Economie

L’Europe sur la défensive

Une décision révélatrice d’un sentiment par rapport à la mondialisation

Céline Tabou / 30 juillet 2012

Les mauvaises perspectives économiques de l’Union européenne et les difficultés rencontrées par certaines entreprises ont conduit la Commission européenne à renforcer sa stratégie de défense contre la mondialisation. Cette dernière a proposé 2,7 millions d’euros à l’Irlande au titre du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) pour faciliter le retour à l’emploi des victimes de l’ouverture des marchés.

A l’heure où les économies du Vieux continent sont à la baisse ou stagnent, l’Union européenne tente de colmater les brèches de la crise de la dette souveraine en aidant sous conditions les États au bord de la faillite, comme la Grèce, l’Espagne ou encore l’Irlande. Après les spéculations sur une possible sortie de la zone euro de la Grèce et de l’Espagne, la Commission européenne tache d’anticiper toute contagion en fournissant des aides destinées à renflouer les caisses des États, mais surtout pour éviter de nouvelles tensions sur les marchés.

Membre-fondateur de l’OMC

Les pays de l’Union européenne ont participé et poussé la création de l’Organisation mondiale du commerce en 1994. L’OMC succéda au « General Agreement on Tariffs and Trade » (GATT), créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’objectif de la création de l’OMC, c’était de libéraliser les échanges et de faciliter le commerce entre les pays membres. Les Occidentaux pensaient alors sortir vainqueurs de cette compétition, 20 ans plus tard, ce n’est pas le cas.

Cependant, aujourd’hui, la situation économique et financière internationale a conduit certains dirigeants à mettre en place une forme de protectionnisme destinée à limiter les conséquences de la crise, telles que la baisse des exportations ou les délocalisations vers des pays moins coûteux en main d’œuvre, comme l’Asie ou l’Afrique. L’autre volet de cette stratégie, c’est de limiter la casse.

Créé en 2006, le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation soutient « les travailleurs licenciés, principalement dans les régions et secteurs défavorisés par l’ouverture à l’économie mondialisée ». Constitué d’une dotation annuelle de près de 500 millions d’euros destinée à la réinsertion professionnelle des travailleurs, le FEM sert de pare-feu aux délocalisations et aux effets de la libre circulation des échanges.

D’après le communiqué de presse publié en encadré, depuis en 2007, le FEM est intervenu pour un montant total de près de 438,4 millions d’euros en faveur de 91.000 travailleurs. Mis en place deux avant la crise économique et financière, cet instrument de la Commission européenne a tenté de minimiser l’impact des délocalisations vers les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil. En effet, les coûts semblaient à cette époque plus avantageux et permettaient aux grandes sociétés européennes de faire des dividendes plus importants à moindres frais.

Déferlante de licenciements

« L’externalisation des processus métier » a conduit à une concurrence importante dans plusieurs secteurs d’activité, comme les télécoms. En effet, les sociétés européennes parviennent à délocaliser leurs entreprises vers des pays maitrisant l’anglais et ayant le savoir-faire nécessaire, évitant ainsi de payer les travailleurs selon le droit européen. Toutefois, ces délocalisations massives ont entrainé de nombreux licenciements, notamment en Irlande.

Le groupe britannique « Talk Talk », spécialisé dans les services d’appel, a décidé de fermer son unité de Waterford, en Irlande, après avoir noué une alliance avec trois prestataires installés en Inde, aux Philippines et en Afrique du Sud. Cette décision a entrainé le licenciement de 592 salariés. Dans un tel contexte et suite à la demande faite par l’Irlande, la Commission européenne a proposé vendredi 27 juillet d’accorder 2,7 millions d’euros au pays, afin de l’aider à la reconversion des salariés. A contrario des fondements mêmes de l’OMC, l’Union européenne fait marche arrière en minimisant financièrement les effets de la mondialisation sur les économies de ses pays membres.

Céline Tabou

Communiqué de la Commission

Un Fonds d’ajustement à la mondialisation pour les travailleurs licenciés par Talk Talk en Irlande

Le 27 juillet dernier, la Commission européenne a annoncé une aide de 2,7 millions d’euros pour atténuer les effets d’un plan de licenciement de 592 personnes.

La Commission européenne a proposé aujourd’hui d’accorder 2,7 millions d’euros à l’Irlande au titre du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) pour faciliter le retour à l’emploi de 592 travailleurs licenciés par l’entreprise Talk Talk Broadband Services et trois de ses fournisseurs. La proposition est maintenant transmise pour approbation au Parlement européen et au Conseil des ministres.

Le commissaire européen à l’Emploi, aux Affaires sociales et à l’Inclusion, M. László Andor, a déclaré : « Cette proposition d’aide du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation devrait aider les anciens salariés de Talk Talk à mettre à niveau leurs compétences et, par là même, à retrouver un emploi ».

