Economie

Inégalités de revenu en augmentation

Une étude sur les prix confirme la crise sociale

Manuel Marchal / 18 novembre 2014

L’INSEE vient de publier le résultat d’une étude sur l’évolution des prix depuis 1990. Plusieurs enseignements : les prix augmentent plus vite à La Réunion qu’en France, l’inflation est plus importante dans les produits alimentaires, depuis l’égalité obtenue en 2002 les allocataires du minimum social voient leur pouvoir d’achat baisser. Mais pendant ce temps, les classes les plus favorisées connaissent une hausse importante de leur pouvoir d’achat. Conséquence : les inégalités s’accentuent.

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Depuis 2002, les courbes du RSA, du SMIC et de l’indice des prix de l’alimentation se resserrent. C’est la conséquence d’une diminution du pouvoir d’achat des classes les plus précaires qui constituent la majorité de la population. Les fruits de la croissance bénéficient donc en priorité aux classes les plus favorisées.

La semaine dernière, une étude de l’INSEE montraient que la richesse produite à La Réunion avait doublé entre 1996 et 2010. Mais pendant que le PIB doublait, le nombre de pauvres a continué à augmenter. En 2010, près de la moitié de la population restait en dessous du seuil de pauvreté. C’est l’indicateur d’une société très inégalitaire. Une aussi longue période d’observation permet de déduire que le problème réside dans la structure sociale. En effet, dans d’autres pays, l’augmentation du PIB s’accompagne d’une réduction de la proportion de pauvres. C’est ce qui a été observé dans des pays comme la Chine ou le Brésil. Mais ce n’est pas le cas à La Réunion.

Hier, une autre étude a confirmé cette tendance inégalitaire. Elle démontre que pour les revenus les plus faibles, le pouvoir d’achat a diminué. Or en moyenne, le pouvoir d’achat a augmenté.
L’INSEE précise qu’entre 2001 et 2013, le revenu moyen disponible par habitant a augmenté de 62 %, alors que sur la même période les prix ont cru de 20 % Mais sur une période quasiment identique, entre 2002 et 2013, le RMI-RSA n’a augmenté que de 19 %. Plus grave encore, les produits alimentaires ont augmenté plus vite que l’inflation. Plus les revenus d’une famille sont faibles, plus elle consacrera une part importante de son budget à l’achat de nourriture. Donc les plus pauvres ont une baisse encore plus forte de leur pouvoir d’achat.

Le gain important en pourcentage – mais pas en valeur absolue – engrangé en 2001 (voir reproduction de la courbe) était la conséquence de l’alignement du RMI versé à La Réunion sur celui de la France. Autrement dit, depuis l’application de l’égalité du RMI, les travailleurs contraints de vivre avec le minimum social ont donc vu leur pouvoir d’achat baisser tandis que pour d’autres catégories de la population, ce même pouvoir d’achat s’est envolé. C’est bien une nouvelle illustration des inégalités à La Réunion. Le résultat de l’étude de l’INSEE donne une précision : ces inégalités se sont accentuées entre d’une part les personnes privées d’emploi ou payées au SMIC et d’autre part celles qui sont les plus riches.

La richesse disponible augmente, mais la structure de la société est faite pour que ces gains bénéficient à une minorité. Combien de temps pourra encore tenir ce modèle intenable ?

Extraits du communiqué de l’INSEE


« En vingt ans, de 1990 à 2013, les prix ont augmenté de 58 % à La Réunion, soit plus rapidement qu’en France y compris DOM (+ 48 %). Cela représente une hausse moyenne de 2,0 % par an.
Le passage à l’euro, le 1er janvier 2002, n’a cependant pas provoqué une accélération de l’inflation. Les prix à La Réunion ont même progressé moins vite depuis : + 1,8 % par an entre 2001 et 2013 contre + 2,2 % entre 1990 et 2001.

Une inflation accélérée pour les produits alimentaires


Depuis 2001, les prix des produits alimentaires augmentent cependant plus vite que l’indice général des prix à La Réunion. En particulier, certains produits alimentaires de base ont subi une inflation encore plus forte : le riz de luxe, l’huile de tournesol. Entre 2001 et 2013, ces produits ont augmenté de 60 % ou plus.
Mais ce renchérissement des prix de l’alimentation n’est pas spécifique à La Réunion et s’inscrit dans un contexte de hausse des cours des matières premières.
(...)

Malgré la hausse des prix, le pouvoir d’achat a progressé depuis 2001


Sur l’ensemble de la population, le revenu disponible moyen par habitant à La Réunion a augmenté de 64 % entre 2001 et 2013 en raison de la croissance des revenus salariaux et des transferts sociaux. Dans le même temps, les prix ont crû de 24 %. Au total, le pouvoir d’achat moyen des Réunionnais a donc progressé de 32 % depuis 2001.
Après les fortes revalorisations de 2001 et 2002, le RSA progresse à un rythme proche de l’inflation. Ainsi, depuis 2002, il a augmenté de 19 %, soit une légère perte de pouvoir d’achat, les prix ayant progressé de 20 %.
Certains produits alimentaires « de base » ont connu des progressions encore plus fortes (riz, l’huile, pain) et pèsent plus lourds dans le budget des bénéficiaires de minima sociaux. Cela peut renforcer le sentiment de perte de pouvoir d’achat. » 


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