Economie

Jusqu’à 30% de pertes pour des producteurs de bananes aux Antilles

Inquiétude générale après les accords commerciaux entre l’Europe et l’Amérique latine

Témoignages.re / 25 octobre 2010

Aux Antilles, les producteurs d’une denrée tout aussi stratégique que le sucre sont de nouveau dans le collimateur. "Domhebdo.com" révèle l’inquiétude de toute une filière face aux conséquences des nouveaux accords entre l’Europe et des producteurs concurrents des Antillais. Tout comme le sucre produit à La Réunion, la banane des Antilles est consommée à 100% dans l’Union européenne. Et depuis la mise en application de ces nouveaux accords, une baisse des recettes comprise entre 25 et 30% est constatée. Nous reproduisons ci-après cet article.

« Conséquence directe des accords commerciaux passés entre l’Europe et la zone de la banane dollar qui se sont traduits par une forte diminution du droit de douane, la banane antillaise se trouve aujourd’hui en grande difficulté impactée par la désorganisation du marché européen.

Les producteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique ne savent plus à quel saint se vouer et se demandent si la banane durable a encore un avenir. Seule production française de bananes et principale culture européenne tropicale avec le sucre de l’île de La Réunion, la banane de Guadeloupe et de Martinique est assujettie aux réglementations françaises et européennes en matière de droit et de sécurité du travail, de sécurité alimentaire et de protection de l’environnement les plus contraignantes aujourd’hui au monde. De plus, engagés depuis trois ans dans le Plan Banane Durable, les planteurs de Guadeloupe et de Martinique se sont imposé des contraintes supplémentaires sur le plan éthique, social et environnemental dans la production de la banane durable. Certes, les surcoûts liés à ce statut de production tropicale européenne sont compensés par un soutien financier de l’Europe afin de permettre de réduire les écarts de compétitivité par rapport aux productions de la zone dollar, dont la compétitivité est largement basée sur des faibles coûts sociaux (politique de bas salaires notamment), mais la concurrence déloyale des pays d’Amérique latine ajoutée à la désorganisation du marché européen impactée par la forte diminution du droit de douane appliquée depuis le 15 décembre 2009, conduisent à mettre en difficulté la situation financière des planteurs antillais.

Moteur de l’économie antillaise

Or, 100% de la production antillaise est commercialisée au sein de l’UE, dont 75% dans l’Hexagone. C’est dire que la production antillaise dépend du marché européen. Ainsi, les recettes commerciales accusent au cours de deux premières semaines d’octobre un recul de 25 à 30%, par rapport à la même période l’an dernier. Pourtant, le programme établi entre les producteurs et les pouvoirs publics, dans le cadre du Plan Banane Durable, visait à garantir aux planteurs une revalorisation de leur production. Les 700 planteurs antillais qui produisent 270.000 tonnes de bananes sur une superficie de 13 ha en moyenne et emploient directement 6.000 salariés, sans compter les nombreux emplois induits, faisant d’eux le principal employeur dans certaines communes rurales, sont sérieusement inquiets en se demandant à quelle sauce ils vont être mangés et s’interrogent surtout sur la viabilité de la banane durable. Cependant, même si certaines interrogations se font jour face à cette situation préoccupante, les producteurs de banane antillaise entendent se battre pour sauver leur production. Ils n’en sont pas à leur premier coup dur. D’ores et déjà, ils en appellent à la responsabilité de tous les maillons de la filière afin que le prix d’achat de la banane au consommateur soit compatible avec la juste rémunération de leur production. Ensuite, ils comptent alerter leurs représentants afin de faire remonter leurs inquiétudes au plus haut niveau de l’État. Bref, ils ne sont pas prêts de baisser les bras et laisser péricliter leur filière sans réagir. Plus que jamais, le slogan "la Banane de Guadeloupe et de Martinique, rien ne peut l’abattre" reste d’actualité ».


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