Economie

Jean-Yves Minatchy demande des mesures spécifiques à La Réunion

Élevage

Témoignages.re / 7 septembre 2010

Le 14 septembre prochain, le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, devrait annoncer des propositions en faveur des éleveurs français. Jean-Yves Minatchy, président de la Chambre d’agriculture de La Réunion, se félicite de cette initiative, mais demande que ces mesures prennent en considération les spécificités de l’Outre-mer et particulièrement de notre île.

Les agriculteurs ultra-marins et notamment ceux de La Réunion sont confrontés aux mêmes contraintes que leurs collègues de métropole : les marges ne cessent de baisser et les produits importés prennent une place de plus en plus importante dans les rayons des grandes surfaces. « D’autre part, notre île connaît des contraintes spécifiques telles que le coût des matières premières, la petitesse des exploitations, les contraintes administratives, etc », souligne Jean-Yves Minatchy.
Outre l’application des mesures qui seront annoncées par le ministre la semaine prochaine, le président de la Chambre d’agriculture a demandé dans un courrier la prise en compte des difficultés spécifiques aux éleveurs réunionnais.

Chaque année, près de 25.000 tonnes d’aliments concentrés sont importées pour nourrir 32.000 bovins et 25.000 caprins et ovins. Les surfaces de production de fourrage étant limitées, l’agriculteur est obligé de recourir aux aliments et de supporter les coûts de transport, de fret. Un éleveur réunionnais paye aujourd’hui « 322 euros/tonne d’aliments, contre 224 euros en métropole ». Malgré une aide européenne de 25 euros/tonne apportée au titre du régime spécifique d’approvisionnement, le compte n’y est pas. « Afin de respecter le principe d’égalité de traitement entre les éleveurs français, nous demandons une aide supplémentaire de 96 euros/tonne d’aliments pour la gamme des ruminants ».

La Chambre d’agriculture de La Réunion demande également une aide de 50%, soit 1.200 euros, pour l’acquisition des génisses laitières afin de renouveler le cheptel local. « En 2002, nous avions 120 producteurs de lait, aujourd’hui nous sommes à 85. Si cela continue, dans 25 ans, il ne restera que 25 exploitations », s’inquiète Jean-Yves Minatchy. Les producteurs les plus fragiles ne résistent pas. Aujourd’hui, les producteurs payent leurs vaches sur 5 ans alors qu’elles ne produisent que pendant 3 ans. Cette situation conduit à des situations d’endettement et à la mise en péril des exploitations.

De plus, les producteurs locaux sont soumis à la concurrence des produits importés du Botswana, du Brésil, de l’Argentine, etc, avec des prix défiants toute concurrence. « Si nous voulons des produits locaux moins chers, il faut appliquer un certain nombre de mesures. Le président a dit que la production endogène était une des priorités, il a donc l’occasion de le démontrer aux Régions ultra-périphériques ». Selon les agriculteurs, il est important de conforter leur filière qui résiste, tant bien que mal, à la crise. « A La Réunion, la production locale en viande de porc et volaille représente 50% de la consommation, et 45% pour la viande de bœuf ». Ce secteur compte près de 1.000 éleveurs pour 6.000 emplois directs ou indirects. « Selon une étude de l’INSEE, c’est le secteur qui résiste le mieux à la crise ».
La consolidation de la filière passera également par la suppression de la TVA et l’octroi de mer sur les produits vétérinaires. « A La Réunion, un flacon très utilisé d’antiparasite de 250 ml coûte 95 euros contre 70 euros en métropole et 65 euros en Afrique du Sud. Comment expliquer un tel écart de prix ? ».

Enfin, la Chambre d’agriculture demande une simplification des démarches administratives pour inciter les jeunes à reprendre les exploitations et pourquoi pas s’installer. « Ici, c’est un vrai parcours du combattant. En moyenne, il faut 24 mois, contre 7 mois en métropole, pour installer ou reprendre une exploitation ». La lourdeur administrative freine la venue de la jeune génération dans le secteur de l’élevage. Or, les exploitations agricoles réunionnaises vivront tant qu’il y aura des jeunes pour prendre les places des plus âgés.

 SP 


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