Economie

L’arrêt des grands chantiers entraîne une crise générale de trésorerie

Le coup fatal porté à des entreprises structurellement fragiles

Manuel Marchal / 19 juillet 2013

8.000 entreprises doivent 1,2 milliard d’euros. Aux origines de la crise, un problème structurel : des fonds propres insuffisants pour faire face à l’évolution de l’économie. Alors quand des élus décident de démolir des projets, des milliers d’emplois sont aussitôt menacés, et les dettes s’accumulent.

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Ce graphique montre les principaux créanciers des entreprises en crise. 86% des sommes dues sont des dettes sociales.

Pendant plusieurs années, La Réunion a connu une période de croissance. C’était quand la Région était dirigée par l’Alliance. Cette époque était marquée par la succession de grands chantiers. Cette hausse de l’activité a amené la création de milliers d’emplois dans le BTP, ainsi que celle de milliers d’entreprises, sans compter les retombées sur les services. Elle a permis de compenser les premiers arrêts de projets décidés par Didier Robert au Tampon en 2007, puis par les nouvelles directions communales à Saint-Denis et à Saint-Paul l’année suivante.

Mais en mars 2010, les socialistes font un choix : ils décident de faire élire Didier Robert à la présidence de la Région. À partir de ce moment, il n’existe plus aucun rempart face au repli de l’activité économique, car la démolition des projets s’accélère. 30 mois après cette décision, les difficultés des entreprises font une telle irruption sur la place publique que l’État est obligé d’intervenir encore plus fortement.

La corde casse

Le 15 octobre dernier, il a décidé de s’impliquer plus précisément dans le problème des dettes sociales et fiscales des entreprises réunionnaises. Lors d’une réunion avec des acteurs économiques à la Préfecture, il a été constaté «  une franche dégradation du taux d’entreprises à jour de leurs cotisations entre les années 2011 et 2012 » . La corde a fini par céder brutalement. C’est à ce moment qu’il a été décidé de créer une cellule de suivi pour faire face à l’urgence.

Le 22 janvier, un communiqué de la Préfecture fait le point suite à une réunion de ce comité de suivi. Fin 2012, 8.000 entreprises ont accumulé pour 1,2 milliard de dettes sociales et fiscales. Trois mois après sa création, la cellule de suivi «  s’est réunie 6 fois sous l’autorité du Commissaire au développement productif et a traité 14 dossiers d’entreprises. Ce nombre de dossiers est pour l’instant encore modeste, mais il semblait cependant nécessaire pour l’État d’avoir à ce stade une première évaluation pour en extraire des propositions concrètes » .

Cas par cas

Concernant la revendication d’un apurement ou d’une restructuration de la dette, la position de l’État était très claire au début de l’année : « il semble impossible d’imaginer à ce stade que la délivrance de plans de restructuration, d’étalement ou même d’effacement de la dette soit un moyen durable de financement ». Une concession malgré tout : « réfléchir à des modalités de règlement qui permettraient de débloquer bon nombre de cas, facilitant la délivrance de l’attestation de régularité, sésame pour les marchés publics. Des solutions telles que la cession de créances, la subrogation seront étudiées » .

La Préfecture constatait que « tous les participants ont prôné la sacralisation de la part ouvrière dans la dette sociale ».

Le 16 mai suivant, l’État présentait à la presse un plan d’actions « permettant de lutter contre le développement des dettes fiscales et sociales » . C’était l’occasion de rappeler que « l es taxes collectées par l’entreprise ainsi que les éléments de salaire ne peuvent servir d’outil de financement de la trésorerie des entreprises » , et que « le règlement de ces montants est un préalable au traitement du problème de la dette » .

Contribution au déficit de la Sécu

La structure globale de la dette faisait apparaître que les sommes dues à l’administration fiscale ne représentaient que 14% du total. Les plus importants créanciers sont le RSI (Sécurité sociale des artisans et travailleurs indépendants) pour 42%, la CGSS (Sécurité sociale des travailleurs) et la CRR (mutuelle de protection sociale complémentaire). Autrement dit, 8.000 entreprises réunionnaises contribuent pour plusieurs centaines de millions d’euros au déficit de la Sécurité sociale.

La conférence de presse du 16 mai a permis à l’État de présenter son analyse de l’origine de la dette. Elle tient en trois points : insuffisance des fonds propres et donc affaiblissement du fonds de roulement ; augmentation du besoin en fonds de roulement ; constitution du passif fiscal et social ; d’où une crise de trésorerie.

Dans cette dette, les parts ouvrières et fiscales représentent 386 millions d’euros, ce sont elles qui doivent être prioritaires dans le règlement, car c’est de l’argent que le patron ne fait que collecter pour le transmettre à d’autres organismes, indiquait la Préfecture.

Mais dans l’absence de perspectives de relance, la situation ne va pas s’arranger. Voilà où les démolisseurs de projets ont amené La Réunion. Déjà 10.000 travailleurs licenciés dans le BTP, et le fond n’est pas encore atteint, car 8.000 entreprises ont une dette de 1,2 milliard d’euros à payer. 1.200 millions d’euros, c’est plus que le coût de la route des Tamarins.

M.M.


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