Economie

Assemblée générale de la CGPER : vigilance et mobilisation

7,30 euros par tonne de canne pour l’alcool-mélasse

Manuel Marchal / 28 juin 2010

« Entre 700 à 800 personnes », constate Jean-Yves Minatchy, pour qui cette affluence exceptionnelle est le signe d’une reprise de la confiance pour le monde agricole, car de nombreux jeunes étaient là, mais également un indicateur de la vigilance et de la mobilisation. Le monde agricole est en effet confronté au rendez-vous de l’échéance 2014, et dans les batailles qui viennent, la CGPER défendra l’intérêt des travailleurs réunionnais.

Par centaines, les planteurs, les éleveurs, les horticulteurs et les autres travailleurs agricoles se sont rassemblés hier matin à la salle des fêtes de Bras-Panon. Le local était comble pour contenir tous ceux qui avaient souhaité participer à l’Assemblée générale de la CGPER. Pour la confédération, l’augmentation très importante de la prime bagasse est l’événement de l’année écoulée, indique Jean-Yves Minatchy, président du syndicat. C’est une première brèche dans les accords de 1969 qui avaient dépouillé les planteurs des sous-produits. Depuis cette année, les planteurs touchent 11,05 euros par tonne de canne pour la bagasse qui sert à produire de l’électricité. Cette prime pourra être revalorisée en fonction de la valeur de la biomasse-électricité, ajoute le président de la CGPER qui évoque 12 euros par tonne de cannes éventuellement en 2011.

Renforcer la filière canne

Après la bagasse, la CGPER revendique la part des planteurs sur un autre sous-produit : la mélasse. Cette dernière produit, sur la base de 1,8 million de tonnes de canne récoltées, 109.000 hectolitres d’alcool purs vendus 22 millions d’euros. Sur la base d’une répartition 60% pour le planteur, 40% pour l’usinier, la CGPER revendique 7,30 euros par tonne de canne de "prime mélasse".
Évoquée pour la première fois le 21 janvier dernier, cette revendication a été portée à la connaissance du président de Téréos, la coopérative betteravière propriétaire des usines du Gol et de Bois-Rouge. Ce sera un des dossiers de l’année pour la CGPER.
Ce nouveau partage des richesses tirées de la canne contribuera à renforcer une filière déjà « consolidée par la recette bagasse ». « La canne évite l’érosion, résiste aux intempéries, façonne le paysage. La canne participe vraiment au développement durable », affirme le président de la CGPER.
Premier produit exporté par notre île, la canne connaît un rendez-vous important avec l’application d’un nouveau règlement sucrier à partir de 2014. Jean-Yves Minatchy indique qu’il a déjà eu des échanges à Bruxelles sur l’après 2014, et il n’a « pas entendu que la filière canne est morte ». Le règlement actuel et la convention-canne qui en découle prévoient une compensation intégrale de la baisse du prix du sucre. Jean-Yves Minatchy appelle à la vigilance, et précise que ce combat s’inscrit dans une bataille plus large, qui comprend toutes les aides versées par l’Europe (FEDER…).

Forte implication des jeunes

Le président de la CGPER ajoute que l’agriculture n’est pas le seul secteur à qui sont versées des subventions, et évoque « certains » où le taux de subvention atteint 80%.
L’augmentation du pouvoir d’achat des agriculteurs passe également par une baisse du coût de production, ce qui permet aussi de vendre plus facilement ses produits. Mais tous les ans, la bataille doit être menée, en particulier pour faire baisser le prix des engrais, souligne le président de la CGPER.
Dans le coût de production figurent également la taxe sur le foncier non-bâti. « Nous considérons que notre outil de travail est taxé », déplore le dirigeant syndical, « c’est inacceptable ». Et de rappeler la revendication : exonération de la taxe sur le foncier non-bâti, comme en France.
Jean-Yves Minatchy conclut en soulignant la forte proportion de jeunes parmi les plus de 700 agriculteurs hier. C’est le signe que les jeunes s’impliquent pour reprendre l’activité. C’est un atout pour les luttes à venir.

Manuel Marchal


An plis ke sa

• Trop d’importations
La production réunionnaise est fortement concurrencée par les importations, alors que l’agriculture peut créer de nombreux emplois. Jean-Yves Minatchy indique qu’une réunion a eu lieu à la Chambre d’agriculture qu’il préside, permettant la rencontre d’agriculteurs et de responsables des grandes surfaces. Dans la filière bovine, un accord a été signé avec la SICA-Revia. Des démarches similaires doivent être entreprises pour les fruits et légumes, les volailles, la filière porcine. Car la réduction des importations permettra de créer des emplois dans l’agriculture à La Réunion.

• Le scandale des retraites de misère
Trop souvent au bout de 40 ans d’activité, les agriculteurs sont condamnés à toucher une retraite de misère, quelques centaines d’euros par mois.
« Ce n’est pas acceptable », affirme avec force Jean-Yves Minatchy. La revendication immédiate de la CGPER, c’est que le minimum versé aux agriculteurs retraités et aux conjoints ne puisse pas être inférieur au seuil de pauvreté.
Lors d’une rencontre des présidents de Chambre d’agriculture avec le ministre, Jean-Yves Minatchy a dénoncé ce scandale, déclenchant l’embarras de Bruno Le Maire. « Sans l’agriculture, un pays ne peut pas vivre. Nous devons être reconnaissant du travail fait par ceux qui sont aujourd’hui retraités ».


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