Economie

La Chambre Verte demande la “revalorisation de la retraite agricole dans les DOM”

Réforme de la retraite

Jean Fabrice Nativel / 1er juin 2010

Une retraite de « misère » après des années de labeurs, c’est ce que perçoivent les agriculteurs réunionnais. Pour sa revalorisation, Jean-Yves Minatchy plaide en plein débat national sur la réforme des retraites.

La “revalorisation de la retraite agricole dans les DOM” a été au centre d’une discussion organisée à la Chambre Verte hier après-midi à Saint-Denis. Il est vrai jusqu’à présent, on n’avait pas entendu les agriculteurs à ce sujet. Du moins pas ouvertement ! Ce qu’ils réclament au moment même où la réforme des retraites fait débat, c’est une retraite décente, explique Jean-Yves Minatchy, président de la Chambre d’Agriculture.

En moyenne tous les mois « 365 euros »  !

Quand on sait qu’à La Réunion, un agriculteur peut travailler jusqu’à l’âge de 75 ans. Pour percevoir une retraite de misère en moyenne — tenez-vous bien — tous les mois « 365 euros ». Beaucoup moins que le seuil de pauvreté national fixé à « 870 euros ». C’est, ce montant que la Chambre d’Agriculture propose (1) au gouvernement de verser à chaque agriculteur des DOM dans le cadre de la réforme des retraites. Pour financer cette mesure Jean-Yves Minatchy propose « une taxe sur les terrains déclassés ». Une “cagnotte” qu’il estime à « 23 milliards 500 euros ».

« 
Une taxe sur les terrains déclassés »

Le critère de pénibilité du travail pris en compte par cette réforme a retenu toute l’attention de la Chambre Verte. Le métier d’agriculteur est difficile. Pour preuve, levé tôt, il est couché tard. « Le relief escarpé, la petitesse des exploitations et le faible taux de mécanisation des parcelles » sont des facteurs qui seuls ou combinés ont des effets désastreux sur la santé de ces hommes et femmes de la terre. Conséquence direct, l’espérance de vie des agriculteurs réunionnais est moindre que ceux de leurs collègues français. L’écart entre les hommes est de « 4,9 ans » et les femmes « 3,6 ans », illustre Jean-Yves Minatchy.

« Au minimum 4.000 hectares pour des jeunes agriculteurs »

La proposition de cette chambre de 870 euros aux agriculteurs permettra de suite « de libérer au minimum 4.000 hectares pour des jeunes agriculteurs », insiste-t-il. Ce qui consolidera la bonne santé du secteur agricole et la création d’emplois. Jean-Yves Mintachy ne conçoit pas un monde sans agriculture et agriculteur. Et de dire « c’est grâce à nos aînés que nous sommes là aujourd’hui ».

Une copie de cette proposition a été adressée aux ministres du Travail et de la Solidarité ; de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche ; Chargée de l’Outre-mer. Gageons qu’elle reçoive un bon écho !

C’est par un diaporama du stand de cette chambre à un récent salon, présenté par de futur(e) agriculteurs réunionnais avec à la clé l’obtention du prix du meilleur stand, que s’est terminée cet échange pour l’avenir de ce secteur.

Jean-Fabrice Nativel


Repères

• 1952, la date à laquelle la retraite agricole est attribuée aux agriculteurs réunionnais.

• 600 agriculteurs prennent leur retraite chaque année à La Réunion. Ce nombre est passé de 651 en 2002 à 570 en 2009. Comme leur revenu est moindre à la retraite, ils préfèrent malgré leur âge continuer à travailler.

• 75 ans, jusqu’à cet âge des agriculteurs réunionnais travaillent. C’est bien plus que l’âge légal actuel et à venir de la retraite. Par ailleurs, un chef d’exploitation cesse son activité à 62,2 ans. Espérons que cela ne donne pas d’autres idées à ce gouvernement.

• 7.300 exploitations agricoles sont réparties sur une SAU de moins de 50.000 hectares. La moyenne d’une exploitation est de 6,3 hectares de SAU, ce qui est faible mais en constante augmentation (5,6 hectares en 2003 et 6 hectares en 2005)

• Jean-Yves Minatchy l’a dit lorsque l’on va faire les courses — rien à voir avec les chevaux —, il y a une unique file et non une pour les retraités agricoles. Ceci pour expliquer les difficultés qu’ont ces personnes pour se nourrir et honorer les factures d’eau, d’éléctricité, de téléphone… Il y a peu, les parents invitaient les enfants pour les fêtes de fin d’année. Aujourd’hui, c’est vice-versa.

• Les chefs d’exploitation pourraient prendre leur retraite mais il ne le font pas pour diverses raisons. Moins de 160 trimestres (40 années) validés pour la cotisation à la retraite. Montant de la pension retraite peu attractif, voire « dissuasif » dans certains cas. Pas de successeur familial pour la reprise de l’exploitation et du capital investi pendant la carrière de l’exploitant. Le fermage n’étant pas « assez rémunérateur », l’exploitant en vient à espérer que ses terres soient déclassées en terre non agricole. Il s’agit là d’un marché plus attractif.

• Le dispositif des retraites agricoles présente de nombreuses faiblesses, il n’incite pas les agriculteurs à cesser leur activité, même au delà de 65 ans ; engendre des pertes de revenus non négligeables, et ce d’autant plus que les surfaces exploitées et le capital investi sont importants ; encourage la pression foncière et peut compromettre l’installation des jeunes.

• La revalorisation des retraites peut-être un véritable outil de développement agricole dans le département. C’est un moyen d’inciter les agriculteurs en âge de cesser leur activité à le faire, et d’installer les jeunes sur des structures viables. Mieux rémunérer, les retraités constituent aussi une alternative à la spéculation foncière.

• L’article 12 de la loi Fillon prévoit une prise en compte de la pénibilité du travail dans la réforme des retraites.


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