune » apporte ces précisions : « La forte baisse du prix du pétrole donne des ailes aux compagnies aériennes. Elle promet des bénéfices exceptionnels aux compagnies déjà en bonne santé et un bol d’oxygène salvateur à celles qui avaient un pied dans la tombe. Et pour cause, avec l’envolée des cours du pétrole au cours des dix dernières années, une période durant laquelle le prix du baril de Brent est passé de 28 dollars en moyenne en 2003 à 109 dollars dix ans plus tard, le carburant est devenu le principal poste de coûts des compagnies aériennes, devant la masse salariale. L’an dernier, il représentait en moyenne 30 % des coûts, contre 14 % en 2003. »

Pour Air Austral, les répercussions sont directes. Cela ne peut que représenter d’importantes économies.

« Des bénéfices exceptionnels aux compagnies »

C’est donc la baisse du prix du kérosène qui gonfle des comptes de la compagnie. Comme le rappelle « La Tribune », ce n’est pas un phénomène isolé. Tout comme l’étaient les effets de la hausse du prix du carburant durant la décennie précédente.

Cette augmentation brutale avait considérablement fait croître les coûts de production d’Air Austral. Elle avait été utilisée par les adversaires du développement de La Réunion pour faire campagne contre l’ancienne direction d’Air Austral. Les anciens dirigeants réunionnais avaient le tort de porter le révolutionnaire projet d’Airbus A380 capable de faire baisser les prix des billets de 30 %. Cette campagne avait abouti à la prise de contrôle successive de la SEMATRA, puis d’Air Austral par Didier Robert.

Suite aux opérations sur le capital de la compagnie, Air Austral est devenue une société aux capitaux provenant en grande majorité d’institutions publiques, notamment la Région. En plus, Air Austral reçoit des subventions directes de la collectivité régionale sous forme de bons de réduction payés par les contribuables et distribués à ceux qui ont les moyens de voyager en avion vers la France. La justification de cette subvention, c’est de faire baisser le prix du transport aérien. Le président de la Région va même jusqu’à qualifier cela de « continuité territoriale ».

15 % moins cher, le minimum

La baisse du prix du kérosène offre donc à Didier Robert une occasion en or d’agir sans solliciter les contribuables. Car, comme l’explique « La Tribune », « les compagnies aériennes ne pourront pas tout garder pour elles. Elles seront contraintes d’en rendre une partie aux clients, « au moins la moitié du gain sous forme de baisse de prix », estime Yan Derocles. Après avoir créé le concept de surcharges carburant au cours de la dernière décennie et multiplié leur montant, les transporteurs devront en effet en retirer une bonne partie ».

Pour la ligne entre La Réunion et la France, la baisse du prix du carburant est de 30 %. Si Didier Robert est conséquent avec lui-même, alors il doit exiger d’Air austral une baisse des prix d’au moins 15 %. Il est président de la Région, président de la SEMATRA actionnaire ultra-majoritaire de la compagnie, et enfin président d’Air Austral. Sa casquette de triple-président lui donne donc tous les leviers pour décider.
Au lieu de laisser gaspiller l’argent pour repeindre les avions réunionnais avec des photos de Serge Gélabert, le triple président doit donc agir pour que les billets vendus par Air Austral soient 15 % moins cher.


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