Economie

De graves conséquences pour La Réunion

L’euro en chute libre

Sanjiv Dinama / 17 mai 2010

Toutes les valeurs dans le rouge, l’Euro en chute libre. La monnaie européenne évoluait à ses niveaux les plus bas. Les investisseurs craignent des problèmes d’endettement dans la zone euro, et le « plan de sauvetage » décidé par l’Union européenne semble ne rien y changer. Des mesures d’austérité ont été annoncées par tous les gouvernements. Baisse des salaires de 5% pour les fonctionnaires en Espagne, augmentation de la TVA dans plusieurs pays européens, suppression du dispositif zéro charge pour les TPE en France… Les conséquences vont être également très graves pour La Réunion alors que la situation économique sociale est déjà très difficile avec un nombre de demandeurs d’emploi en hausse à près de 135.000 personnes et un taux d’inflation qui a repris. Ce sont toujours les familles modestes et les jeunes qui payent un lourd tribut.

Des baisses de plus de 7% à Madrid, de 3% à Francfort, de 4% à Paris et d’1,5% à New York. L’Euro à son plus bas niveau depuis 2008 : 1,23 dollar. Les signes de la perte de confiance à l’égard de la zone euro se confirment. Le plan d’aide de l’UE, loin de calmer le jeu, augmente les craintes des investisseurs. Or les mesures d’austérité annoncées par certains pays pourraient affecter davantage la situation économique.

Jeudi dernier, le gouvernement portugais annonçait une hausse de l’impôt sur le revenu et les bénéfices, de la TVA d’un point, gelait les salaires de la fonction publique.

La veille l’Espagne décidait de réduire ses dépenses publiques de six milliards d’euros cette année. Pour cela le gouvernement a annoncé une baisse moyenne de 5 % des salaires des 2,6 millions de fonctionnaires à dater du second semestre ; le gel de la revalorisation des retraites en 2011 ; la suppression du "chèque bébé" de 2.500 euros créé en 2007 ; la réduction de 600 millions d’euros de l’aide au développement sur 2010-2011 ; de nouvelles coupes dans les dépenses pharmaceutiques (300 millions) et dans les investissements de l’État (6 milliards) et des communautés autonomes (1,2 milliard). Ce qui s’ajoute au plan d’économies présenté fin janvier, avec l’annulation de 7,5 milliards de dépenses budgétaires, une baisse des dépenses de santé (1,5 milliard), une réduction du nombre de fonctionnaires via le seul remplacement d’un départ sur dix, une hausse de deux points de la TVA à dater du 1er juillet, et la fin d’une déduction fiscale de 400 euros dont bénéficiaient tous les contribuables.

Pour le Portugal, les nouvelles mesures prévoient une hausse de la TVA de 1 point de base, ce qui la porte à 21% pour le taux normal, une surtaxe extraordinaire, de 1 ou 1,5% selon le niveau de revenu, qui frappera les ménages. Les salaires des fonctionnaires, dont le nombre a été réduit, avaient été gelés jusqu’en 2013, et de nombreuses prestations sociales plafonnées. En France également des meures seront annoncées notamment la réforme des retraites, la suppression du zéro charge pour les TPE…

La situation la plus difficile depuis la Seconde guerre mondiale

Le Font monétaire international (FMI) dénonce dans son "Rapport de surveillance budgétaire multinational’" les « risques budgétaires (…) accrus, en particulier dans les économies développées ».

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé dimanche, dans entretien publié dans l’hebdomadaire allemand "Spiegel", que les marchés se trouvaient dans « la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale ». « Les marchés ne fonctionnaient plus, c’était presque comme au moment de la faillite de Lehmann Brothers en septembre », insiste-t-il.
Les investisseurs se replient aujourd’hui sur l’or. L’once d’or est montée jusqu’à 1.249,40 dollars, un nouveau record historique, dépassant ainsi 1.000 euros et 857 livres sterling. Avec aucun risque de défaut le métal jaune est une valeur refuge idéale, et un bouclier contre l’inflation.

À la crise structurelle s’ajoute cette crise conjoncturelle à La Réunion

Les conséquences risquent d’être graves également pour La Réunion. En effet, rappelons que les importations représentent pour près de 4,5 milliards. Or un euro faible va avoir des conséquences sur les prix. Les prix des biens importés vont flamber. L’inflation risque d’être très importante. Ce sont les familles modestes qui sont les plus touchés par l’inflation car elles consacrent la plus grosse partie de leur revenu à l’alimentation, qui connaît déjà un fort taux d’inflation au regard des derniers chiffres de l’INSEE.

De même la fin annoncée de l’exonération des charges sociales pour les embauches pour les TPE (Très petite entreprise), risque d’aggraver la situation. Or les TPE représentent 93% des entreprises à La Réunion, ce qui signifie qu’elles sont l’essentiel de l’emploi du secteur privé dans notre île. Rappelons que l’on compte aujourd’hui près de 135.000 demandeurs d’emploi à La Réunion. L’âge est un facteur discriminant face à l’emploi. Le taux de chômage des jeunes (moins de 25 ans) est toujours très élevé (51,1%). Ce taux n’a connu aucune diminution.

Notons que près de 7.000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. La situation économique et sociale de La Réunion est déjà très difficile et risque de s’aggraver. Il y nécessité de prendre des mesures adaptées au contexte de La Réunion. Ce sont toujours les familles au revenu modestes et les jeunes qui payent un lourd tribut de la crise.

Sanjiv Dinama


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