Economie

L’ultralibéralisme contre les peuples

Organisation mondiale du Commerce

Geoffroy Géraud-Legros / 9 septembre 2009

Les déclarations du directeur général de l’OMC à New-Delhi font apparaître que, malgré les nombreuses déclarations relatives à la nécessité d’un ordre économique plus juste, l’ultralibéralisme continue de guider les destinées de l’économie mondiale.

L’ultralibéralisme prône la concurrence et le libre-échange sans retenue ni tempérament, au détriment de toute protection des couches sociales ou des peuples les plus faibles.
Au cours des trente dernières années, les tenants de ce dogme sont graduellement passés de la critique de l’intervention publique au dogme mis en œuvre sans concessions par les organisations financières internationales. Maniée de la sorte, l’économie passait du statut de discipline scientifique appartenant aux sciences sociales et humaines à celui d’idéologie appuyée sur des modèles mathématiques, destinée à justifier la croyance en la validité d’une seule règle : la maximisation des profits.

Indissociablement croyance et programme politique, l’ultralibéralisme a fait voler en éclat des sociétés entières. De la Jamaïque de la fin de la décennie 1970 à l’Afrique et à l’Amérique latine au cours des années 2000, l’application des programmes de la Banque mondiale et du FMI, et l’application de traités de libre-échange à des espaces et des sociétés héritières de déficits structurels lourds ont creusé les inégalités et renforcé la dépendance des économies vis-à-vis de la spéculation.
La crise économique a montré les limites de ce système de pensée et ses conséquences dramatiques sur l’ensemble de l’économie mondiale.

Persister dans l’injustice.

Les dirigeants du monde entier ont à plusieurs reprises – non sans solennité - énoncé la nécessité d’une transformation radicale du système capitaliste contemporain, en vue d’enrayer l’effondrement économique et de faire face à l’enjeu climatique.
Les récentes déclarations de Pascal Lamy ne sont pourtant guère au diapason de cette apparente prise de conscience. En effet, loin d’évoquer une remise en cause de la ligne de son organisation à l’égard des économies émergentes, le directeur général de l’OMC a réaffirmé la nécessité pour ceux-ci de supprimer les régimes qui favorisent les productions nationales de matières premières. En clair, pour faire face à la crise, les pauvres doivent continuer de fragiliser leurs économies nationales face à des Etats et des multinationales…qui viennent en revanche de recourir massivement aux ressources publiques pour faire face à la crise.
La volonté affichée par Pascal Lamy de rester dans les termes du cycle de Doha, malgré les bouleversements de l’environnement économique mondial intègre une contradiction criante.
Alors que le « développement des pays pauvres » est le but affiché de ces négociations qui portent notamment sur la libéralisation du marché agricole, tout porte à croire que la méthode adoptée et les solutions proposées depuis la Conférence de Doha vont encore accroître les difficultés des producteurs du Sud.

Aggravation des crises.

En effet, l’affaiblissement des mécanismes de protection interne laissera les petits et moyens producteurs face aux puissantes multinationales agricoles, qui pourront recourir à tout un arsenal de mesures, dont au premier chef, le dumping…La mondialisation ultralibérale révèle ici sa nature de jeu de dupe : car si les règles de l’OMC imposent l’ouverture des marchés agricoles aux pays pauvres, les pays riches n’en continuent pas moins de subventionner massivement leurs agricultures, qui ont bénéficié en 2008 d’aides estimées à plus de 360 millions de dollars.
Dès lors, il est peu crédible que le dispositif de l’OMC puisse aboutir à des résultats contre la crise alimentaire, qui est justement imputable dans une large part aux mesures de libéralisation imposées à l’agriculture depuis plus d’une décennie. En s’inscrivant contre l’autonomie alimentaire des Etats du Sud, la politique ultralibérale imposée par l’OMC va continuer d’infliger aux systèmes les plus fragiles le fléau de la spéculation, qui pousse à l’abandon des cultures vivrières, et qui sont à l’origine de la situation actuelle, ou 1 milliards d’êtres ne mangent pas à leur faim, ce chiffre s’étant accru de 150 millions en seulement trois ans.
Les conséquences de cette persistance dans la voie d’un modèle économique injuste vont en outre au-delà de la sphère économique : écrasant les petites structures agricoles, les multinationales leur substituent un mode productiviste extensif et industrialisé très polluant, causant ainsi des dégradations souvent irréparables à l’environnement.
Il est donc à prévoir que les exhortations de Pascal Lamy à un renforcement de la lutte contre les atteintes à l’environnement ne demeure pas un voeu pieux supplémentaire.

Geoffroy Géraud


Les RUP dans la tourmente.

Avec les APE (Accords de partenariat économique) signés récemment à Maurice entre l’Union européenne et quatre pays de la zone, l’ultralibéralisme frappe directement à notre porte.
Comme l’a évoqué à plusieurs reprises "Témoignages", ces accords transforment profondément la physionomie économique de notre Région et ce celles des autres Régions ultrapériphériques de l’Union européennes. Les APE suppriment les protections dont bénéficient les productions locales, mais aussi les services. De nombreux risques de dégradation sociale planent sur une économie et une population réunionnaise déjà structurellement désavantagée ; si le sucre demeure encore, à l’instar de la banane, au-dehors du champ d’application des accords, la concurrence sera insoutenable pour les producteurs réunionnais dans de nombreux domaines. De surcroît, l’entrée en vigueur des APE ouvre les portes à la délocalisation des outils de production réunionnais, mais aussi des services.


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