Economie

L’alternative au système dollar rassemble les pays émergents

Trois ans après la faillite de Lehman-Brothers : l’Occident dépassé par les évènements

Céline Tabou / 31 décembre 2011

Depuis le début de la crise économique et financière de 2008, la valeur du dollar et son rôle dans l’économie mondiale a été remis en cause, lorsque les dettes des banques en Europe sont devenues dettes souveraines la question de la légitimité de l’euro s’est également posée. Soucieux pour les uns de relancer leur économie et créer de l’emploi et pour les autres de réduire les déficits publics, les pays émergents ont décidé de s’associer pour éviter de laisser couler avec le navire. Trois ans après la faillite de Lehman Brothers, deux modèles s’affrontent, l’Occident perdant la main sur l’économie mondiale et l’Orient cherchant des alternatives aux dollars et aux risques économiques et financiers qui s’y attachent.

Lehman-Brothers aura été le point de départ d’un système en perdition qui appauvrit et déshumanise. 2008, les experts financiers affirmaient quelques semaines avant la faillite annoncée de Lehman-Brothers en 2009 que la situation économique des banques avec les emprunts toxiques et les risques croissants allaient conduire à la crise actuelle.

Des sommets inutiles

Depuis 2008, la crise a conduit les dirigeants du monde à se rassembler afin de trouver des solutions à la gouvernance économique mondiale. Des sommets G20, G8 et même Européen n’auront pas remis en cause le système bancaire et financier, né d’un capitalisme sans complexe. Les pays touchés par la crise s’étaient alors rencontrés — hors des sommets internationaux — pour imaginer une sortie de crise, rapide et efficace, qui ne change pas le dictat des marchés.
Les économistes parlaient alors d’une crise conjoncturelle qui n’aurait pas d’effet sur le long terme, Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs à cet effet appelé à une réforme rapide du système financier et bancaire international afin de sanctionner les organismes ayant conduit à la crise. Unique responsable de cette crise, l’hégémonie financière des États-Unis était alors remise en cause et critiquée, accusée de manipuler sa monnaie et de gouverner l’économie mondiale à son profit. Bon nombre de dirigeants européens souhaitaient reconsidérer le rôle et le poids du dollar dans les échanges commerciaux internationaux.
Le sommet 2009 de Londres était guidé par la nécessité de modifier et épurer le système bancaire afin modifier le libre-échange mondial. Cependant, ce sommet de crise n’a donné aucun résultat, si ce n’est un fonds destiné à renflouer les banques et rassurer les marchés.

Le dollar, responsable de la déroute économique ?

En 2010, Barack Obama autorise la fabrication de dollar et le rachat de Bons du Trésor par la FED, Banque Nationale américaine. La guerre monétaire débute avec d’un côté la politique du dollar, responsable de la crise et les pays émergents qui préfèrent s’allier pour éviter d’être entraîné par le mouvement. Les sommets du G20 disent non à la guerre monétaire, mettre fin aux grands déséquilibres et veulent une gouvernance mondiale de la finance. Mais les grandes promesses restent ce qu’elles sont des promesses. Aucune mesure, ni action n’a été prise pour endiguer au plus vite la crise. Les Américains ont créé de l’argent puis inondé le marché avec leur liquidité, aggravant la crise.
Face à la politique monétaire américaine, le dollar est remis en cause ouvertement par la Chine et certains de ses alliés africains, la Russie puis aujourd’hui par le Japon. Le dollar n’étant pas une monnaie comme les autres, mais la monnaie du monde entier, la question s’est posée d’échanger avec une autre monnaie plus forte et stable. L’internationalisation de la monnaie chinoise, le Renminbi entre en jeu et commence à déstabiliser l’oligarchie américaine.
Voyant son influence revue par des spécialistes asiatiques puis européens, les Américains ont tenté la voie diplomatique, en appelant à la réévaluation du yuan et la fin de l’interventionnisme japonais sur le yen, qui reste avec l’euro, une des trois monnaies les plus fortes au monde. Alors que l’Asie cherche une alternative aux failles de l’économie mondiale, les Européens ont été pris par le jeu américain et se sont retrouvés avec des dettes souveraines dues aux erreurs et risques pris par les banques.

