Economie

Grève à la SRPP et à la SARA : Rubis fait peur

Un seul groupe va devenir le patron du stockage pétrolier aux Antilles et à La Réunion

Témoignages.re / 4 mars 2015

Jeudi dernier, les travailleurs de la SRPP ont lancé une grève. Lundi, ceux de la SARA aux Antilles sont entrés aussi dans le mouvement. Hier, le conflit a cessé à la SRPP, et il a été suspendu à la SARA. Le point commun entre ces deux sociétés : Rubis va devenir l’actionnaire majoritaire de la SARA et de l’intégralité de la SRPP.

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Un groupe extérieur aux Antilles et à La Réunion va contrôler seul le stockage des produits pétroliers.

La grève à la SRPP-Société réunionnaise des produits pétroliers a commencé jeudi. Les travailleurs revendiquaient le versement d’une prime exceptionnelle. Cette demande fait suite au prochain rachat de la SRPP par le groupe Rubis. Total et Shell sont les actionnaires de la SRPP. Ils vont vendre à Rubis. Total et Shell vont engranger un bénéfice. Les travailleurs demandent que cette plus-value soit plus équitablement répartie. Ils estiment avoir participé à la valorisation de la SRPP.

Pendant six jours, les actionnaires ont refusé toute négociation. Le préfet a dû intervenir pour rappeler à Total et Shell leurs responsabilités dans la déstabilisation de l’économie réunionnaise. Le mandat de négociation est enfin arrivé et l’accord a été signé hier soir. Total et Shell ont cédé 2200 euros de prime par salarié.

Crainte sur la raffinerie de la SARA

En Martinique, les travailleurs de la SARA-Société anonyme de la raffinerie des Antilles ont lancé une grève lundi. Là-bas, c’est Total qui va vendre ses actions à Rubis. Rubis possède déjà 35 % des actions de la SARA. En achetant les parts de Total, Rubis deviendra l’actionnaire majoritaire de la société de raffinage et de stockage de produits pétroliers. À la SARA, les travailleurs se sont mis en grève pour obtenir des garanties pour leurs emplois. Ils craignent que la prise de contrôle de la SARA par Rubis menace l’avenir de la raffinerie de Martinique. Ils pensent que la course au profit maximum pourrait amener la transformation de la société de raffinage-stockage en une société de stockage comme l’est la SRPP à La Réunion. Une telle décision entraînerait une baisse de l’activité, et donc des menaces sur l’emploi. Après négociations, les travailleurs de la SARA ont suspendu le mouvement hier soir. Ils ont discuté directement avec la préfecture l’envoi d’une mission d’experts chargée d’évaluer l’impact du décret Lurel sur les marges des compagnies pétrolières. Outre-mer Première laisse même entendre que c’est l’application de ce décret qui pourrait expliquer le désengagement de Total des Antilles.

Comme à La Réunion, les stations-service seront donc livrées normalement aujourd’hui.

Monopole renforcé

Si le rachat par Rubis de la SRPP et sa prise de contrôle de la SARA sont validées par les autorités compétentes, alors le groupe exploitant l’enseigne Vito sera le patron du stockage de carburants pour La Réunion et les Antilles. Auparavant, ce pouvoir était partagé par plusieurs sociétés : Total, Rubis et Sol aux Antilles, Total et Shell à La Réunion. Cette situation était déjà dénoncée comme un monopole favorisant les surcoûts. Cette fois, le nombre d’acteurs va encore diminuer. À La Réunion, Rubis aura 100 % de la SRPP, et aux Antilles, Rubis aura 85 % de la SARA, 15 % restant à Sol. Les accusations de monopole venant des consommateurs vont encore s’accentuer. Le fait nouveau, ce sont les travailleurs qui craignent pour leur avenir.


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