Economie

Ces légumes péi menacés par l’importation

À la veille des Accords de partenariat économique, une filière en danger

Témoignages.re / 5 avril 2011

Oignon, ail, pomme de terre ou encore carotte, ces légumes péi sont menacés par l’importation. Consciente du danger que représente cette concurrence sur la culture de ces légumes au niveau local, la profession s’est mise au branle-bas de combat pour sauver la production locale. Objectif, reconquérir des parts de marché sur les 10 prochaines années.

Sur les étals, les Réunionnais ont de plus en plus de mal à trouver de l’oignon, de l’ail, de la pomme de terre et de la carotte produits localement. Ces légumes souffrent de la concurrence des produits importés qui prennent de plus en plus de place sur le marché réunionnais.
Par exemple, les producteurs d’oignons ont vu leurs parts de marché fondre comme neige au soleil entre 1995 et 2005. En 1995, 5.000 tonnes d’oignons étaient produites localement tandis que 2.000 tonnes étaient importées. En 2005, la donne s’est inversée. 2.000 tonnes d’oignons étaient produites à La Réunion alors que 7.000 tonnes étaient importées. L’écart est encore plus grand en 2011. Aujourd’hui, 80% des oignons sont importés d’Inde, de Madagascar et de Métropole.
Manque de structuration

Même constat pour les autres légumes. 90% de l’ail que l’on trouve à La Réunion sont importés de Chine et d’Argentine. 60% à 70% des carottes sont importés d’Australie. Concernant la pomme de terre, plus de la moitié ne sont pas produites localement. « La Réunion est à peu près autosuffisante pour le reste des légumes », indique Jean-Pierre Avril, président du groupement de producteurs Vivéa.
Pourquoi ces légumes péi souffrent-ils tant de l’importation ? D’abord, « la production locale manque de structuration. Quand chacun travaille de son côté, on a du mal à écouler sur le marché de gros. En face, les producteurs étrangers proposent des circuits structurés. Les importateurs sont donc plus à l’aise et se tournent systématiquement vers eux », analyse le professionnel du monde agricole.
D’autres éléments expliquent cette menace qui pèse sur ces légumes. « Pendant longtemps, on a manqué de technicité pour les produire. Du coup, le rendement n’était pas au rendez-vous et la filière a manqué de compétitivité », souligne Jean-Pierre Avril. Cet argument concerne tous les légumes.
Le pari de la recherche

D’autres justifications sont spécifiques à certains légumes. Pour l’oignon péi, « on a un beau produit, mais le principal problème est le coût ». La carotte péi, quant à elle, est un produit « peu coûteux et nutritionnel ». « Mais son problème est qu’elle continue à germer une fois récoltée, ce qui réduit son temps de conservation », affirme Jean-Pierre Avril. Concernant la pomme de terre péi, « on ne propose pas autant de variétés que celles proposées par l’importation ». L’ail péi souffre enfin d’une « dégénérescence » de sa variété.
Malgré tout, le président de Vivéa croit en la possibilité de sauver ces légumes. D’une part, grâce à la recherche. « Le Cirad et l’Armeflhor travaillent depuis quelques années sur de nouveaux produits », signale le professionnel du monde agricole. D’autre part, les évolutions techniques devraient permettre d’accroître les rendements. Les aides européennes jouent aussi une part non négligeable dans le développement de la filière.
Il compte aussi sur la structuration de la filière. En effet, l’AROP-FL (Association réunionnaise des organisations productrices de fruits et légumes) se fixe comme objectif « d’ici 2 ou 3 ans » de constituer une vraie interprofession. « Un organisme interprofessionnel permettrait de privilégier la production locale. Nous pourrions alors reconquérir des parts de marché », précise Jean-Pierre Avril. Une reconquête qui concerne toute la filière, mais surtout ces 4 légumes péi « fortement menacés » par l’importation.


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