Economie

Ceux qui entravent le développement de La Réunion

Pétroliers, France Télécom, Air France…

Manuel Marchal / 30 juillet 2009

Après la condamnation de quatre compagnies pétrolières par le Conseil de la Concurrence, les rapports du Sénat, de l’Assemblée nationale et de l’Autorité de la Concurrence dénonçant les pratiques des importateurs et distributeurs de carburants à La Réunion, c’est au tour de France Télécom d’être sanctionnée pour entrave à la baisse des prix des communications. Cela démontre une nouvelle fois qu’il existe à La Réunion des forces qui n’ont aucun intérêt au développement du pays. Gageons que lorsque les pétroliers iront demander au préfet d’augmenter les prix des carburants et du gaz, le représentant de l’État refusera de céder aux exigences de ceux qui entravent le développement du pays.

Une nouvelle fois, l’Autorité de la Concurrence vient de sanctionner d’une importante amende une entreprise issue du monopole colonial et qui, malgré le changement des règles, a continué à se comporter comme du temps d’une époque révolue. Selon l’Autorité de la Concurrence, France Télécom a abusé de sa position d’opérateur historique pour freiner au maximum le déploiement d’opérateurs alternatifs à La Réunion. En France, les opérateurs alternatifs ont permis une baisse importante des tarifs et une hausse des services. À La Réunion, ce n’est pas le cas, et l’Autorité de la Concurrence a clarifié les responsabilités.
Étant l’unique héritier des investissements de la puissance publique, une entreprise privée a donc surfacturé l’utilisation d’installations financées par des fonds publics, lancées ou mises en service avant que France Télécom devienne une entreprise privée. Pour comprendre la situation, il faut remonter aux années 70, à l’époque où La Réunion était fortement sous-équipée en téléphone. Cette situation était due à un sous-investissement de l’ancêtre de France-Télécom dans ce domaine, les PTT. La Communauté européenne a donc pris l’initiative de financer l’installation de réseaux de communication dans les régions enclavées, estimant que le désenclavement des communications est une des conditions du développement.
Au moment de la privatisation de France Télécom, ce sont donc des intérêts privés qui récupèrent la gestion de ces investissements publics. Et au lieu de les utiliser pour désenclaver La Réunion, ces intérêts privés les utilisent d’abord pour prendre de l’argent aux usagers, ce qui conduit à un enclavement à l’heure où dans de nombreuses régions du monde, le haut-débit est à un prix beaucoup moins élevé qu’à La Réunion avec beaucoup plus de services offerts à la population.
Ce qui veut dire que la logique de ce type de société n’est pas de se soucier du développement de La Réunion. Au contraire, le maintien de La Réunion dans des structures économiques issues de la colonisation, avec la forte présence des monopoles, est un moyen de réaliser d’importants profits.
C’est une attitude comparable à France Télécom chez les compagnies pétrolières que ne cessent de dénoncer des rapports parlementaires à la suite d’un mouvement entamé par un collectif d’associations l’an dernier.
Toutes les enquêtes officielles démontrent que ces compagnies pressurent les Réunionnais à un point tel que le développement du pays s’en ressent. C’est là aussi un héritage d’une époque coloniale où La Réunion était sous le joug de monopoles d’importation.

M.M.


Le préfet osera-t-il augmenter les prix des carburants ?

Au mois d’octobre 2008, un collectif d’associations démontre preuves à l’appui que les pétroliers se gavent de manière éhontée sur le dos de la population réunionnaise. La fin des pratiques des pétroliers ne peut alors que profiter à l’intérêt général.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, on a vu que le préfet a refusé de recevoir ces associations qui défendent l’intérêt général. Par contre, il a ouvert les portes de la Préfecture à des camionneurs qui protégeaient les pétroliers et qui ont été ensuite bloquer la Région en toute impunité.
La conséquence de cette décision, c’est l’attitude des compagnies pétrolières qui veulent refuser de livrer du carburant si les prix ne sont pas augmentés. Si au mois de novembre, le représentant de l’État avait été solidaire de la population et de ses élus, jamais les pétroliers n’auraient osé poser un tel ultimatum. Mais leur analyse des événements de novembre, c’est qu’il existe une faille sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour tenter de faire triompher leur point de vue au détriment de l’intérêt général.


La lutte pour maîtriser notre désenclavement aérien

Un autre exemple est celui du désenclavement aérien. À partir du moment où Air Austral a décidé de participer à l’ouverture de La Réunion sur d’autres continents dont l’Europe, l’ancien monopole français a décidé de quitter son capital. Puis Air France manœuvre pour tenter de freiner le développement de la compagnie réunionnaise. C’est par exemple la volonté de venir concurrencer Air Austral dans les liaisons régionales. C’est également un vol quotidien entre Plaisance et Paris assuré par Air France. Mais bien que ce vol soit effectué avec un appareil d’ancienne génération, plus gourmand en carburant, le billet est vendu beaucoup moins cher que pour un vol direct entre La Réunion et Paris. Ce qui fait que tous les jours, c’est une clientèle qui est captée par Air France au détriment d’Air Austral. Car Air Austral est la seule compagnie opérant entre La Réunion et la France qui n’assure pas de liaison depuis Maurice vers Paris.


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