La demande de l’Irlande concerne 592 licenciements intervenus chez Talk Talk Broadband Services et trois de ses fournisseurs à la suite de la fermeture complète de la filiale de l’entreprise à Waterford. Parmi les travailleurs licenciés, 432 sont visés par les mesures d’aide du FEM. L’ensemble de mesures proposé a pour objectif de les aider en leur proposant des services d’orientation et de planification des carrières, différents types de programmes de formation, des formations de niveau supérieur, des bourses de formation, des aides à la création d’entreprises en société ou en indépendant, ainsi que des allocations pour la formation, l’éducation et la création d’entreprises.

Le coût total du dispositif est estimé à environ 5,4 millions d’euros, dont 2,7 millions d’euros seraient pris en charge par le FEM.

Contexte

L’amélioration des infrastructures technologiques à l’échelle mondiale permet de fournir des services à distance aux consommateurs. Les entreprises externalisent aujourd’hui une vaste gamme de fonctions dont la complexité va grandissant. Les pays à bas coûts situés hors de l’Union européenne, dont la main-d’œuvre maîtrise l’anglais et les nouvelles technologies, gagnent régulièrement de nouvelles parts de marché dans le secteur dit de « l’externalisation des processus métier ».

Les licenciements survenus à Waterford sont un effet direct de la décision adoptée par le groupe Talk Talk de concentrer ses activités sur le territoire britannique, d’une part, et sur trois sous-traitants sélectionnés par ses soins, d’autre part. En 2011, le groupe a noué une alliance stratégique avec trois grands prestataires basés hors de l’Union européenne, ce qui a conduit au transfert d’une part substantielle de son activité. Il s’agissait de Wipro en Inde, de Transcom aux Philippines et de CCI en Afrique du Sud. En conséquence, le groupe estime que 80% du volume d’activité de Talk Talk est désormais traité en dehors de l’Europe. Il s’est tourné vers un modèle de services d’appel externalisés pour l’essentiel, conservant certaines activités spécialisées uniquement au Royaume-Uni. C’est ce qui a conduit à la fermeture de l’ensemble de la filiale de Waterford.

Waterford se trouve dans la région Sud-Est de l’Irlande. Par comparaison avec d’autres régions, le secteur industriel du Sud-Est n’a pas su constituer des pôles d’excellence spécialisés susceptibles d’attirer des investissements. Les multinationales y sont proportionnellement moins présentes que dans d’autres parties du pays. Le comté et plus particulièrement la ville de Waterford ont été touchés par plusieurs vagues de réductions d’effectifs au cours des dernières années. Les licenciements (plus de 650) intervenus à l’usine Waterford Crystal de Kilbarry et dans les entreprises connexes ont fait l’objet d’une précédente demande d’intervention du FEM (EGF/2009/012 IE/Waterford Crystal, cf IP/10/541).

Depuis ses débuts en 2007, le FEM a fait l’objet de 102 demandes d’intervention. Il est intervenu pour un montant total de quelque 438,4 millions d’euros en faveur de 91.000 travailleurs. Les demandes concernent un nombre croissant de secteurs et d’États membres.

L’ouverture des échanges commerciaux avec le reste du monde a, globalement, des répercussions positives sur la croissance et sur l’emploi, mais elle peut aussi provoquer des disparitions d’emplois, en particulier dans des secteurs vulnérables et au détriment de travailleurs peu qualifiés. C’est la raison pour laquelle le président de la Commission, M. Barroso, a proposé la création d’un fonds destiné à aider ceux qui devaient s’adapter aux conséquences de la mondialisation. Le FEM a été mis en place à la fin de l’année 2006 pour marquer la solidarité de tous ceux qui bénéficiaient de l’ouverture des marchés à l’égard de la minorité de travailleurs brutalement exposés à la perte de leur emploi. En juin 2009, le règlement régissant le FEM a été révisé afin de renforcer le rôle du Fonds en tant qu’instrument d’intervention rapide dans l’arsenal déployé par l’Europe pour répondre à la crise économique et financière. La nouvelle version de ce règlement, entrée en vigueur le 2 juillet 2009, s’applique à toutes les demandes reçues entre le 1er mai 2009 et le 31 décembre 2011. Faute d’accord au niveau du Conseil, le recours au FEM comme instrument de réponse à la crise n’a pas pu être prolongé au-delà de 2011.

Compte tenu des résultats produits par le FEM depuis 2007 et de sa valeur ajoutée pour les travailleurs bénéficiaires et les régions touchées, la Commission a proposé de maintenir le Fonds dans le prochain cadre financier pluriannuel 2014-2020, tout en en améliorant le fonctionnement.


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