Economie

Des taux de marge avoisinant les 50%

55% plus cher, pourquoi ? — 2 —

Sanjiv Dinama / 16 septembre 2009

Hier, nous avons analysé l’impact des frais de transport sur le prix des marchandises à La Réunion. L’autre facteur qui explique que les prix sont 55% plus élevés à La Réunion par rapport à la France est la marge réalisée. Le rapport de l’Autorité de la Concurrence sur la grande distribution fait apparaitre non seulement des situations de quasi-monopole, mais également des taux de marge plus élevés dans les DOM et à La Réunion en particulier.

Selon le rapport, « le secteur de la distribution dans les Départements d’Outre-mer est dominé par des enseignes nationales également présentes en métropole, principalement Carrefour, Cora et Casino. Au-delà de cette identité de certains opérateurs, le secteur de la distribution dans les DOM présente néanmoins des caractéristiques plus spécifiques ».
D’une part, le développement des enseignes nationales dans les DOM s’est essentiellement appuyé sur des « master-franchises » mises en place soit par des groupes de dimension nationale, soit par de puissants opérateurs locaux, au premier rang desquels les groupes Bernard Hayot et Gérard Huygues Despointes (pour le compte du groupe Carrefour, notamment). Certains de ces groupes recourent simultanément à des magasins détenus en propre et à des franchises.
D’autre part, « dans trois des quatre DOM étudiés, le secteur de la distribution alimentaire présente des niveaux de concentration relativement élevés. A La Réunion, en Guyane et en Guadeloupe, certains groupes de distribution détiennent ainsi des parts de marché, en surfaces commerciales, supérieures à 40%, soit sur la totalité du département concerné, soit sur une ou plusieurs zones de chalandise ».
« En outre, certains de ces opérateurs exploitent également des structures communes. A un degré de concentration élevé s’ajoute fréquemment une diversification conglomérale et verticale des groupes de distribution domiens », selon le rapport.
Pour ce qui est des niveaux de marge, le rapport fait ressortir des taux de marge économique des opérateurs plus élevés à La Réunion.

Des monopoles à casser

Un certain nombre de propositions ont été faites par le PCR, notamment dans le cadre des Etats-généraux concernant la formation des prix, les circuits de distribution et le pouvoir d’achat :

- Diversifier notre source d’approvisionnement. Nous nous approvisionnons là où les coûts de production sont les plus élevés et ce sont des pays très éloignés de notre île. De ce fait, les coûts de transport sont plus importants.

- Finir avec l’exclusif. Près de 70% de nos échanges se font avec l’Europe et en particulier la France.
Prospection dans le monde entier surtout dans la zone océan Indien (Afrique du Sud, Inde, Chine…)

- Produire moins cher en achetant les matières premières aux pays dont les coûts de production sont plus faibles. Faciliter les échanges avec ces pays.

- Cesser les monopoles des centrales d’achat (ex : SRPP)

- Casser les ententes illicites

- Traçabilité des prix du producteur au consommateur. Aujourd’hui, toute la transparence sur la formation des prix doit être faite. Le consommateur est dans le droit de connaître la composition du prix du produit acquis de la même manière que les différents ingrédients du produit indiqués sur son emballage.

- Créer une compagnie maritime régionale

- Accréditer des Réunionnais pour négocier avec les pays voisins. Délégation de compétences à obtenir en matière de coopération régionale.

- Rationaliser les transports de marchandises : création de ports secs : Saint-Pierre et Saint-André.

Rompre avec l’exclusif commercial

- Pouvoir d’achat : deux aspects
Baisser les coûts des marchandises
Augmenter les bas revenus

- Disparité des revenus énorme : poser le problème d’élaboration d’une politique de revenus à La Réunion

- Redonner à l’Observatoire des Prix et des Revenus (OPR) sa véritable fonction. Comment réhabiliter cet observatoire, lui donner de véritables moyens d’investigation et la possibilité de faire des propositions ?

- Droit de regard sur les intermédiaires : encadrer les marges

La production locale devra bénéficier de la rupture de l’exclusif commercial.

Les études nous montrent que le modèle actuel a atteint ses limites. Il a abouti à un système très inégalitaire, avec un chômage de masse. Nous sommes aujourd’hui au cœur des contradictions. A la crise conjoncturelle s’ajoutent les limites structurelles des modèles de développement.

Sanjiv Dinama


Kanalreunion.com