Economie

L’exemple islandais

Le peuple ne paiera pas les errements des banques

Céline Tabou / 8 décembre 2010

À l’heure où l’Irlande vote son plan d’austérité, l’Islande reste le seul pays au monde à avoir décidé de ne pas renflouer les banques, instigateurs de la chute de l’économie du pays, mais aussi des économies mondiales.

En Islande, la population refuse de payer à la place des banques. Et contrairement à la France, elle est écoutée. En effet, c’est par référendum que le peuple islandais a refusé d’endosser les pertes subies par des épargnants britanniques et néerlandais après la faillite de la banque Icesave.

Retour sur les faits

Icesave était un service bancaire en ligne, exploité au Royaume-Uni et aux Pays-Bas en tant que succursale de Landsbanki, une banque islandaise privée. Il s’agissait d’une caisse d’épargne qui proposait des taux d’intérêt élevés aux déposants, et était régie par les réglementations financières de l’UE et de l’EEE. Comme il faisait partie d’une branche de la banque islandaise, Landsbankinn, le service Icesave était soumis à la surveillance de l’Autorité de surveillance financière islandaise (FME), a expliqué le communiqué de presse du Ministère des Affaires étrangères d’Islande.
En octobre 2008, près de 85% du secteur bancaire du pays s’effondre avec les trois principales banques du pays. La banque Landsbanki ayant été mise sous séquestre, les déposants d’Icesave n’ont pu accéder à leurs comptes. Face à la crise financière, les autorités du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont annoncé que les dépôts bancaires étaient garantis. Chaque pays a alors dédommagé les déposants en totalité pour le Royaume-Uni, et à hauteur de 100.000 euros pour les Pays-Bas.
Après concertation, et implication de l’Union européenne dans le dossier, une partie de la dette due à la chute des garanties des dépôts sera couverte par les avoirs de la banque Landsbanki. Cependant, le gouvernement a, pendant l’été 2009, présenté au parlement islandais un projet de loi pour donner une base légale à la garantie étatique.

Le peuple entendu

Après un des débats parlementaires houleux, le parlement islandais a adopté la loi Icesave en août 2009 comportant certains préalables dans le souci d’assurer les termes de la dette de l’Islande et permettre au pays de reconstruire son économie et son secteur financier. Cependant, le 5 janvier 2010, le président de la République islandaise décide de ne pas ratifier la nouvelle loi, qui vise à échelonner la dette de l’Islande. Le référendum apparait pour le président, Olaf Ragnar Grimsson, être la seule solution pour mettre en place cette politique.
C’est un non sans appel, qui met fin à la pression internationale. Les Islandais ne veulent pas payer la facture laissée par la banque Icesave. Ils ont rejeté, à plus de 93%, le plan de remboursement à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas de quelque 3,8 milliards d’euros, perdus dans la faillite d’Icesave, en octobre 2008.
« L’opinion publique a compris que nous devons être traités comme une nation souveraine et non pas nous laisser intimider par les Britanniques ou les Néerlandais ! », a expliqué Magnus Arni Skulason, cofondateur du mouvement InDefence, opposé à l’accord Icesave, au Figaro de mars 2010. Pour InDefence, « il était profondément injuste de faire peser une facture aussi lourde - environ 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans - sur les épaules d’un pays ruiné ».

Un exemple à suivre pour l’Union européenne

Les autorités islandaises ont décidé de laisser les banques faire faillite, parce que « c’étaient des banques privées et on n’y a pas injecté d’argent pour les maintenir. L’État n’a pas porté la responsabilité de la faillite des banques privées », a expliqué le chef d’État, Olaf Ragnar Grimsson.
Pour préserver l’intérêt général, et mettre en place un système bancaire au service de l’économie nationale, le président islandais a mis un point d’honneur à ce que les « gens ordinaires — les agriculteurs et les pêcheurs, les enseignants, les docteurs et les infirmières » n’assument pas la faillite des banques privées. Cette décision a mis en avant un système bancaire faillible.
En effet, le président a indiqué que l’argent des contribuables ne sera pas utilisé pour renflouer les banques, qui sont à l’origine de la crise économique du pays. Pointant du doigt un système en bout de parcours, le président islandais pose la question de la place des banques au sein de l’économie nationale, et surtout comment celles-ci spéculent avec l’argent des contribuables. À l’heure où l’Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, l’Allemagne et la France mettent en place des plans d’austérité pour sauver leurs économies, suite aux erreurs des banques, l’Islande reste l’un des rares pays à avoir décidé de nationaliser les banques.

Céline Tabou


La sociale démocratie actrice du sauvetage des banques

Le monde a vu des sociaux-démocrates adopter la même politique ultra-libérale de la droite, pour sauver les banques et faire porter la responsabilité des dirigeants et banquiers sur le peuple. Alors que les contribuables vont devoir se serrer la ceinture, les banquiers, eux, vont se verser des dividendes exceptionnels, les travailleurs vont être licenciés, les pauvres seront encore plus pauvres, et les riches vont devenir plus riches. L’exemple islandais vient remettre en cause, l’unanimisme observé chez les gouvernants sociaux-démocrates, ou libéraux, de la Grèce à l’Angleterre, en passant par Paris, Berlin, Madrid, Lisbonne, et Dublin.
Au-delà de l’exemple islandais, qui est une base de comparaison en Europe, il ne faut pas oublier l’exemple bolivien, avec Evo Morales, qui a refusé le modèle de la thérapie de choc, a décidé de nationaliser par décret l’industrie du pétrole et du gaz naturel du pays. Après l’effondrement de l‘économie ultra-libérale de la Bolivie, le président Evo Morales avait décidé de protéger les richesses nationales pour mettre fin à « l’impérialisme nord-américain ». Cet exemple montre que des pays ont refusé le diktat ultra-libéraliste, et le pouvoir financier des Occidentaux, pour développer l’économie du pays, et éviter ce que de nombreux pays vivent aujourd’hui, l’effondrement du système.


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