L’Europe spectatrice de sa perte

Les dettes des banques, suite à l’effondrement de Lehman Brothers et aux fluctuations du marché, ont obligé les États à les renflouer afin d’éviter la faillite et la contagion à toute la zone euro. Pour pouvoir rembourser les banques, les gouvernements ont mis en place des plans de rigueur, de plus en plus drastiques selon la volonté des marchés et agences de notations, sans prendre en compte la croissance et l’emploi. Le dernier sommet de Cannes en novembre 2011 était destiné à sortir l’Europe de la crise, pendant que les États-Unis voyaient leur croissance stagner et leur chômage diminuer.
Ce sommet était destiné à relancer la croissance, réformer le système monétaire international, lutter contre la volatilité des denrées agricoles, réguler les marchés financiers, financer l’aide au développement et réformer la gouvernance mondiale, mais la présidence française aura failli et aboutit à une overdose médiatique de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel tentant en vain de sauver l’euro. Le président du G20/G8, Nicolas Sarkozy n’aura pas réglé le problème du dollar ou de la création d’un panier de monnaie pouvant contrecarrer le leadership du billet vert. Il aura offert à Barack Obama l’occasion de réprimander les Européens pour leur manque d’efficacité pour sortir l’Europe de la crise et donner des leçons d’économie en appelant à relancer la croissance et créer de l’emploi.

Deux méthodes en confrontation

Pendant que les Américains conservent leur domination sur l’économie mondiale et que les Européens cherchent tous les moyens pour réduire leur déficit, les pays émergents — Chine-Inde-Japon-Russie-Afrique — consolident leurs relations commerciales et confirment leur soutien envers le Yuan, la monnaie chinoise.
L’Occident voit la situation lui échapper, car le gouvernement japonais a annoncé qu’ils allaient accentuer les échanges en yuan. La seconde et la troisième puissance économique mondiale ont décidé d’utiliser leur devise respective dans leurs échanges. Créant la panique chez les Américains qui ont appelé les deux pays à cesser d’intervenir sur leur monnaie et les Européens qui souhaitent une « Europe plus unie ».
Deux modèles s’affrontent, l’Occident perdant la main sur l’économie mondiale et l’Orient cherchant des alternatives aux dollars et aux risques économiques et financiers qui s’y attachent. La communication du couple Sarkozy-Merkel et les promesses du G20 et des Sommets de l’UE n’auront pas empêché les autres puissances économiques et pays émergents à mettre en place un système économique et financier confiant et solide. Face à cette situation, la gouvernance mondiale reste encore à définir et le rôle des institutions internationales comme le FMI, l’ONU ou l’OMC, pourrait être réaffirmé pour que l’économie mondiale ne soit plus soumise aux variations d’une monnaie nationale.

Céline Tabou

Sommet G20 à Londres : réunion entre amis

Le Groupe des 20 pays les plus puissants au monde s’est réuni à Londres, le 2 avril 2009, afin de renforcer la coordination principalement dans quatre domaines : plans de relance économique, assainissement du système bancaire, dispositifs et règles de surveillance du secteur financier et aide aux pays émergents les plus touchés par la crise. À défaut de réformer le système et de sanctionner les fauteurs de trouble dans la crise économique et financière internationale, les états ont promis une enveloppe de 1.100 milliards de dollars pour relancer l’économie mondiale, d’appeler conjointement à la lutte contre le protectionnisme et à la mise en place d’actions concrètes pour renforcer la réglementation bancaire.

Concernant le renforcement de la surveillance financière et de la réglementation, les dirigeants devaient prendre des mesures pour construire un système de supervision et de régulation plus fort et plus cohérent à l’échelle mondiale afin de rétablir la confiance dans le système financier. Cependant, deux ans plus tard, la situation reste la même, les États tentent de réduire leurs déficits à travers des mesures d’austérité ou dérogation administrative en matière de budget, mais globalement aucun État atteint par la crise n’aura pris la mesure de réformer le système bancaire et financier qui aujourd’hui les oblige à tailler dans les dépenses publiques.


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