Economie

L’automobile européenne sera-t-elle saignée comme la sidérurgie française ?

L’Europe en pleine crise

Témoignages.re / 17 juillet 2012

Les 8.000 suppressions d’emplois annoncées par PSA en France ne sont que le début d’une restructuration totale de l’industrie automobile européenne. Le coup sera encore plus rude que celui porté à la sidérurgie française au début des années 80. Rappelons qu’aujourd’hui, le dernier haut-fourneau implanté en France appartient à un groupe indien, et ce groupe a décidé de suspendre l’activité de ce haut fourneau. Voici un éclairage apporté dans son édition d’hier par le journal "l’Humanité".

Dans un document remis à la Commission européenne début juin, l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), dont PSA et Renault font partie, envisage de nombreuses fermetures d’usines en Europe pour remédier aux problèmes de surcapacité de production.
Au vu de ce document, le plan de réorganisation annoncé ce jeudi par PSA-Peugeot-Citroën n’est donc que la première annonce d’une longue série de mauvaises nouvelles pour l’emploi en Europe. Patron de Fiat et président de l’ACEA, Sergio Marchionne n’en fait plus mystère. Dans un entretien donné au journal belge “Le Soir” dès le 24 mars dernier, il expliquait déjà : « En Europe, le ralentissement du marché est terrible. Et il ne faut pas s’attendre à un redémarrage avant 2014. Or, le secteur est en surcapacité. Personne ne gagne de l’argent en Europe. Car nous ne vendons pas toutes les voitures que nous pourrions produire ».
La solution, selon lui, est de « réduire de 20% les capacités de production » du secteur européen, soit fermer des usines et envoyer les ouvriers au chômage. Il faut aussi « flexibiliser les marchés du travail pour permettre d’augmenter la productivité ». Sergio Marchionne résume : « Il faut lancer rapidement ce processus d’ajustement. Et puis repartir de zéro sur une base saine ». Ce sera « pénible ».

Restructuration sans limites

Le document de l’ACEA ne chiffre pas la surcapacité de productions des constructeurs européens sur le Vieux continent. En revanche, il préconise les mêmes remèdes de cheval qui conduisent à une saignée de l’emploi. « L’anticipation des changements et des restructurations est vitale. (…) Lorsqu’elle est nécessaire, la restructuration ne doit pas être limitée, mais elle doit suivre les bonnes pratiques sociales reconnues pour minimiser les impacts sociaux ». Tout ceci doit se faire le plus en amont possible, en coopération avec les représentants des salariés, en « expliquant et justifiant ces opérations de restructurations par les contraintes à court terme et les objectifs suivis à long terme », en mettant aussi en place des mesures pour que les employés virés puissent retrouver du travail le plus vite possible. Bref, tout ce qu’a annoncé et promis PSA depuis jeudi.

Le même coup que la sidérurgie dans les années 1980

S’appuyant sur cette étude qui préconise aussi un assouplissement des règles en matière de pollution ainsi qu’une ouverture plus grande des marchés d’exportation, l’ACEA a tenté de soutirer des aides européennes pour financer ces restructurations, à l’image de ce que l’Europe avait fait pour la « reconversion » de l’industrie sidérurgique dans les années 1980. Pour le moment, le commissaire européen en charge de l’Industrie, Antonio Tajani, n’est pas tombé dans le panneau. Fin juin, il a proposé d’augmenter de 500 millions l’enveloppe des fonds européens pour soutenir la recherche et le développement, qui passera de 1 à 1,5 milliard d’euros pour la période 2014-2020. « Il faut anticiper ce qui se passera en 2050, avec près de 2,5 milliards de voitures dans le monde. Nous devons commencer à développer des voitures électriques, à l’hydrogène ou hybrides », a-t-il précisé.


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