Economie

Dix années de négociations sino-russes

Accord sur un contrat de fourniture de gaz entre deux pays émergents

Céline Tabou / 23 mai 2014

Après dix années de négociations sur l’approvisionnement en gaz entre la Russie et la Chine, un accord a été scellé à Shanghai, le 20 mai, pour un montant de près de 400 milliards de dollars. Signé entre le géant énergétique chinois CNPC et le russe Gazprom, il prendra effet à partir de 2018, pour 30 ans.

Désormais, la Russie approvisionnera la Chine en gaz, afin de répondre à ses besoins croissants pour développer son économie. Lors de sa visite en Chine, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que « des progrès significatifs » avaient été réalisés entre les deux pays, concernant ce dossier et les domaines dans lesquels 49 accords ont été signé.

Le point de blocage

Au point mort depuis des années, les pourparlers étaient bloqués sur la question du prix. Une question levée aujourd’hui, car « les deux parties ont réalisé des progrès significatifs dans les négociations tarifaires concernant le tronçon Est du projet de gaz naturel », a expliqué Vladimir Poutine, lors de son entretien avec le président chinois Xi Jinping. A l’issue de leur rencontre, Xi Jinping et son homologue russe ont assuré, dans un communiqué conjoint, que les deux pays voisins vont établir « un partenariat global de coopération sur l’énergie ».

Les deux parties vont poursuivre leurs échanges et « approfondir une série de projets de coopération dans le secteur pétrolier », dans l’exploitation des mines de charbon et le développement des infrastructures de transport en Russie, a précisé Radio Chine Internationale. Plusieurs projets vont également être lancés, comme la construction de nouvelles centrales électriques en Russie, et l’augmentation des exportations d’électricité vers la Chine.

Sun Yongxiang, professeur à l’Institut de recherche du développement social euro-asiatique du Centre de recherches pour le développement du Conseil d’Etat, a expliqué à l’agence de presse Xinhua, que « le partenariat stratégique entre la Chine et la Russie doit reposer sur des offres ». Pour ce dernier, « la signature de cet accord gazier montre le fort intérêt de la Russie à diversifier ses acquéreurs d’énergie en dehors de l’Europe, et celui de la Chine dans la diversification de la structure de son approvisionnement énergétique ».

En effet, tous deux pays émergents, avec une croissance économique faisant pâlir les Occidentaux, la Chine et la Russie souhaitent conserver leurs partenaires traditionnels tout en trouvant des alternatives dans la région, prévenant ainsi les effets de la crise économique et financière.

Une relation particulière

Après la rupture sino-russe à la fin des années 1960, la Chine et la Russie sont restées de parts et d’autre du continent, deux puissances voisines, cordiales mais parfois sœurs ennemies. Depuis plusieurs décennies, les tensions, mais aussi alliances, sont scrutées à la loupe par les observateurs occidentaux, soucieux de voir apparaitre un bloc asiatique pouvant concurrencer frontalement les Etats-Unis et l’Europe.

Ces tensions ont été pour une part la cause de la longévité de ces négociations sur le gaz. Ne souhaitant pas redevenir le petit frère de la Russie, la Chine a tenu à conserver sa souveraineté et sa position de leader en Asie. Première puissance économique de la zone a avoir décollé, Pékin souhaite rester en tête, tout en composant avec son concurrent et voisin le plus proche. Pour sa part, la Russie souhaite également garder sa souveraineté et n’acceptera pas d’ingérence de la Chine dans ses affaires. Une non ingérence partagée par les deux pays, qui se sont alliés sur plusieurs domaines économiques et industriels.

Une alliance due au contexte économique et financier mondial, qui impose aux deux parties de s’allier pour faire face aux effets de la crise internationale. En avril, Vladimir Poutine avait d’ailleurs déclaré à la télévision russe que « la Russie ne songe en aucune manière à l’établissement d’une alliance militaire et politique avec la Chine ».

Une remarque qui a laissé dubitative les médias occidentaux, mais qui a tout son sens pour Le Quotidien du Peuple qui met l’accent sur les explications fournies par la suite par le président russe : « La Russie et la Chine sont des voisins géographiques, mais aussi des alliés naturels ; mais nous n’avons pas besoin d’une alliance, ni besoin de recourir au vieux concept d’alliance politique. Aujourd’hui, le développement de nos relations bilatérales se passe extrêmement bien, et la confiance mutuelle et le niveau de coopération ont atteint des sommets sans précédent ».

L’objectif de la Russie et de la Chine est de créer un monde multipolaire remettant en cause l’hégémonie américaine. Une hégémonie basée sur une bipolarisation, désormais remise en question par la signature des 49 accords entre la Chine et la Russie, mais aussi le développement des relations entre les pays BRIICS (Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine, Afrique du Sud) et les pays africains.

Céline Tabou


Kanalreunion.com